13/05/2016

Du pain et des jeux

Comment devient-on un ou une révolutionnaire dans un pays de Cocagne comme la Suisse?

Le processus intellectuel qui mène un homme ou une femme vers la radicalisation de sa pensée est à chaque fois différent mais il procède toujours de la même obsession dans une certaine logique judéo-marxiste ou chrétienne, voir islamique, de la théorie de la libération: la justice et l'égalité pour tous.

Si je reviens ici un peu sur mon parcours personnel c'est pour mieux aborder l'universalité et l'horizontalité d'un discours mondial qui unit les peuples entre eux dans une co-fraternité, une co-solidarité, et une co-responsabilité qui engagent toute l'Humanité.

Quand j'étais gosse, j'étais un fan de sport. Mes idoles étaient Pelé, le skieur suisse Bernhard Russi, et le coureur automobiliste Joe Siffert, Suisse aussi, dont j'avais le portrait en poster dans ma chambre. J'aimais aussi le cyclisme et je pratiquais, à mon adolescence, des sports comme l'escrime, la varappe, l'alpinisme, la course à pieds, et le ski de fond. Une maladie d'enfance, une primo-infection de type tuberculose, m'a sans doute empêché de devenir un sportif de talent car j'avais quand même la rage de la compétition et de l'exploit sportif. En fait, tout mon univers tournait autour de l'exploit sportif, de la consécration, du fair-play, en un mot de la sainteté du sport dans le sens le plus noble du terme. Mes idoles gagnaient et risquaient leur vie, Joe Siffert est décédé asphyxié en 1971 dans un dramatique accident lors d'une compétition sur le circuit de Brands Hatch. J'avais 11 ans et mon papa venait de quitter ma maman...

De mes souvenirs d'enfance, je retiens ceci: les grands sportifs travaillaient durs, avaient un immense talent...et gagnaient à peu près bien leur vie mais pas trop quand même. Ils devaient bosser comme tout le monde pour arriver et une fois arrivés tout en haut, ils devaient encore et toujours bosser sans prétendre à des millions qui leur tombaient du ciel comme ça par un transfert mirobolant, un salaire mirobolant, des pubs, un price money gigantesque, ou un sponsoring élargi. Un grand sportif restait un sportif normal, à la hauteur du peuple, près de nous.

Et puis, tout ce romantisme là, cet héroïsme là, ce côté chevaleresque de la compétition s'est envolé au fil des années futures, affaires de fric, de triche, de corruption, de dopage, de paris truqués, etc.

Aujourd'hui, nos athlètes ont beau être magnifiques sur le terrain, je m'en détourne de plus en plus...parce qu'ils et elles ont quitté le peuple et trahi la cause démocratique. Parce que oui, nous ne vivons plus en démocratie puisque le partage s'effectue entre une petite aristocratie élitiste qui s'arroge tous les droits et toutes les manières de faire. Si t'es pas de leur système, t'a beau être le plus grand génie du monde, tu ne pourras pas y trouver ta place parce que tu ne seras pas d'accord avec eux et leur système. Des cyclistes y ont laissé leur carrière en contestant le système. Pour l'immense majorité, ils se taisent par peur de tout perdre. Donc nous sommes bien dans un système où la loi du silence doit régner, comme dans la mafia sicilienne, sinon tu perds tout...sauf la vie peut-être parce que le système reste un système de pure criminalité économique mais rien de plus ni de moins... Les morts se trouvent ailleurs sur la planète, dans des pays moins favorisés et pris dans les guerres, dans les abandons des peuples, dans le retour et le recours au terrorisme qui nous revient par la bande jusqu'en France en cette année 2015...

