30/12/2015

Victor Hugo: de la guerre, de la paix, de la nationalité

Victor Hugo avait une âme de No Border. Mais ne le criez pas sur les toits. Cela ferait mal à François Hollande.

Pourquoi je prétends cela? Parce que Victor Hugo avait une vision à la fois laïque et spirituelle du monde. Il avait compris que pour faire la France, il avait d'abord fallu que les provinces se fassent une paix définitive et renoncent à tout jamais à la guerre armée entre elles. De ce modèle, il tirait l'utopie du monde de demain, du monde global dans lequel nous vivons où la nationalité serait sublimée par une appartenance globale à la communauté des Hommes et une planète en paix où les Hommes et les Etats ont définitivement renoncé aux conflits armés...

"Supposez que les peuples d’Europe, au lieu de se défier les uns des autres, de se jalouser, de se haïr, se fussent aimés : supposez qu’ils se fussent dit qu’avant même d’être Français, ou Anglais, ou Allemand, on est homme, et que, si les nations sont des patries, l’humanité est une famille ; et maintenant, cette somme de cent vingt-huit milliards, si follement et si vainement dépensée par la défiance, faites-la dépenser par la confiance ! Ces cent vingt-huit milliards donnés à la haine, donnez-les à l’harmonie ! Ces cent vingt-huit milliards donnés à la guerre, donnez-les à la paix !"

Cette immense somme d'argent mentionnée par Victor Hugo correspond à 32 années du budget militaire français de cette époque. Il en parle ici:

http://www.taurillon.org/Victor-Hugo-au-Congres-de-la-Paix-de-1849-son-discours,02448

Il continue ainsi son discours:

"Désormais, le but de la politique grande, de la politique vraie, le voici : faire reconnaître toutes les nationalités, restaurer l’unité historique des peuples et rallier cette unité à la civilisation par la paix, élargir sans cesse le groupe civilisé, donner le bon exemple aux peuples encore barbares, substituer les arbitrages aux batailles ; enfin, et ceci résume tout, faire prononcer par la justice le dernier mot que l’ancien monde faisait prononcer par la force."

Et il termine par un vibrant hommage aux peuples du monde:

"Messieurs, je le dis en terminant, et que cette pensée nous encourage, ce n’est n’est pas d’aujourd’hui que le genre humain est en marche dans cette voie providentielle. Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire elle a dit aux peuples : Vous êtes libres. La France a fait le second pas, et elle a dit aux peuples : Vous êtes souverains. Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France, Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! »

Nous pouvons terminer ce billet par une forme de tranquille certitude: Victor Hugo n'aurait jamais fait entrer dans la Constitution une loi permettant la déchéance de nationalité. Car il luttait contre la barbarie pas contre l'annulation des droits à la nationalité française. Il voulait la rédemption du barbare et pas sa chosification en animal monstrueux par un déshumanisation de sa personne, cette même déshumanisation exercée par le terroriste, et son exclusion de la société par l'Etat.

 

 

 

 

 

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