05/02/2016

Lettre d'un abruti cuisinier à un abruti d'écrivain

"Il a fait la cuisine". L'homme commence son discours comme cela. Il aurait pu dire: "Il a fait l'amour au monde en général et à la gastronomie en particulier. Mais non. L'homme parle de fascisme, d'élitisme, tout en dénigrant la profession. Cuisinier ce n'est pas être un grand écrivain comme Jacques Chessex. Non. Cuisinier c'est réservé aux abrutis qui n'ont jamais réussi à faire d'études. La nourriture est spirituel ou pas...selon l'homme de lettres. Donc la nourriture est prioritairement, pour lui, une nourriture de l'âme. Celles et ceux qui pensent constamment à la "bouffe" sont obscènes, fabriquent leurs concours pornographiques pour élire leurs porno stars de la cuisine...

Mais l'écrivain, lui, ne fait pas de concours obscène. Il se fait élire au Goncourt ou au Fémina par de grands représentants de la culture spirituelle pas de la culture cul...inaire. Le Gandhi de la cuisine, pardon du sexe maître queue, est mort. Décernons-lui la médaille en or Roco Sifridi... Repas à quatre pattes compris dans le tarif. 

Non, monsieur l'écrivain. Je ne baisse pas ma culotte pour manger du luxe. Je travaille comme petit cuisinier dans une trattoria-pizzeria pour une petite paie qui donne à manger et contenter jusqu'à 400 personnes (avec mes collègues de feu) par jour pour éventuellement, un jour, manger chez un tout grand chef qui fait de l'orfèvrerie, de la joaillierie culinaire, au même titre qu'un musicien ou qu'un écrivain.

La cuisine peut être du grand art. Nous mangeons très souvent de la daube dans nos vies, comme nous lisons parfois de la daube et écoutons une musique de daube sur nos téléphones ou radios-télévisions. Rien à voir avec le grand art... Parce que la passion n'est pas la même. Parce que la persévérance pour arriver au but et servir du sublime n'est pas du tout la même que de servir simplement un hamburger, une pizza, ou une pâte de bon aloi dans un fast-food.

Ne pas savoir faire la différence entre une grande cuisine d'art et un restaurant populaire est un manque de culture culinaire évidente et traiter de fasciste les cuisiniers qui se subliment chaque jour pour créer de l'art est d'un mépris scandaleux et une terrifiante injure faite à ce grand chef décédé, dont vous n'avez même pas orthographié correctement son nom, et à toute la profession, Monsieur Despot écrivain...

Son nom est Benoît Violier avec un l à moins que vous vouliez volontairement lui donner deux ailes pour voler. Mais il vole sans vous et il n'a pas oublié, en route vers le paradis des artistes, son accent circonflexe sur le i de son prénom.

L'erreur est humaine mais à ce point-là, alors que les obsèques ne sont pas mêmes achevées, c'est totalement impardonnable de votre part.

Ce billet est écrit par un petit cuisinier qui sait ce que cela veut dire de trimer dans une cuisine et qui reconnaît la passion des grands chefs donnant toute leur vie à leur art...parfois même beaucoup trop jusqu'à leur propre suicide...

Gastroporno ! (RIP Benoît Viollier)

 

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