Pour en revenir à ma propre expérience de vie, j'avais loué il y a 16 ans de ça, avec mon épouse, un bistrot perdu dans un petit village jurassien. Il va sans dire que rien n'était facile et que notre gagne-pain restait modeste. Nous ne comptions pas nos heures ni notre présence dans le restaurant pour réussir à garder notre bistrot. Les aléas de la vie ont fait que finalement tout à mal tourner pour notre famille. Plusieurs raisons à cela. Mais ce n'est pas là l'essentiel de mon message. Si j'en parle c'est pour ceci: une année avant que tout explose, nous, notre famille, notre restaurant, et finalement nos crédits, j'avais voulu sauver notre commerce en le transformant un peu en bar de nuit (Café Paris Latino), chose que nous pratiquions parfois illégalement pour la jeunesse du village et du village voisin mais aussi pour certains pères et certaines mères de famille qui aimaient passer parfois quelques nuits blanches en bonne compagnie en écoutant du Johnny et les tubes des années 80 par exemple, ce qui nous a coûté un saladier d'argent en amendes... Mais on ne dira qu'en rigolant que le peu d'argent récolté durant ces heures illégales sur des bières à 3 francs et 20 centimes auront peut-être tout juste payé les  quelques 3000 francs d'amendes au final...

Donc, officiellement, nous avions fait une demande pour autorisation d'exploiter notre commerce de jour mais aussi comme bar de nuit... La commune s'y opposa appuyée par une partie de la population qui ne voulait pas de nuisances supplémentaires. La jeunesse signa notre pétition qui obtint quelque 150 paraphes...pour un village de 550 habitants. C'est dire la nécessité que les jeunes y trouvaient de se retrouver à une quinzaine ou un vingtaine le week-end pour y faire la bringue tard dans la nuit. Sans compter les risques d'accident évités de nuit pour ces jeunes en sortie...

J'avais fait appel à un architecte qui me proposa quelque chose pour un budget modeste de fr 30.000 francs. Un bar complémentaire et quelques tableaux inédits de Cuba et de son ambiance avec aussi quelques photos historiques de la révolution. C'était pour la partie Café Latino. Et pour la salle à manger, qui était en réalité dans la même salle commune, j'avais décoré les murs de photos villageoises magnifiques faites par le photographe japonais Daisuke Akita http://www.daisukeakita.com/ de passage au village pour la marque de montres Rado et qui logeait dans notre petit hôtel zéro étoile...mais plein d'étoiles humaines. Ce fut un cadeau complètement inattendu provenant directement du Japon par poste! Daisuke si tu tombes sur cette page, encore merci pour tout.

Donc oui. J'avais fait le pari fou que nous allions quand même survivre malgré une nouvelle concurrence au village qui était venue grignoter notre gagne-pain. Je n'en voulais pas au nouveau restaurateur mais à la commune qui, malgré les promesses de son ex vice-maire, avait autorisé la réouverture d'un troquet fermé depuis 15 ans! Alors que la commune savait pertinemment qu'il n'y avait pas la place pour deux bistrots au village... Je n'irai ici pas plus loin sur les intentions réelles de la commune.

J'ai perdu donc le pari et notre bistrot est tombé mais avant ça, il y a eu la dislocation de notre famille. Je suis d'esprit libéral et je mets donc entièrement la responsabilité sur les épaules de mon ex-femme mais surtout sur les miennes parce que nous n'avons pas su gérer cet ultime perte de gain dans notre parcours très difficile de vie qui a duré tout de même 14 ans.

Cette histoire personnelle pour venir dire ici que des gens se battent comme des lions, au niveau inférieur, pour garder un minimum de vie décente et que parfois ils ne trouvent que des bâtons dans les roues et une incompréhension crasse des autorités soutenues par des lois qui protègent d'abord celles et ceux qui réussissent bien dans la vie.

En cadeau, je vous donne ci-dessous, deux images qui étaient sur les murs de notre bistrot. La première, c'est un couple amoureux, lui du village, elle serveuse frontalière. La deuxième, c'est une image du Che enfant que je n'ai même pas retrouvé sur Google image. Donc inédite. Je l'avais surnommée, "Le Che lançant le pain au peuple devant le mur du peloton d'exécution". A vous, chères lectrices et lecteurs, d'imaginer l'ambiance populaire et festive qui régnait dans notre bistrot...

 

P.S. 2001 Fireking cafe “LES GENEVEZ”, Tokyo Japan http://www.daisukeakita.com/Pages/Bio/

 

 

 

 

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Mon poing dans la gueule du système

 

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Mon pain pour le peuple

 

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