02/05/2016

Paris: 1er Mai sous les gaz lacrymogènes

La technique de l'enfumage, nos grands élus la connaissent par coeur. Et comme la rue ne veut plus de cette politique qui nous parle vraie mais nous raconte bien trop souvent de vrais gros mensonges juste assez gros pour assommer le peuple et ne le réveiller que par de petits groupes révolutionnaires qui aimeraient changer la façon d'envisager les rapports humains entre nous tous.

Las. IL faut bien dire nous aussi la vérité. La plupart des gens n'en ont pas encore assez de se faire maltraiter ou ignorer au quotidien. Ils préfèrent leur écran tv, leur petite vie tranquille à l'ombre des puissantes fortunes planétaires et ne plus se poser de questions trop sérieuses qui les mettraient en danger de perdre tout dans l'histoire, leur travail, leur épouse, et même leur vie. C'est que la révolution est exigeante et affaire de coeur. Elle ne s'embarrasse pas de discours frigides et de vaines paroles. Elle veut vraiment changer le rapport de force et le rendre enfin plus égalitaire, plus humain, plus près de la vraie démocratie. La révolution va au front, elle se confronte aux CRS non pas pour leur faire du mal et recevoir en retour du mal. Elle essaye de les faire sourire alors qu'ils n'en ont pas le droit, de les faire discuter alors que les ordres sont de ne pas discuter avec les révolutionnaires. Et la révolution insiste parce que la révolution est humaine et qu'elle ne veut pas de la violence physique. Elle veut changer le rapport de force par la non-violence, la dissidence, la poésie, l'amour.

La révolution se présente sous le visage de jeunes filles en fleur et en pleurs qui supplient les CRS de laisser passer le cortège, de ne pas provoquer les manifestants en bloquant leur droit de circuler dans la rue et en jetant des lacrymos sur la foule composée aussi de familles et de jeunes ados. La révolution lance ses slogans en disant que personne n'aime la police mais sur le ton du je t'aime moi non plus cher au grand Serge. La révolution chante et taquine. Et les filles sont mutines alors que les garçons butinent leur miel. La révolution est belle et saine. Elle porte le nom de jeunesse d'esprit et ouverture des coeurs, rebelle mais pas assassine, la révolution Nuit Debout se fait tout en douceur mais avec la fermeté morale dont sont capables ces jeunes gens et jeunes filles qui ont compris qu'il faudra une éternité de patience pour faire rentrer dans les moeurs des comportements moins prédateurs, des luttes ouvrières moins fatigantes et contraignantes à cause de rapports de force qui entraînent toutes sortes de maladies mentales chez les êtres humains.

J'étais au premier rang de la manif avec mon muguet et ma rose à la boutonnière. Et j'ai vu que les migrants sans papier gardaient leur sourire légendaire malgré leur situation et leur vie en danger. J'ai vu des étudiants et étudiantes qui, entre deux salves de lacrymos, des yeux brûlés, et une crainte que tout dégénère vers la violence, ont su garder le sourire, charier les CRS qui ont même souris alors que rien ne prêtait à sourire tant la tension était grande par moment et que les bombes de gaz auraient très bien plus blessé des personnes gravement. J'ai vu aussi quelques anciens et anciennes courageuses être au front et dénoncer le comportement irresponsable de ce gouvernement qui paralysait le cortège. 

A la fin, après une heure de blocage et de jets de lacrymos, le cortège s'est remis à marcher au rythme de la tortue chère à cette jeunesse Debout qui aime les improvisations poétiques avec cette tortue tout en carton comme bouclier. Le fer des CRS contre le carton des étudiants. Le rapport de force est bien là et le risque de vivre dans des zones de bidonvilles au lieu de jolies maisons grandit au fur et à mesure que la révolution robotique arrive. Saurons-nous, grâce à ce mouvement Nuit Debout et à tous les autres mouvements populaires sur la planète, éviter l'immense catastrophe que nous réserverait un avenir construit sur les mêmes valeurs actuelles d'exploitation humaine et de dégradation de notre environnement? 

Il est temps de changer les mentalités. Nuit Debout y contribue et quelques jeunes très actifs en son sein étaient en tête du cortège en face même des CRS qui empêchaient le cortège d'avancer. Tout un symbole... Les syndicats, bien présents, étaient plus à l'arrière dans le cortège.

Paris. Il a plu les lacrymogènes sous le soleil. A Nation, à République, les gens gazés ont continué de sourire malgré les yeux brûlés. Nous n'avons pas perdu notre patience et notre non-violence. Et les quelques casseurs qui voulaient que tout dégénère en guerre et en victimes n'ont pas réussi leurs actes de déstabilisation.

Pour finir, il restera quelques jolis souvenirs photographiques de ce 1er Mai 2016 pas comme les autres. Paris était en fleur et ni la rose ni le muguet n'ont plié devant le danger d'être révolutionnaire.

P.S. l'album photos suivra prochainement. Je viens de voir, à mon retour en Suisse, que la vidéo proposée ci-dessus n'est pas autorisée en Suisse pour des raisons de droits(:- Alors je vous propose, à vous Suisses et Suissesses, une vidéo de Cohen qui porte le même titre:

Les commentaires sont fermés.