04/04/2016

Riss et la version Titanic du voile islamique

Riss, le Rédacteur en Chef de Charlie, craint les icebergs. En bon capitaine du journal satirique, il représente la religion, et ici l'islam en particulier, comme un iceberg qui forme une totalité fermée, de la femme voilée, au boulanger, en passant par l'imam, jusqu'au terroriste en bout de chaîne qui ne serait donc pas le chaînon manquant d'une religion en voie d'expansion mais bien l'agent intimidateur qui va taire les critiques envers l'islam et autoriser la banalité de la femme voilée, de la boulangerie sans jambon de porc, et la boutique d'habits sans mini-jupe (mais avec lingerie fine, pour séduire le mari, et burqa pour faire fuir l'effet sexy...porté sur les autres mâles dans la rue, au bureau, au restaurant, etc.).

Riss, comme de bien entendu, s'est fait harponner le portrait sur Twitter et Facebook par tout ce qui compte des défenseurs de la musulmanie profonde, le pays où le Prophète peut tout imposer par la loi divine. Riss sait mettre les pieds dans le plat religion et ça fait Platch! Mais Riss a-t-il raison de comparer l'islam à un iceberg monolithique où chaque musulman serait de fait complice de l'attentat terroriste orchestré en bout de chaîne de la religion contre les infidèles (infidèles pouvant tout aussi bien être un bon musulman qui n'appartient pas à la même mouvance sectaire de l'assassin, cela se complique drôlement...).

En fait, Riss ne fait pas preuve de finesse sur ce coup-là. Car un ou une musulman(e) n'est pas limité(e) par l'expression de sa foi. Un musulman est aussi, chez nous, un citoyen comme un autre qui va voter démocratiquement sur un sujet ou un autre, manifester dans la rue pour une cause ou une autre, boire à l'occasion de l'alcool, voir manger du porc, ce qui sera bien entendu mal vu par les religieux zélés qui le connaissent. Mais il en existe des dizaines de milliers en France des musulmans qui mangent et boivent comme ils veulent et qui néanmoins entretiennent encore des liens avec des musulmans plus proches des mosquées et de la ligne traditionnelle.

 

Mais Riss a cependant raison de frapper les esprits. Car, de fait, il défend justement le musulman qui veut être libre de pratiquer sa propre foi de façon entièrement libre sans devoir se justifier auprès de la communauté musulmane. Riss sonne l'alarme pour empêcher l'islam de se réfugier dans l'obscurantisme et le sectarisme le pire qui soit. Riss aimerait libérer l'islam mais en tant que non croyant il n'est pas celui qui peut apporter un discours de croyant à l'islam. Car même un croyant ne peut pas le faire pour les autres puisque seule la parole coranique fait foi. Le problème avec l'islam c'est que cette religion se mord la queue à la façon des wahhabites. Comme on ne peut pas remettre en cause le Saint Coran, même des intellectuels comme Tariq Ramadan doivent se contorsionner en mille pour expliquer que oui ils sont pour la liberté et la démocratie mais que non l'islam n'est pas porteur de terrorisme pour imposer la charia...aux impurs et infidèles qui ont d'autres critères spirituels pour défendre leur propre foi ou leur athéisme.

Finalement, Riss craint la collision de notre Civilisation avec l'iceberg d'un Prophète qui a affirmé un jour que toutes les paroles rapportées dans le Coran sont celles d'Allah... Mais la seule chose que les musulmans oublient de façon constante et navrante, c'est que durant les années d'élaboration du Coran, qui sont au final pas si nombreuses que cela, Allah a changé d'opinion sur le nombre de prières à faire par jour pour lui plaire, qu'il s'en est remis à l'interdiction de l'alcool après en avoir vanté modérément les mérites et les bienfaits, de l'avoir toléré, puis mis à l'Inquisition de son savoir divin. Comme quoi Allah lui-même était confronté à des dilemmes et des contradictions bien humaines durant son règne parmi les visions de Muhammed... Le plus inquiétant dans cette affaire, c'est qu'Allah a parlé durant la vie du Prophète et qu'il se serait tu pour l'éternité ensuite. Un peu comme si Allah n'avait accordé sa confiance qu'à un seul homme, pas même une seule femme, et que tout le reste de l'Humanité n'était qu'un rébus de son Royaume qui devait pénitence, prières, piété, absolue obéissance et aucun droit à la libre pensée, à la libre croyance, à la libre interprétation du Coran, à la libre évolution des esprits et des découvertes scientifiques...

Bref. Le Coran est devenu l'Iceberg mais le monde musulman, lui, n'a pas dis son dernier mot quant à l'avenir de la Musulmanie à travers le monde. Il y a de tout dans ce monde là, y compris du cochon et de l'alcool... Et tant pis pour les purs qui s'obstinent naïvement à faire le lit du terrorisme. Comme dirait Riss a des heures plus marrantes, on ne choisit pas sa mère mais on choisit la femme qui couche dans notre lit.

https://charliehebdo.fr/en/edito/how-did-we-end-up-here/

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