20/04/2016

Fascisme: une certaine idée de l'exclusivité, au final totalitaire, de la pensée

Le fascisme est beaucoup débattu en ces temps de Nuit Debout. Et pas seulement de l'extérieur du mouvement. A l'intérieur aussi, ça tangue fort et parfois des activistes syndicaux et des activiste freeelance s'invectivent et se lancent des fascistes à la figure en pleine réunion d'un petit groupe discutant des moyens de combat pour faire plier le pouvoir capitaliste pour le remplacer par un pouvoir plus redistributeur des gains et des bénéfices produits par la masse populaire ou indirectement générés par des activités sur le net ou des participations en masse à de grands événements sportifs, culturels, ou autres qui rapportent énormément à quelques-uns tout en ne laissant rien à la masse ni même aux sportifs de second rang qui doivent même mettre de leur porte-monnaie pour jouer aux alentours de la 300ème place mondiale comme en tennis... Une aberration de notre système qui veut qu'on donne tout au premier et quasi plus rien à partir du 100ème et rien du tout en retour à tous les spectateurs qui génèrent les bénéfices grâce au nombre de vues... Est-ce encore la démocratie, cela? Où la victoire d'une caste qui organise et distribue les gains entre eux... juste parce qu'ils se considèrent les meilleurs du monde, les plus grands , les plus géniaux... N'y a-t-il pas là quelque chose de l'ordre du fascisme aussi? C'est une interrogation, pas une réponse.

Le fascisme se rapporte d'abord à un groupe d'individus ou même un parti politique qui exclut d'emblée l'impureté à l'intérieur des dogmes établis. Hitler et son parti sont fascistes parce qu'ils ont décidé que les juifs doivent être exclus et spoliés, que les tziganes et les handicapés n'ont pas le droit de citer, que les intellectuels et artistes qui défendent l'impureté et vouent aux gémonies la pureté du nazisme doivent être éliminés, leurs oeuvres considérées comme dégénérées et volées sans scrupules...

Le fascisme est donc totalitaire et il ne faut pas le confondre avec l'exclusivité de pensée d'un(e) jeune révolutionnaire qui se révolte à fond et ne veut pas entendre parler de ce qui le/la tourmente et le/la fait souffrir constamment. De fait, l'état de notre société actuelle, ces dérives scandaleuses, et l'impossibilité de changer de route par des élections démocratiques classiques qui passent par les partis et les urnes.

Est exclusive une étudiante amoureuse qui refuse toute idée d'impureté dans sa relation amoureuse. Cela ne fait pas d'elle une fasciste mais une passionnée de l'amour. Par contre, si son fantasme de pureté passe du fantasme à l'acte criminel, à la possession de l'autre transformé en objet de consommation et à la fin en crime passionnelle, nous approchons forcément d'une idée fasciste de l'amour, de cette pureté criminelle qui amène quelqu'un, un groupe de personnes, un parti, de s'octroyer toute la vérité et de nier à l'autre sa part de vérité et de liberté.

Je reviens rapidement sur ce que j'ai vu lors de la Nuit Debout du 35 mars. Un petit groupe d'une dizaine de personnes discutent entre elles, avec beaucoup d'ardeur, des moyens de lutte révolutionnaire. Ils sont assis. Debout, quelques autres personnes assistent à la discussion. Soudain un homme, la cinquantaine, interrompt le groupe. Il se présente comme syndicaliste et se plaint de n'avoir pas été accepté avec son drapeau syndical lors de la première Nuit Debout. Il rappelle ses combats syndicaux. Il est accompagné d'un de ses amis syndicalistes qui prend lui aussi la parole. Ils ne comprennent vraiment pas pourquoi ils ne peuvent pas montrer leur identité citoyenne à travers leur drapeau. Une fille du groupe commence à s'énerver et de demander de quel droit ces deux mecs interrompent la discussion et son sujet pour parler de leurs propres luttes. Les syndicaux rappellent qui si Nuit Debout veut le soutien des syndicats, il faudrait que le mouvement face preuve de respect par rapport à tout ce qui a été fait pour les ouvriers et ouvrières. Une autre fille, debout, intervient à son tour et dit comprendre parfaitement le mouvement. Elle-même est membre d'un mouvement écolo et ne revendique pas sur la place avec son drapeau mais en citoyenne. Finalement, la fille dans le rond central traite les deux mecs de fascistes qui à leur tour retournent à la fille qu'elle est fasciste. Elle est à bout de patience et quitte alors le petit groupe.

Il faut rappeler ici pourquoi cette jeunesse lutte et garde espoir. Cela fait neuf ans, on ne compte pas le règne de Jacques Chirac, que deux présidents se moquent de la "Rue". Et la "Rue" c'est vaste. Cela va des banlieues, en passant par les quartiers défavorisés, en passant par le monde ouvrier et agricole, les étudiants précarisés et sans perspectives de travail autre que des stages à la limite de l'esclavage économique, et finissant par les travailleuses et travailleurs du sexe qui ont été criminalisés, ainsi que leurs clients sous Hollande, comme des gens déviants, des personnes perverses dont il fallait punir le comportement répréhensible.

"La Rue" ce n'est pas l'Elysée et ses dorures élitistes. Ce n'est pas non plus le monde des diplômés des écoles sup sup comme l'ENA. "La Rue", ça se vit, ça se dit, ça se contredit, ça raconte une histoire humaine faite de réussites et d'échecs qui ne sont jamais révélés par les médias où alors dans la rubrique fait divers quand survient un drame. "La Rue" est formée de tous les anonymes à qui l'on dit: travailler plus pour gagner moins et encore moins dans deux ans avec en plus un régime de flexibilité, de contrats précaires tandis que les grands patrons et leurs cadres s'en foutent pleins les fouilles et que les actionnaires se dorent sur leurs chaises longues en bord de mer en analysant la Bourse sur Internet et les surplus virtuels acquis sur leurs actions...

Il faut donc se mettre à la place de cette jeunesse qui angoisse et qui cherche des solutions pour tous avec une certaine haine des élites en place. Il faut non seulement la comprendre mais aussi l'écouter et reprendre certaines de leurs idées. Parce que sinon, ce sera l'impasse pour la République et le vrai fascisme s'exprimera alors et prendra qui le pouvoir qui le maquis. Soit à droite avec le FN au pouvoir. Soit à gauche avec des groupuscules terroristes qui sèmeront la terreur tout en prenant le maquis en s'appelant "Résistance 3.0".

La réalité est là. Et l'Elysée ferait bien d'en tenir compte pour de vrai. Nous n'avons plus beaucoup de temps pour changer le monde de façon non-violente...

 

 

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