04/03/2016

OPA hostile sur l'Amérique

J'ai une vieille chanson

 qui se colle à mon coeur

et qui roule dans les profondeurs.

 

C'était avant mon départ

pour l'Amérique.

C'était bien avant cette époque

qui se moque

des années hippies

de nos rêves sans frontière

 s'envolant pour semer l'amour

au Pakistan, en Inde,

à Katmandou ou Islamabad.

C'était bien avant ce temps

qui donne au terrorisme son pouvoir

et à l'argent

toutes les clefs à un homme

pour faire une OPA hostile

sur la grande Amérique

terre d'asile.

 

Elle était si lumineuse

dans son corps de petite allumeuse.

Elle était si rieuse

dans ses moues moqueuses.

Elle et moi

faisions l'amour en chambre

en évoquant la détresse du Vietnam

et ses yeux encaissaient les retours de flammes

dans l'enfer vécu des guerres au napalm.

 

Ne me demandez pas

pourquoi je suis contre la guerre.

Cette fille m'a tout dit

dans son regard.

Ne me demandez pas

pourquoi je suis encore

à rêver de Flower Power.

Cette fille m'a donné le courage

d'aimer encore , encore, et encore,

malgré le cynisme, le rejet,

la marginalité, l'absence pour faillite,

l'exclusion pour sexualité scandaleuse,

le silence et la solitude.

Je ne demande à personne de m'aimer.

Je ne demande à personne de me parler.

Je ne demande à personne de m'aider.

Je demande seulement de rêver

à autre chose

pour ce monde qui s'abandonne

à ce bouffon-roi d'Amérique

en imaginant que les murs

seront meilleurs que la liberté,

qu'acheter avec son porte-monnaie l'amour

est la voie à suivre

alors que c'est le chemin

de notre plus sûre déroute;

que dire oui à Donald Trump

donnera richesse et bonheur,

paix et amour en Amérique

et partout dans le monde.

 

Je n'ai rien et, surtout,

je ne suis pas milliardaire.

Je n'ai rien et juste une petite amie

qui travaille dans un bordel

pour sauver sa vie,

soigner son cancer,

rêver de sa petite maison dans la prairie.

Je n'ai rien mais je me souviens

de cette fille aux yeux bridés

qui fut mon premier amour;

cette fille qui jouait sur sa guitare

et chantait les larmes dans les yeux

cette vieille chanson qui se collait

  tout doucement à nos coeurs

et qui roulait dans les profondeurs.

 

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