12/04/2016

Les grands intellos de la France profonde condamnent "Nuit Debout"

Quel bonheur d'avoir de grands intellos et philosophes en France. Ils savent dire la vérité à sa gracieuse majesté le bon peuple de France.

Quel bonheur de penser que Pier Paolo Pasolini serait toujours critiqué en mal dans cette France crispée et crispante qui s'accroche à ses acquis millénaires de petits blancs coloniaux en perte d'influence sur le monde.

Quel bonheur, enfin, de voir les loups anti-Nuit Debout sortir du bois pour manger le Petit Chaperon rouge un peu trop naïve de croire que le monde va changer après quelques nuits Debout à refaire la société de fond en comble sur d'autres idéaux démocratiques.

Les débordements de samedi dernier par quelques excités qui n'ont pas forcément des idées mais de la violence à exprimer contre notre monde ont suffi à condamner tout le mouvement. Tous dans le même sac... Cela me rappelle une certaine nuit de Saint-Sylvestre en Allemagne où, du coup, tous les réfugiés devenaient des violeurs de femmes blanches, y compris ce pauvre Aylan exploité par Riss et Charlie Hebdo dans une méchante caricature. Mais bon. On connaît bien le style trash de Charlie et on ne lui fera pas de mauvais procès sur ce coup-là.

Donc nous voilà, citoyennes et citoyens de Nuit Debout déclarés "dictature de la minorité" par tout ce que la France compte d'intelligence de bon aloi. De dictature, je n'en vois point. Dites-moi, mes amis et amies, où sont nos kalachnikovs, nos bazookas, nos lance-flammes, nos chars, nos avions, nos porte-avions, nos sous-marins pour prendre l'Elysée de force et imposer nos lois au bon peuple de France? Moi je vois un vibromasseur abandonné sur la Place de la Répipi par un farceur récupéré par un CRS qui le projette sur une photographe touchée au bras par la grâce divine d'un sextoy. C'est cela notre armée qui nous permet d'imposer notre dictature à toutes et à tous? Une photographe et son appareil qui reçoit un jet de sex-toy?

Ben voyons! Nous voilà donc au centre de la France, boucs émissaires de ce pouvoir qui refuse de mourir malgré ses dérives flagrantes et trébuchantes. Ce pouvoir aux affaires multiples et aux paradis étranges. Ce pouvoir qui nous accable d'impôts en tous genres, de devoir de responsabilité qui laisse l'irresponsabilité civique se répandre parmi les plus fortunés du monde tout en leur donnant les rennes du pouvoir économique et politique. Mais nous, les petits qui ne croyons plus à ce système de domination-soumission sommes déclarés les petits dictateurs de merde qui semons la terreur et le bordel dans cette France profonde qui a mieux appris les lois sur le bout des doigts protégeant les riches et accablant les pauvres.

Alors, coeurs vaillants, Nuit Debout va continuer à semer son bordel et ses fleurs, ses désirs de changement et de mouvement citoyen qui touchent la France et ses populations. Et tant pis si l'échec est programmé du haut de l'échelle. Nous en bas, on ne regarde pas le doigt et la mise à l'index. On regarde la lune, et la lune nous sourit. Et on leur dit "Fuck You!" puisque tu nous condamnes avant même de discuter avec nous.

Pour terminer et éviter de déprimer avec les cons et les intellos qui refusent obstinément de comprendre nos messages d'amour, je vous propose autre chose que les Panama Papers. Ce sera la rave des Banana Lovers. Pour vous servir, votre gracieuse majesté le bon peuple de France et d'ailleurs.

 Quand rien ne vient, il vient toujours du temps, du temps sans haut ni bas, du temps, sur moi, avec moi, en moi, par moi,

passant ses attends.

Le temps.

Le temps.

Je m'ausculte avec le
Temps.

Je me tâte.

Je me frappe avec le
Temps.

Je me séduis, je m'irrite...

Je me trame,

Je me soulève,

Je me transporte,

Je me frappe avec le
Temps...
Oiseau-pic.
Oiseau-pic.
Oiseau-pic.

Que fais-je ici?

J'appelle.

J'appelle.

J'appelle.

Je ne sais qui j'appelle.

Qui j'appelle ne sait pas.

J'appelle quelqu'un de faible,

quelqu'un de brisé,

quelqu'un de fier que rien n'a pu briser.

J'appelle.

J'appelle quelqu'un de là-bas,

quelqu'un au loin perdu,

quelqu'un d'un autre monde.

(C'était donc tout mensonge, ma solidité?)

J'appelle.

Devant cet instrument si clair,

ce n'est pas comme ce serait avec ma voix sourde.

Devant cet instrument chantant qui ne me juge pas,

qui ne m'observe pas,

perdant toute honte, j'appelle,

j'appelle,

j'appelle du fond de la tombe de mon enfance qui boude et

se contracte encore,

du fond de mon désert présent,

j'appelle,

j'appelle.

L'appel m'étonne moi-même.

Quoique ce soit tard, j'appelle.

Pour crever mon plafond surtout.

Pour briser l'étau peut-être, pour me noyer peut-être, me noyer sans m'étouffer, me noyer mes piques, mes distances, mon inaccessible.
Pour noyer le mal, le mal et les angles des choses, et l'impératif des choses, et le dur et le calleux des choses, et le poids et l'encombrement des choses, et presque tout des choses, i sauf le passage des choses, sauf le fluide et la couleur et le parfum des choses, et le touffu et la complicité parfois des choses, et presque tout de l'homme, et tellement de la femme, et beaucoup, beaucoup de tout et de moi aussi

beaucoup, beaucoup, beaucoup

... pour que passe enfin mon torrent d'anges.

en paix, en fluide, me décompose.

Mes pierres, ma dent y décompose,

mon obstiné résistant y décompose

et m'étends à la peine des autres.

Lâchant tout respect humain,

je calme, je console, je guéris,

je ressuscite la morte,

j'ouvre les portes,

j'avance pour bénir,

je parle au nom de tous.
Arc-en-ciel.

Plus de procès.

Je plante l'arbre à pain.

Marquée par la cassure d'un mal profond, une mélodie, qui est mélodie comme un vieux lévrier borgne et rhumatisant est encore un lévrier, une mélodie

Sortie peut-être du drame du microséisme d'une minute ratée dans une après-midi difficile,

une mélodie défaite, et retombant sans cesse en défaite

Sans s'élever, une mélodie, mais acharnée aussi à ne pas céder tout à fait, comme retenu par ses racines braquées, le palétuvier bousculé par les eaux

Sans arriver à faire le paon, une mélodie, une mélodie pour moi seul, me confier à moi, éclopée pour m'y reconnaître, sœur en incertitude

Indéfiniment répétée, qui lasserait l'oreille la plus acquiesçante, une mélodie pour radoter entre nous, elle et moi, me libérant de ma vraie bredouillante parole, jamais dite encore

Une mélodie pauvre, pauvre comme il en faudrait au mendiant pour exprimer sans mot dire sa misère et toute la misère autour de lui et tout ce qui répond misère à sa misère, sans l'écouter

Comme un appel au suicide, comme un suicide commencé, comme un retour toujours au seul recours : le suicide, une mélodie

Une mélodie pour gagner du temps, pour fasciner le serpent, tandis que le front inlassé cherche toujours, vainement, son
Orient

Une mélodie...

Premières impressions (extrait), Henri Michaux, 

Poème lu en publique, Place de la République, par une participante, hier soir... en vision sur Périscope, Romain Leclerc, #VieDebout.

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