13/11/2015

Le collectif "No Border" porte le chapeau des émeutes de Calais

Ce n'est qu'un début. L'hiver arrive. 6'000 migrants vivent dans le froid, la peur, la totale incertitude, l'illégalité de leur situation, leur désespoir de ne pouvoir passer en Angleterre et de constater que où qu'ils iront ils seront de toute façon les proscrits d'une Europe qui ne les veut pas.

Ils sont d'Afrique, d'Afghanistan, d'Irak ou de Syrie. Ils et elles sont des personnes en grande détresse morale prêtes à tout pour se frayer un chemin quitte à y trouver la mort comme voyage final.

L'Etat français refuse de voir cette horrible réalité. C'est lui qui porte l'essentiel de l'agressivité progressive déployée par certains migrants qui ne voient pas de solution dans un combat non-violent. A ne jamais être entendues ni reconnues comme personnes ayant le besoin de trouver une terre d'accueil pour se refaire une vie hors des drames, hors des routes de la misère, hors de la promiscuité et de l'insalubrité dont l'Europe les laissent, ces jeunes femmes et jeunes hommes pètent un câble et décident de retourner la violence que l'Etat français projette sur eux à travers les CRS, les barricades policières, et autres vexations infernales comme la déportation et la mise en prison provisoire dans des centres de rétention avant d'être relâché dans la nature pour cause de non-entrée en matière des autorités françaises qui renvoient la balle migratoire du côté des accords inhumains de Dublin.

Face à cette usure scandaleuse, l'état psychique et physique de ces femmes et de ces hommes se dégradent jusqu'aux extrêmes de la violence entre eux-mêmes (viols et agressions physiques entre ethnies au sein même du camp) et envers les policiers qui les surveillent et les maintiennent à l'intérieur du camp. En même temps, la population locale est exaspérée et se lance à son tour dans un collectif d'auto-défense face à cette peur des migrants qui grandit chaque semaine un peu plus.

Que viennent faire les No Borders au milieu de tout ça? Cela fait de nombreuses années que le collectif est installé à Calais pour aider le passage en Angleterre des migrants. Sans structure hiérarchique, le mouvement se développe avec des personnes qui donnent de leur temps pour participer à l'effort et au réconfort des migrants et migrantes abandonnés. Ils ne sont pas perçus de tous de façon très positive. Certains leur reproche leur activisme et leur radicalisme (absence de frontière et libre circulation des personnes pour tout le monde). D'autres ont peur de leur anarchisme et de l'absence de figures emblématiques qui représenteraient la tête du mouvement. Les médias parlent d'une nébuleuse de personnes qui vont de la marginalité de certains, en passant par des étudiants en sociologie ou philosophie, à des femmes et des hommes exerçant des professions libérales comme médecins ou avocats. Les No Borders poussent comme des fleurs dans un champ et ensemencent d'idées révolutionnaires les esprits trop embourgeoisés. Ils ne forment pas une plate-forme de terroristes prêts à des actions directes violentes avec poses de bombes, prises d'otages, et autres joyeusetés comme des crimes sauvages sur personnalités. Ils forment un mouvement de solidarité transnationale qui se tiennent au côté des migrants en cas d'agression policière.

Certains No Borders sont-ils prêts à des actions violentes contre l'Etat et ses représentants? Personnellement, je ne sais pas. Il est possible que des militants se déclarant No Border cèdent à la violence et l'organisent avec certains migrants prêts à un combat violent contre les forces de l'ordre. En ce qui me concerne, je fais part ici de ma réserve face à un développement violent radicalisé du mouvement. Nous faisons de la résistance, nous brisons des barrières, prenons des cisailles pour briser les murs d'indifférence et laisser les migrants passés à travers l'Europe. Mais nous ne mettons pas de vie en danger et nous ne poussons pas à criminaliser le mouvement. Ce qui serait totalement contre-productif à la cause des migrants que nous défendons. Dans le cas d'attaque de la part du système policier mis en place contre les migrants, nous nous réclamerions alors de la légitime défense si des violences policières inacceptables devaient être pratiquées sur les migrants et migrantes.

En attendant, l'Etat français semble déclarer la guerre aux No Borders. Plusieurs médias couvrent ces derniers jours, de façon très directes, les déclarations négatives officielles des politiciens et politiciennes envers notre collectif, Hors ce n'est pas ainsi que je perçois le collectif qui est sans doute un des seuls à s'activer non pas à juste nourrir et loger ces personnes mais qui luttent pour leurs droits à s'établir chez nous y compris pour des raisons économiques et sans discrimination envers les pays d'origine. Ce qui dérange bien évidemment la position officielle des Etats européens sur le droit à l'asile.

A Vintimille, le 30 septembre dernier, la camp No Border a été rasé par des bulldozers protégés de 200 policiers sans aucun préavis. Durant trois mois, ce camp a accueilli les migrants essentiellement d'origine soudanaise. Il s'est créé des liens familiaux entre les personnes de différentes origines. Pas une famille version mafia. Une famille version universelle, solidaire de toute l'Humanité.

De quel côté était la violence la plus abjecte et radicale? Je laisse à chacun et chacune, en son âme et conscience, de répondre à cette question.

 

   

 

Commentaires

Vive les rétrospectives de fin d'année ! plus je vous lis plus je retrouve les obsessions d'un pasteur qui disait ,il ne faut jamais avoir d'argent car celui-ci est péché
bonne journée Pachakmac

Écrit par : lovejoie | 14/11/2015

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