02/02/2016

Page blanche

Déposer sur ton corps,

mes notes,

de l'aube enchantée

à la nuit crépusculaire,

j'irai encore chercher,

mes notes,

sur ta page blanche

couchée sur la table

décorée de mille fleurs

accouplées à mille papillons,

nos vins tirés de ta vigne,

nos Grands Crus bordelais,

ce Saint-Emilion 1959,

Château Cheval Blanc

aux cinq étoiles

cavalant sur nos langues

entre nos lèvres réunies

dans cette nuit orgasmique

où nos salives s'échangent le miel,

et nos festins tout crus,

nos liqueurs, nos huîtres,

nos philtres, nos élixirs

d'excellence et de persévérance,

nos animaux sauvages,

à poils et à plumes

observés dans les contrées

les plus vierges et inaccessibles

de nos fantasmes inaboutis,

courir aux côtés du chamois

dans les éboulis

de notre passé révolu,

de nos adolescences éperdues,

partir découvrir

sur les cimes ensorcelées

la rareté de nos âmes en émois

mises en accord parfait

sur le sommet givré

de nos monts émerveillés

suivis par tous les coeurs du monde

emmenant leur folie et leur sagesse

dans cette ronde des goûts,

les couleurs de toutes les avenues

du monde mis en algorithmes

avec nous dans les nues

tambour battant le rythme

du topinambour en carpaccio

diffusant ses bella ciao,

ses saveurs de nuits clandestines

à tes suprêmes de mandarine

drapant d'amour pudique

ton soleil vivace

impérial comme le tournesol

élevé dans le pré nuptial

éclatant son érotisme parfait

aux convives appelés au festin

de cet artichaut de Jérusalem

prêt à gagner notre Cité céleste

à travers cette musique des chairs

virevoltant au-dessus de la Terre

en illuminations poétiques,

mes notes,

enchantées,

dans ton assiette,

joueront de la flûte

et ce ne sera pas du pipeau

mais de l'amour transcendantal,

de l'animal trans fou

s'élevant à la verticale,

les Quatre Saisons de Vivaldi

et même les Cinq

créées tout exprès

avec cet estival

pour rajouter une étoile

à ce Guide de Merlin

qui viendra parachevé

notre oeuvre immortelle

ici-bas et pour l'éternité,

mes notes,

issues d'un travail acharné,

jaillissant de ce bagne

qui me laisse aucun répit,

après des années de course poursuite

pour rester dans le top de la liste

de mes exigences poétiques,

le top de l'amour romantique,

le top d'un marathon

où mes jambes ont couru

avec la tête d'un coq disparu,

le spirituel et le charnel

dictant le rythme de mon coeur,

tes notes,

de ton aube enchantée

à ma nuit crépusculaire

seront des vibrants souvenirs

aux parfums de cinéma,

de ce cinéma qui encense

ton corps et me donne

la chair de poule,

le spleen du cuisinier

resté seul dans sa cuisine,

à rêver puis réaliser

cette vie, cette audace,

cette incroyable envie

de courir après le chamois

sans jamais le perdre de vue

sans jamais perdre

le goût à la vie.

 

Mon soleil au zénith

déflorant tes pépites.

Ai-je alors eu peur de la chute

dans ce vide immense

que je te laisserais tomber?

Bécasse de moi!

De ce vide immense

qu'ils ressentiront

si jamais je me laisserais tomber?

Bécasse de moi!

De ce vide vertigineux

qui nous plongerait

dans le mystère

de la mort après la vie,

dans le mystère

de notre amour que nous formions,

toi et moi,

mais aussi ensemble avec eux,

dans cette convivialité

romanesque et carnavalesque,

joyeuse, bruyante, tumultueuse,

mes notes,

à cette table,

continuerons

de remplir ta page blanche,

à chaque instant d'amour,

à chaque caresse transmise

à ton corps incandescent,

à chaque baiser donné

à ta bouche de femme-enfant.

 

De là-haut, je vous vois et je vous chéris.

 

à un top chef trop tôt disparu

Les commentaires sont fermés.