11/11/2015

La vitrification de l'Etat et autres maudicratures genevoises

On peut tout mettre derrière une vitre, du plus beau au plus laid, du plus publicitaire au plus poétique, du plus racoleur au plus érotique.

Que met la République de Genève en vitrine en cet automne 2015? Une Usine d'Art ou plutôt ses annexes festives. Un débit de bière qui doit légalement se diviser en cinq pour plaire à la République...et aux tenanciers d'estaminets jaloux d'un lieu où des tonnes d'hectolitres se déversent dans les gosiers d'une jeunesse fêtarde au prix d'une seule patente pour cinq. C'en est trop!

La culture, c'est comme l'alcool. Soit elle est interdite aux mineures pour cause de subversion, soit on l'autorise à tout le monde avec un carré rouge pour prévenir que ce n'est pas un lieu conforme à la morale bourgeoise et ses lois strictes et rigides. L'Etat de Genève vitrifie de plus en plus sa population. Et plus on va vers la vitrification de la société, sa mise en scène par des procédés économico-administratifs dictatoriaux, plus on donne du pouvoir au fascisme, à son expression la plus crade, la plus scandaleuse. Berlusconi, en Italie, a mis son pays en vitrine, avec putes luminescentes et indécentes de plateaux médiatiques entourées de financiers mafieux jouant de leur braguette grâce à la Bourse et leurs petites affaires peu ragoûtantes et opaques. Poutine fait de même en Russie. En Amérique, la droite "républicaine" qui se profile pour les prochaines élections présidentielle est une droite préfasciste radicalisée par des personnages complètement grotesques qui ont de plus en plus de succès auprès d'une Amérique de plus en plus violente, raciste, et ignorante et pour le coup dégénérée façon dinde de Noël mais pas façon artiste intemporel. En France, c'est Sarkozy qui revient encore plus à la droite impérialiste et souverainiste pour concurrencer la famille Le Pen sur le terrain du glauque autoritaire et du sordide financier. Les nations se vitrifient avant les...génocides futures et un conflit mondial qui n'a plus rien d'irréaliste pour qui sait sentir la montée de la peste brune et s'en bouche le nez tout en sonnant la révolte et la prise de la rue par la jeunesse.

Si Genève tient à une population diversifiée et une jeunesse aux idéaux et convictions qui vont bien au-delà de la dramatique dictature du fric, elle se doit d'ouvrir ses yeux ailleurs que sur les billets de banque. Nous ne sommes pas dans la Russie de Poutine, ni dans l'Italie de Berlusconi. Et nous ne voulons pas de plus de blochérisation de notre pays avec des médias qui sont à la solde de l'UDC et de ses pensées maladives pour le réduit national.

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »  

 

"(...) La première personne que j’aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu’à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d’ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l’égard de ce pauvre homme d’une haine aussi soudaine que despotique.

« — Hé ! hé ! » et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l’escalier fort étroit, l’homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut : j’examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : « — Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! »

Et je le poussai vivement vers l’escalier, où il trébucha en grognant.

Je m’approchai du balcon et je me saisis d’un petit pot de fleurs, et quand l’homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d’un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »

(...)

Le Mauvais Vitrier, Charles Baudelaire

 

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