18/04/2016

Nuit Debout: la fragilité de l'horizon, la verticalité du frisson

Il y a des soirs comme ça. Tu chantes la fraternité humaine, le coeur tous ensemble, et puis soudain, les insultes fusent, les crachats sortent des bouches remplies d'amertume, et le rêve d'un autre monde possible s'envole à l'intérieur de ton être.

Il y a des jours où un Président de la République traite un jeune révolté de "Casse-toi pôvre con", un homme qui représente donc l'Etat à son sommet et non rien ni personne comme certaines paroles fielleuses de Marion Maréchal-Le Pen envers le mouvement Nuit Debout suite aux insultes lancées contre un philosophe, Place de la République, et que cet homme reste tout de même président pour un temps et continue à prendre des décisions pour toute la nation comme si rien ne c'était passé.

Ce qui s'est passé à République durant le rassemblement des Deboutistes envers la personne d'Alain Finkielkraut est inacceptable de la part des membres d'un mouvement qui veut changer la société en profondeur.  On peut toujours penser que l'insulte fera réagir positivement. Dans les meilleures familles du monde on s'invective parfois d'un "fuck you", d'un "vas-te-faire foutre" en terme d'exclusion momentanée ou définitive. Au sein des entreprises aussi d'ailleurs. L'injure ne vient pas d'un autre monde. Elle participe du notre et fait partie de la liberté de parole. Pourtant, Nuit Debout ne peut pas se permettre d'injurier des personnalités qui viennent sur place s'informer du Mouvement, qui n'ont même pas pris la parole, qui ne l'ont ni condamner ni mépriser par des provocations et une attitude haineuse. Alain Finkielkraut a le droit de circuler Place de la République, de causer avec des jeunes ou des moins jeunes sans se faire cracher au visage, sans risquer la mort, sans être jeté comme un malpropre qui aurait commis des crimes impardonnables. Il n'est pas le système en place. Il est un citoyen qui défend son point de vue. Ni plus, ni moins.

Nous n'y arriverons pas si Nuit Debout se perd dans sa propre obscurité. Le mouvement doit être un symbole de lumière et non de ténèbres pour la population. Sinon, il perdra toute crédibilité démocratique et deviendra une marque d'infamie, une secte terroriste qui finira par engendrer une grande violence issue de quelques-uns de ses membres et qui donnera quelque chose comme un mouvement anarchiste violent comparables aux "Brigades Rouges" italiennes ou la RAF (la Fraction Armée Rouge allemande) qui sévirent dans les années 70.

Est-ce cela Nuit Debout? Une fin lamentable? Une histoire à dormir debout où le Petit Poucet se fait Ogre à son tour? Si oui, je ne suis plus Nuit Debout. Je redeviens "Je" anarchiste solitaire qui continuera son combat seul sur son blog ou en petits groupes d'amitié sans plus vouloir refaire le monde, sans plus rêver à la révolution et en attendant tragiquement que ce monde se disloque et s'auto-détruise de lui-même dans un scénario à la Mad Max. Nuit Debout est pour moi le dernier grand mouvement populaire de citoyenneté démocratique qui se révolte contre un système de plus en plus inhumain et injuste. La chute de ce mouvement collectif ne peut qu'entraîner plus de haine et de violence suite aux frustrations énormes qu'elle engendrera parmi la jeunesse et les minorités qui verront toutes leurs illusions s'envoler. Les personnes qui ne veulent pas donner plus de crédit au système actuel ne rejoindront jamais ce système et l'anarchie (dans sa composante la plus nihiliste) deviendra encore plus grande, l'Etat perdra encore plus de son autorité déjà bien mal en point ou alors il deviendra une authentique dictature sous le règne d'un Front National tout-puissant...

Nous sommes à la croisée des chemins. Soit Nuit Debout s'engage sur le chemin de la non-violence et s'engage à préserver au mieux son pacifisme avec un service d'ordre efficace qui défend la citoyenneté pour tous et le droit des idées s'exposer en public, soit Nuit Debout se verra condamner à ne rester qu'un mouvement très marginal qui n'aura au final que dalle comme satisfaction politique et qui crèvera comme une merde au fond d'un caniveau. Entre nous, nous savons user de mots qui font mal quand il est nécessaire de dire des mots qui font mal pour le bien du mouvement, et au final des citoyennes et citoyens qui se battent pour un autre monde plus juste et plus fraternel.

 

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