18/04/2016

Le discours révolutionnaire porte sur lui son vecteur de violence radicale

Nuit Debout ne peut pas se voiler la face à l'image du monde musulman qui ne le peut pas non plus à l'égard de ses minorités puristes et terroristes.

Lorsque des idéaux sont proclamés hauts et forts, que l'on désire les essaimer au sein des sociétés, ils se heurtent forcément à d'autres interprétations du monde, à d'autres langages que l'on désire remplacer par ce nouveau langage. C'est un peu comme si l'hégémonie d'une ancienne langue était contestée par une langue minoritaire très percutante qui menace le discours officiel et donc son langage dominant.

Nuit Debout ne peut donc pas contester qu'il peut générer de la violence en son sein. Par contre, il se doit de prévenir les dérives possibles de son langage et se contenter de la légitime défense pour asseoir sa légitimité dans le peuple. Nous ne sommes plus au temps des révolutions réussies ou avortées à coups de pics, de têtes décapitées, d'horreurs et de massacres, de sang versé au nom d'idéaux. Sauf si nous voulons régresser humainement, nous ne pouvons pas nous autoriser de telles dérives barbares dans une société qui cherche justement plus de droits humains et d'égalité entre nous tous. 

Nous savons que notre langue fait peur à notre adversaire et que cette langue n'a pas de chef, pas de représentant élu, pas même de leader. C'est une langue qui s'invente jour après jour, qui fleurit sur les décombres de ce monde actuel qui se meurt à force de cynisme et d'égoïsme clanique. C'est une langue magnifique qui porte de la générosité, des sentiments de bonheur commun, de lutte tous ensemble contre un système qui nous rend psychiquement malades et physiquement au bout du rouleau à force de travailler pour des peanuts. Combien d'entre nous se crèvent-ils dix ou onze par jours pour même pas réussir à faire face à toutes leurs obligations communes? Combien d'entre nous rentrent crever le soir et s'affalent devant la TV pour voir les milliardaires nous rire au nez en planquant leur pognon toujours plus massif à travers des sociétés offshores gérées par des cols blancs bien sous tous rapports sauf dans leur rapport au monde, à la justice, à la démocratie que nous voulons mettre en place? Combien d'entre nous sommes révoltés et atteints d'un sentiment d'impuissance face à ce rouleau compresseur médiatique qui nous oppresse et nous rend dingues de ne pouvoir rien faire contre. Et combien nous sommes à tenir des blogs, écrire, penser, discourir autrement pour changer le monde?...

Notre langue est belle parce qu'elle refuse la corruption et l'accaparement des richesses entre les mains de quelques-uns. Notre langue réinvente le pognon généré par le foot, le tennis et d'autres sports médiatisés parce que notre langue veut dire aux sportifs que Pelé était tout aussi génial que Messi mais que Pelé se contentait de bien moins pour faire vivre son génie sur les terrains de foot. Et que partant de ce constat et sachant que le monde entier continuera à vouloir voir les génies évoluer sur leur écran TV et du haut des tribunes d'un terrain de foot, il y a moyen pour que les génies, et au monde qui se rattache au monde de leur génie, contribuent beaucoup mieux aux strates inférieures de leur sport et à la société en général en reversant une bonne part des gains obtenus dans un pot communautaire démocratique. C'est un exemple parmi d'autres. On peut aussi viser le cinéma et nos vedettes préférées du petit et grand écran Cannois.

Nos stars n'existent pas sans nous, sans notre reconnaissance de leurs talents, donc sans notre thune lorsque nous rendons hommage à leurs talents en payant notre part à l'entrée d'un cinéma ou du stade ou des plages de pub que nous avalons avec la bière et les pop-corn posés sur notre table de salon. Nos petits et grands patrons n'existent sans nous, sans notre talent et notre savoir pour développer leur entreprise et qu'il serait donc nécessaire de créer un dividende salariale et résultats au bénéfice au même titre que les actionnaires. Nos talents valent quelque chose même sur ces blogs où personne ne nous rémunère mais où beaucoup viennent y chercher qui de l'info, qui de l'inspiration, qui une respiration, de l'oxygène, pour retrouver espoir dans la lutte...

Il y a mille et une façon de recréer un langage qui ait un authentique sens démocratique, fraternel, amical, et égalitaire. Il suffit de penser Pelé pour que Messi cesse tout soudain de se servir exclusivement, outrageusement, et honteusement du système à son propre bénéfice et qu'il se rende compte que nous, les Messies, on n'en a raz la patate mais qu'en même temps, on ne veut pas les crucifier sur une croix pour leur piquer leurs thunes. Notre religion nous l'interdit. On veut juste qu'ils arrivent par eux-mêmes à accepter une certaine redistribution capitale de leurs talents merveilleux. Le monde serait tellement plus joli et amoureux avec nos stars solidaires du peuple.

Le génie doit d'abord servir le peuple et mettre son talent au service de la lutte contre de trop grands privilèges.

http://www.tdg.ch/monde/europe/alain-finkielkraut-moitie-qu-cherchait/story/25554001

 

 

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