02/05/2016

Nuit Debout: être ingouvernable c'est devenir maître de soi

"Soyons ingouvernables". Un des slogans imposés par Nuit Debout au spectacle de la manif du 1er Mai et qui a fait réagir certaines personnes ne signifie en rien que cette jeunesse ne sait pas se discipliner et suivre une ligne de conduite collective. Elle ne veut tout simplement plus suivre la ligne injuste et scandaleuse tracée de nos gouvernements.

Ce slogan signifie que les jeunes ont en assez d'être gouvernés par des gens qui nous prennent pour des cons, qui demandent que l'on vote pour eux sur un programme alléchant et qui au final font le jeu exclusif des plus riches tout en ignorant une majorité de la population qui subit les plans drastiques d'austérité et permet aux Panama Papers d'exister encore, après le scandale boursier de 2008, loin de toute atteinte institutionnelle. La gangstérisme et l'incivilité des grands patrons et cadres, c'est cela auquel s'attaquent les jeunes d'aujourd'hui et rejettent d'un bloc sous le slogan "soyons ingouvernables". Un anarchisme au service d'une nouvelle société dont j'ai envie d'en toucher un mot au lendemain de la manif du 1er Mai.

Le constat amer fait par les partis de gauche et d'extrême gauche est accablant pour la politique libérale de notre monde qui n'est d'ailleurs plus une politique libérale mais une politique de prédation pure et dure qui permet à ce fameux 1% de la population mondiale de s'enrichir de façon éhontée et sans responsabilité de leurs devoirs démocratiques.

Faut-il pour autant en revenir aux vieilles lunes du marxisme avec la nationalisation des grandes industries? Il y a déjà une erreur économique fondamentale de base dans cette façon d'envisager la chose. Dans ce monde global, c'est quoi la nationalisation d'une multinationale? Quel Etat va bien pouvoir bénéficier de la nationalisation de Mac Donald, par exemple? Ensuite ou s'arrêtera la nationalisation des biens de production? Une PME est-elle aussi concernée, de même qu'un restaurant de quartier? Plus de patrons du tout? Uniquement des personnes payées de façon égalitaire pour un job ou même pour pas de job du tout? Et qui voudra alors travailler dans ce système là où celles et ceux qui ne bénéficient pas d'emploi auront les mêmes droits économiques? Ce sera les plus masos qui iront ramasser les ordures des autres et qui paieront pour tous les autres qui se la couleront douce en fumant des pétards? (Je suis volontairement provocateur pour faire réfléchir cette jeunesse que j'aime dans sa révolte). Et qui voudra prendre un poste à responsabilité s'il n'a rien de plus économiquement en retour? J'imagine un médecin, une infirmière, même un chef de cuisine, salaire égal mais responsabilité totale individuelle si un patient porte plainte pour erreur médicale ou plat avarié? Le plongeur qui lave les assiettes dans la cuisine devra-t-il être solidaire du chef et aller au tribunal avec lui quand la partie plaignante demandera des indemnités au restaurateur et au cuisinier qui auront commis une erreur d'hygiène?

Franchement, les gars, comme les filles, le marxisme c'est très intéressant pour étudier nos problèmes actuels de redistribution du capital mais ce n'est pas parce que le constat est juste que les remèdes d'un autre temps pourrait être remis au goût du jour d'autant que le communisme n'a jamais vraiment réussi à faire ses preuves ni en Russie, ni en Chine, ni à Cuba.

Par contre, on peut très bien imaginer d'autres remèdes. Une multinationale ne pourrait avoir son siège sociale que dans un pays qui a admis une nouvelle charte internationale déontologique comprenant le paiement intégral des impôts, l'octroi d'un dividende salarial, en plus du dividende actionnaire, qui permettrait une redistribution des bénéfices de l'entreprise, et même un dividende social placé dans un fond commun international qui servirait à financer toutes sortes de situations de précarité à commencer par les vagues de migrations imposées par les guerres encore actuelles, le dérèglement climatiques, etc. En cas d'établissement du siège social de la multinationale dans un pays qui ne respecte pas la charte internationale, l'entreprise n'aurait plus le droit de fabriquer des biens de production et commercer dans les pays qui ont signé la charte. J'imagine mal Mac Donald partir aux îles Caïmans et perdre toutes ses entreprises en Europe et aux Etats-Unis, par exemple, si nos Etats signent cette future charte. 

Pour les PME, et afin que les patrons ne meurent pas de misère, on pourrait instituer la règle du 10%. Et ce serait quoi cette règle? Et bien simplement le patron d'une entreprise peut au maximum recevoir 10% du chiffre d'affaire annuel de l'entreprise. Ainsi une PME qui fait 1 million de chiffre d'affaires annuel, le patron pourrait au maximum s'octroyer un salaire de 100'000 francs annuel. Si l'entreprise tourne bien et génère des bénéfices importants, et que le bénéfice final va au-delà du 10% du CA, une redistribution devrait se faire équitablement au sein de l'entreprise entre employés et patron. On pourrait aussi créer un salaire maximal autorisé pour tous les patrons en fonction du coût de la vie de chaque pays. Par exemple, 200'000 francs annuel pour un patron d'une importante PME ou de multinationale.

Bref sans passer de Charybde en Scylla, soit du capitalisme sauvage au communisme totalitaire, il y a des possibilité de gérer le capital mondial des biens produits pour une meilleure répartition des richesses entre nous. Et il y a aussi, ce fameux revenu universel citoyen qui ne devrait en réalité être qu'un droit réservé et limité à toutes celles et tous ceux qui ont des activités bénévoles et qui participent de la société. Ce revenu serait un auxiliaire et non un salaire total pour aider celles et ceux qui consacrent leur vie à toutes sortes d'activités non rémunératrices mais validées par l'Etat. Ainsi même un sans-emploi de longue durée aurait droit à quelque chose d'un peu plus motivant que l'aide sociale...

Il est venu le temps de créer un grand chambardement économique et financier mondial. Et si nous sommes ingouvernables et même pas gérables par les autorités du monde actuel c'est que ces autorités ont gravement failli à l'ordre du monde au bénéfice du désordre financier mondial actuel.

Ce n'est donc pas la loser attitude qui domine à Nuit Debout comme l'écrit une journaliste du Figaro. C'est la win attitude pour tous. Lire ici:

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/05/02/31003-20160502ARTFIG00098-nuit-debout-le-triomphe-de-la-loser-attitude.php

 

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