21/05/2016

Assis sur la cuvette des chiottes

Assis sur la cuvette des chiottes

le regard perdu des sans-culottes

je cuvais alors mon vin

fumant le calumet assassin.

 

J'appartenais au mouvement

de la précarité,

de l'anecdote historique,

de la non-reconnaissance sociale,

de l'existence sous X.

Anonyme parmi les anonymes.

 

J'étais un migrant blanc

avec mes humeurs noires

et mon humour riait jaune

comme celui d'un perdant

à chaque fois niqué

sur sa ligne de joint.

 

Les senteurs de Marie Juana,

la belle Mexicaine aux cheveux de jade,

remontaient mes narines

tandis que mes yeux brûlaient

le feu sous les gaz lacrymos.

 

Cannes ne disait mot.

A part le gros Gérard

qui me traitait de vieux con nullar

pépé gueulard

assis sur sa cuvette des chiottes

lui qui chiait sur le beau monde

en jouant au poker de Raspoutine.

 

Tas de fric.

Tas de merde.

A Cannes c'était Nuit Tabou.

Aucune actrice n'avait eu le minois assez joli

pour sortir un beautiful coup de gueule

en faveur de Nuit Debout.

 

Aucun acteur ne soufflait la révolte

en appelant à la révolution des consciences.

Rien qu'un silence glacial

renvoyait les précaires au banc de leur Fac.

 

Aucun réalisateur ne tournera jamais

un film ayant comme titre

"Assis sur la cuvette des chiottes"

en souvenir des chieurs et des chieuses.

 

Parce que les petits branleurs

et les petites branleuses

de Nuit Debout

sont hors système

ils sont aussi hors du thème

du grand écran aux milliards.

 

Poing levé!

Notre cinéma est dans la rue!

 

Dis Léo,

Sommes-nous tous des chimpanzés

qui n'avons pas accès à la parole médiatique

parce que notre langue à nous est hérétique?

 

 

 

 

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