28/12/2015

Les codes et valeurs du trash romantisme

Inventer un nouveau genre. Créer de la culture en marge de la culture admise. Osez briser les conventions artistiques et ne pas s'en faire sur les rejets, les mises à la poubelle des tenants de la culture bourgeoise.

Inverser les valeurs et dire qu'une prostituée peut porter haut les valeurs humaines,  accepter les transgressions sociales et rester pourtant saine de coeur et d'esprit. sans avoir recours à l'alcool et les drogues pour oublier la difficulté de sa mise en marginalité volontaire, sans vouloir se laisser détruire par le système et la domination masculine.

C'est certainement de cela que nous trouvons dans la définition du trash romantisme, cet acte social et intime de se jeter dans la poubelle de notre société et d'y créer une culture underground qui scandalise et dérange la bourgeoisie trop bien installée dans son parti pris, trop sûr de son ordre social qui n'est pas justice sociale mais inégalité de classe, de culture, de visibilité.

Le trash romantisme fleurit là où la bourgeoisie jette son opprobre, refuse de considérer l'existence réelle de gens, de ces styles de vie qui les perturbent profondément dans leur volonté de dire le bien et de prétendre à définir le mal sans aucune contestation possible.

En France, la gauche et la droite condamnent la prostitution alors que tout son ordre social pousse plein de jeunes filles, mais aussi des garçons, à se prostituer à cause du chômage, à cause de salaires indécents proposés à une jeunesse souvent qualifiée et exploitée, à cause du luxe qui s'étale à la une de tous les médias, de la mode, de la beauté qui coûte forcément son prix. Des filles, des garçons, des transsexuels, des étudiantes décidées à ne pas finir dans la misère sociale proposée par des stages hyper mal payés ou des professions non reconnues faute d'expérience et de poste clef obtenu se jettent ainsi dans ce monde parallèle de la prostitution.

Une société qui vit en permanence de la pornographie et par la pornographie et ne reconnaissant pas ses actrices et acteurs quotidiens professionnels qui offrent des passes, tournent des films, cumulent les plans culs au bénéfice d'une bourgeoisie enivrée de facilité sexuelle.

En France, la présidence de Sarkozy a condamné les prostituées pour leur activité. En France, la présidence de Hollande condamne le client des prostituées pour des raisons féministes assez obscures. Car toutes les prostituées n'ont pas obligatoirement de souteneur et ne sont pas soumises à un proxénétisme telles des esclaves sexuelles enchaînées et corvéables à merci.

Cependant, la prostitution reste de l'ordre du tabou et du sale. La Civilisation judéo-chrétienne a de la peine à se libérer de ses codes religieux autour de la sexualité. Une prostituée n'est pas une fille sale. Mieux, elle a souvent une hygiène de vie et de corps supérieure à bien des demoiselles qui ne pratiquent pas le métier. Mieux, elle a un sens moral et social de son métier. Loin du cliché de la fille sans scrupule et sans règle, la prostituée doit se définir un code éthique personnelle et des règles qu'elle établit elle-même afin de mettre ses limites, de rester vigilante aux possibles agressions masculines, au risque d'abus et de contrôle de ses clients.

S'il faut définir notre monde d'aujourd'hui, de cette France en particulier qui condamne quelque chose qu'elle pratique régulièrement sous une forme ou sous une autres (la consommation de pornographie est un genre parallèle à la prostitution libre et assumée sans contrainte extérieure autre que la contrainte financière et le désir de s'élever financièrement dans ce monde qui pousse à une consommation effrénée), je dirais que ce monde fait preuve d'une hypocrisie redoutable envers les indépendantes et indépendants du sexe tarifé. D'un côté, il veut de plus en plus pouvoir satisfaire sa soif et sa frénésie de sexe. De l'autre, il ne veut pas reconnaître ces métiers marginaux qui restent dans l'ombre de leur sacré saint ordre social. Effrayé par cette liberté qu'elle s'est accordée, la bourgeoisie préfère l'ordre vertueux et condamne le recours à la prostitution.

Les prostitués et prostituées sont des êtres à part? Soit. Alors célébrons la naissance du trash romantisme en musique, en textes, en images et sortons-le de la poubelle bourgeoise afin de fêter dignement cette culture de la marginalité assumée. C'est Noël! Et si Jésus était né d'une prostituée plutôt que d'une vierge, le monde bourgeois en aurait-il été renversé? Et si Jésus fréquentait les bordels plutôt que les synagogues, était-ce donc là son plus grave péché qui l'a cloué sur la croix?

Louez le Seigneur! Il cache en ces lieux quelques amours de trash romantisme plus émouvants que bien des amours factices nés de romances artificielles calquées sur le statut et le porte-monnaie d'un homme.

 

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