19/04/2016

Nuit Debout: médias, ne devenez pas les tueurs de leurs rêves

Nuit Debout chahute et bouscule. Nuit Debout fait même peur parce que les participantes et participants tiennent des paroles parfois violentes, parfois irréalistes, parfois surréalistes, parfois tout simplement géniales et porteuses d'une autre vision de notre société rongée par son matérialisme outrancier qui fait 99% de place et d'espace aux 1% de beautiful people qui se prennent pour les papillons libérés alors qu'ils sont en réalité des dinosaures de Jurassic Park qui dévorent l'humanité sous des aspects ludiques de fêtes électro, de champagne coulant et de caviar se répandant dans des bouches avides de sensations fortes et de sexe sous toutes latitudes.

Cette folie des gens très riches, cette partouze quotidienne d'un monde hors-sol qui s'éclate la panse pendant que d'autres crèvent la dalle et que d'autres encore pensent pour corriger cette horreur égoïste, nous ne pouvons plus la tolérer ni même l'encadrer dans un schéma de normalité qui serait un rêve démocratique abouti. Ce serait faire honte aux révolutionnaires qui ont voulu faire de la France et du monde une humanité qui vit sous idéaux de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, et de la justice. Ce serait faire fi de tout ce que nous avons lu dans les livres, que nous avons vu dans nos séances de cinéma et de théâtre, que nous avons construit dans notre vie comme sentiment d'empathie et d'internationalisation de notre rapport au monde entier. Ce serait démissionner de notre devoir d'être humain de rétablir un tant soi peu une règle d'or humaine à la dérégulation des marchés devenus fous et uniquement axés sur le profit personnel, le vol des valeurs marchandes, la captation des richesses par des oligarques sans scrupule et sans âme autre qu'imprégnée du plus pur cynisme.

Alors quand je vois cette jeunesse se soulever, crier sa révolte, se rassembler pour dénoncer et tenter de retrouver du discours et un sens à cette société qui a perdu les pédales et qui effeuille la marguerite en disant je t'aime passionnément aux stars et je t'aime pas du tout aux largués du système, aux migrants et migrantes, aux SDF, aux étrangers qui n'ont pas les mêmes codes culturels, je me dis que notre société d'adultes a aussi perdu tous ses pétales de jeunesse et qu'elle est fanée comme une fleur prête à mourir par dessèchement de son milieu, de son coeur qui ne bat bientôt plus du tout par manque d'idées généreuses, de partage plus équitable, de solutions écologiques qui garantissent un éco-système qui sera demain favorable non seulement aux plantes et animaux du globe mais à nous humains qui risquons bel et bien de disparaître de la planète faute à nos errements et égarements.

Les jeunes expriment ce que nous, anciens révoltés, tentons de dire par nos écrits solitaires, nos rêves avortés, nos déceptions sentimentales, nos paradis perdus. Les jeunes prennent la rue non pour fuir la réalité mais pour l'accomplir pleinement, artistiquement, majestueusement même si leur révolution s'accompagne de faits et gestes nettement plus laids comme les déprédations de la place publique, la casse, et les expulsions de personnes qui tiennent un discours ultra-conservateur et parfois fasciste. Ces jeunes ne sont pas fascistes. Ils sont souvent accrochés aux vieilles lunes du communisme, de l'égalitarisme parfait. Cela se voit durant l'AG. Même temps de parole à toutes et tous, une fille puis un garçon puis une fille puis un garçon qui ont le droit de parole. Même codes d'interventions, et souvent même style vestimentaire. Le bourgeois ou la bourgeoise habillé(e) en Yves Saint Laurent cela ferait vraiment tâche d'huile usagée comme dirait le révolutionnaire qui exclut à son tour de son monde tout ce qui appartient au vieux monde des rupins, des ultra-riches, des "salauds" de capitalistes.

Cette jeunesse est excessive, passionnée, révoltées, mais DEBOUT, fièrement debout et elle dit son fait à des adultes assoupis dans leurs certitudes, sûrs de leurs bons droits, certains que leur discours est le seul discours d'avenir possible un peu à la façon du capitaine du Titanic qui se croyait invincible en maintenant le cap que lui et son équipe de bord avait choisi. Tout le monde connaît la fin terrifiante de l'histoire du plus célèbre paquebot humain du monde. 

Cette jeunesse a sonné le tocsin. Elle ne veut pas de ce final tragique. Alors il y a deux visions possibles pour leur répondre: celles des médias, de certains intellos, et des politiques qui prennent tout cela avec condescendance en disant que tout va bien, on maintient le cap, on rassure les citoyens et citoyennes, genre on vous parle dans le haut-parleur de tenir votre place et de ne pas la quitter alors que le navire a déjà percuté l'iceberg et qu'il est trop tard pour changer de cap; soit on écoute ces jeunes, on prend notre courage à deux mains, on tient compte de leur volonté de changer le monde, on applique certaines de leurs idées géniales, et nous faisons le pari positif que le navire peut passer encore à côté de l'iceberg et au passage nous sauvons provisoirement la Civilisation de sa destruction globale.

Pour quelle option oeuvrez vous, chers médias? Pour quel rêve vous voulez vous battre ou pour quel cauchemar vous n'en n'avez strictement rien à battre? Etes-vous pour la fin tragique de l'Histoire humaine ou pour une suite heureuse à notre aventure sur la planète Terre? Ceci n'est pas un film tourné sur écran géant. Ceci est notre réalité. A vous de savoir pour quel scénario bat votre coeur et de quelle lumière votre esprit est éclairé.

A vous, chers médias, le choix des réponses, le choix de vos curiosités, le choix de votre courage ou de vos lâchetés ordinaires. Des jeunes sont là. Ils tiennent le parvis. Même si tout de leurs discours et de leurs volontés ne pourra pas être validé, il y a sans doute des pépites d'intelligence fulgurante qui surgissent de leur mine d'anges qui ont décidé de transformer notre morosité sinistre en réalité moins mensongère, plus proche d'une sincérité fraternelle, d'une amitié retrouvée entre le citoyen et la citoyenne de base et les pouvoirs qui décident au final. A la fête électo, je veux y être avec le bonheur de savoir qu'entre nous tous les stars ont décidé que leur génie était aussi service du peuple et pas seulement pour rapporter très gros à leur petit bonheur égoïste.  

Si tout le monde s'en fout de ces Nuits Debout, comme le dit Finky le Réac, c'est alors que notre monde ne se donne pas une seule chance de survivre au désastre qu'il prépare.

A lire sans modération un article qui accorde toute sa place aux Nuits Debout grâce à un des philosophes les plus éclairés de notre temps:

http://mobile.lesinrocks.com/2016/04/16/actualite/abdennour-bidar-propositions-politique-religieuse-demandent-a-etre-completement-reinventees-11819872/

 

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