11/01/2016

Agressions du Nouvel-An: faire aussi la fête avec les réfugiés

Les scandaleuses agressions de Nouvel-An ont provoqué un séisme politique en Allemagne et en Europe. Pouvait-on, au-delà de simples mesures sécuritaires et policières qui coûtent très chères et perturbent nos sociétés habituées à vivre sans trop de flics à tous les coins de rue, éviter cette catastrophe pour les femmes victimes d'attentats à la pudeur et de viols?

De mon expérience personnelle vécue l'été dernier à Vintimille, je serais tenté de répondre par l'affirmative. Il faut d'abord se rappeler le contexte: un million de réfugiés sont entrés en Allemagne durant cette année 2015. Parmi ce million, une écrasante majorité de jeunes hommes entre 18 et 25 ans. Ces personnes sont placées dans des centres de réfugiés où les hommes vivent entre eux sans réelles possibilités de contact avec le genre féminin. Hors, au-delà des angoisses de leur exil, de leurs nombreuses interrogations sur leur avenir, il y a aussi le sentiment d'être exclus de la société, confinés qu'ils sont dans leurs centres d'accueil.

Durant cet été, je peux dire ici que nos soirées furent magnifiques entre réfugiés et activistes No Border. Certes, et je ne vais surtout pas le cacher ici, il y a eu un drame durant une soirée festive. Un réfugié d'origine congolaise a agressé une jeune activiste dans la douche du camp et a réussi à la violer. Il y a eu, à la suite de cette agression, une sorte de camouflage coupable de la part de mes amis et amies No Border qui ne voulaient pas porter préjudice au camp déjà dans une situation illégale et très mal vu par les autorités et une partie de la population locale. Cet attentat a été pour moi, qui était absent à ce moment-là, la grande tache noire sur une expérience très lumineuse.  Il était impossible de contrôler tous les réfugiés ou les activistes sur la façon dont ils géraient leur libido. Par contre, il est absolument nécessaire de protéger au mieux toute possibilité d'agression sexuelle par une vigilance de tous et un contrôle de la consommation d'alcool par les jeune.

De cette expérience vécue, je peux dire que l'Allemagne aurait pu faire mieux pour ce Nouvel-An. Créer des lieux de fêtes mixtes de rencontres entre jeunes où les réfugiés et autochtones auraient été les bienvenus. L'alcool aurait pu être limité à la bière, un peu de champagne à minuit, et sous surveillance des distributeurs de boissons. Quelques videurs musclés présents à la fête pour tenir tête aux idiots qui auraient voulu semer la m, avertis par ailleurs et immédiatement d'une dénonciation auprès de la police s'ils persévéraient, et un contrôle du flux pour éviter une concentration ingérable sur les lieux.

Ces jeunes réfugiés sont comme tous les jeunes. Ils ont aussi besoin de s'amuser et de faire des rencontres. Quoi de mieux que de les intégrer dans nos fêtes pour éviter le pire?

Avant de faire le lit de l'extrême droite, il faut trouver de bonnes idées. Je pense que celle décrite ci-dessus est une des bonnes idées pour éviter un autre Nouvel-An de cauchemar. Nous sommes tous des humains et nos réfugiés ne sont pas moins humains que nous. Simplement les mettre au courant que chez nous, la fête c'est comme ça. Avec des filles libres qui s'amusent et papillonnent, draguent aussi, mais se laissent le droit de faire l'amour avec qui elles veulent ou de rentrer à la maison sans consommer en ayant seulement eu le plaisir d'échanger aussi avec ces hommes venus d'ailleurs. Est-ce vraiment impossible? Sûr que non, les trois mois d'existence du No Border Camp, Vintimille, prouvent que nous pouvons faire la fête tous ensemble et vivre des instants magiques inoubliables qui forment à la compréhension et à l'expérience entre étrangers et résidents.

   

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