01/11/2015

Pasolini: il y a 40 ans, un dernier repas

C'est la fin de Rome, mon ami. La tragédie, c'est qu'il n'y a plus d'êtres humains. Il n'y a plus que d'étranges machines qui entrent en collision.

Pier Paolo Pasolini.

Pont Saint-Ludovic, 30 septembre 2015, 05 heures du matin,

Je reçois un message sms écrit en italien me prévenant de l'intervention policière dans le camp de migrants "illégal" installé depuis un peu plus de trois mois par de jeunes gens de Bologne, essentiellement, et d'autres personnes de différents horizons aidés des migrants qui refusent de se rendre dans les endroits officiels réservés pour eux et qui les condamnent à rester en Italie pour déposer leur demande d'asile. Le message dit que migrants et activistes se sont rassemblés sur les rochers et que le camp est livré au saccage des forces de l'ordre.

Je n'en crois pas mes yeux. Je reste clouer dans mes pensées, impuissant, loin de là-bas alors que depuis la vieille, j'ai mon billet dans la poche pour rejoindre mes amis samedi. Coïncidence douloureuse, mon voyage ne servira qu'à participer à la manif de protestation devant la gare de Vintimille et à m'imprégner de cet assassinat politique sur une communauté de bien, une communauté naissante, une communauté de la solidarité sans frontière, sans distinction de populations et de nations. Une soeur est une soeur. Un frère est un frère. C'est cela l'Humanité quand elle se respecte et qu'elle respecte les règles du droit à la vie pour tous.

Pasolini, à travers son oeuvre, a dénoncé cette lente descente aux enfers à cause du consumérisme et du génocide culturel pratiqué sur les artistes qui créent le scandale en s'attaquant aux standards des bourgeois, ce comportement de plus en plus ségrégationniste, cette mise en apartheid d'une société laissée en marge de l'abondance, livrée à la prostitution et aux délits en tous genre. Pasolini voyait l'horreur venir, les différences sociales de plus en plus marquées, une fausse contestation au service du pouvoir (les enfants légitimés de Mai 68...mais pas les enfants bâtards de Mai 68 qui eux n'ont jamais marché dans les traces des futurs bobos).

40 ans après son assassinat, une partie de la jeunesse italienne se prend d'amour pour ce poète contesté et scandaleux.

Rome peut chuter. Les étranges machines qui ont écrasé le territoire sans frontière de Pont Saint-Ludovic n'ont pas détruit les derniers êtres humains qui respectent toute l'Humanité plutôt qu'ils ne se soumettent à la loi du consumérisme.

Demain matin 2 novembre, il y a 40 ans, le poète Pier Paolo Pasolini, était retrouvé sur un plage assassiné par un jeune homme de 17 ans. Hasard d'une rencontre sexuelle malencontreuse? Sans doute pas. L'extrême-droite italienne avait trouvé l'appât idéal pour piéger l'écrivain et cinéaste italien. Seul dans son combat et conscient du danger permanent que faisait peser sur lui et sur ses proches son oeuvre subversive, ses élans amoureux semblaient s'être résignées à ne fréquenter que des prostitués dont il n'avait pas la confiance.

Une fin tragique pour un homme qui avait compris la soumission de notre société au mercantilisme, à la publicité, au luxe, et à l'illusion de faire partie des very nice people, ces V.I.P. qui couvrent les pages de nos quotidiens et des magazines. Warhol proposait 15 minutes de célébrité pour tous, vision très démocratique au centre de son cynisme puisqu'il a occupé tout le terrain de jeu artistique en vendant très cher ses oeuvres. Notre société n'a pas voulu de ça. Elle veut des rois et des reines, des princesses et des princes parvenus, des dictateurs et des dictatrices qui conserveront le pouvoir par les choix de la rivalité et de la jalousie, des gens qui ne savent pas, et ne veulent pas savoir, que la révolution démocratique cela se vit chaque jour, à chaque heure de son existence.

 

 

 

 

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