15/10/2015

Charles Baudelaire, chien d'étranger

L'Étranger

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle?
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

 

Charles Baudelaire
in "Le spleen de Paris"

 

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Le Chien et le Flacon

 

« — Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la ville. »
Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s’approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché ; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi en manière de reproche.
« — Ah ! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d’excréments, vous l’auriez flairé avec délices et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l’exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies. »

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

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Parfums d'automne

Les élections fédérales sentent le parfum de rose et de feuilles mortes. Ils sont tous de beaux toutous bien élevés sur les affiches, de gentils personnages de notre réalité augmentée. Ils pissent droit, sans péter de travers. Ils vont nous concocter quelques plans sur la comète Terre, nous dire encore que la Suisse appartient à elle-seule, qu'elle ne peut accueillir toute la misère du monde mais, au contraire, réceptionner avec joie toutes les affaires du monde, les plus sordides comme les plus belles, là n'est pas le problème de leurs convenances hypocrites.

Le luxe ne s'est jamais si bien porté sur les plus accortes femmes de notre univers. Les couturières n'arrivent plus à suivre tellement les commandes du monde entier affluent. Les yachts sont de plus en plus fastueux et majestueux. Ils traversent la Méditerranée et ne méditent jamais sur les maudites terres damnées et les ombres noires qui coulent devant leurs yeux dansant sur des rythmes électro concoctés par un DJ à l'allure de Martien. Les toutous sentent bons l'eau de rose et ils sont si bien habillés, si bien maquillés, tellement smart et branchés. Ils défilent sous les parquets et les mannequins nous offrent les plus stylisées objets d'art féminin que les couturiers nous aient inventés sur les podiums bordés de géraniums et de nains de jardin flairant les bonnes affaires et les dessous féminins. Quel beau monde! Quelle élégance! Quelle majesté!

Jamais d'excréments au pays du jasmin...sauf que le pays du jasmin a surgi sur l'excrément des autres, de ces riches toutous qui possèdent toutes les richesses du monde et qui veulent toujours que le peuple votent pour les plus beaux toutous du monde, les plus riches, les plus arrogants, les plus visibles dans les médias, les plus populaires sur Facebook et Twitter. Rien ne change, tout se transforme. Les palais restent les palais. Les taudis restent les taudis.

Nous sommes malvenus au paradis des toutous royaux où d'adorables balayeurs de rumeurs ramassent leurs crottes qui sont immédiatement emballées dans du papier cellophane recyclable. Le vaporisateur passe ensuite, à un rythme métronomique, derrière le derrière de la jet-set pour distiller ses effluves de vanille ou de cannelle. Cela ne pue jamais mauvais chez les riches. Ne dites jamais cela. ça pue bon dans toutes les circonstances de leur existence médiatique.

Dimanche, allez tous voter. La démocratie se porte encore bien. La peste brune n'est qu'un effet éphémère perçu par quelques poètes en mal de reconnaissance. Elles ne puent jamais mauvais la Marine, la Marion Maréchal ferrant le marchand sur les traces de son grand-père qui a vu, grand poète délicat de notre temps, dans les chambres à gaz nazies qu'un détail très marginal de l'Histoire européenne. Marine et Marion marient les êtres de même sang, de même couleur, de même rang, de même race, non gay, non lesbiennes, non féministes,non musulmans, non juifs, non de noms de vautour de races inférieures.  Elles sentent le bonheur éthéré de vivre entre Blancs, entre soi, en faisant des enfants blonds à yeux bleus.

Dimanche, allez tous voter. Et quand vous glisserez votre bulletin dans l'urne, réfléchissez à quelle odeur de mer ou de merde aura votre bulletin de vote. C'est cela qui est vraiment important pour le futur de la démocratie.

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Commentaires

Ceux ayant voté dès l'enveloppe reçue peuvent être rassurés car leur vote n'aura aucune odeur /rire
C'est déjà cela de gagné pour 2016
Très bonne soirée pour Vous

Écrit par : lovejoie | 15/10/2015

le 2me poème de Baudelaire est vraiment super

Écrit par : lovejoie | 16/10/2015

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