06/06/2016

Deux fans zones (laquelle va préférer nos stars?)...

Appelons-là "Farwest" la zone néolibérale à qui tout réussi. Les fans vont s'y lancer sans réfléchir, sans conscience, comme de beautiful people avec leurs maillots multicolores au couleur de leur nation, leurs perruques dans les cheveux, leurs visages maquillés. Il y aura les selfies, poses souriantes et peaux bronzées malgré le soleil qui se fait rare, petites nénettes hyper sexy, grosses lunettes de soleil sur les nez rouges, champagne, bière, vodka, figures de toutes les nations du monde à la fête. La noce des jeux du cirque avec ces peuples qui s'oublient dans l'ivresse, le bonheur de la victoire, la tristesse de la défaite. 

J'ai joué dans cette zone durant toute ma vie, fière d'appartenir à un pays à qui tout réussi même si, pour ma part, ma réussite économique personnelle a toujours été à la limite de l'élimination sociale... Avec une famille et des enfants, même dans la pire des situations, l'homme garde une certaine contenance, voir une certain orgueil, à ne jamais faire partie de la bande des exclus, des marginaux, des gars largués à jamais. Donc, malgré mes déboires perso, j'ai toujours été fan de la Nati à chaque Coupe du Monde, à chaque Coupe d'Europe jusqu'au Mondial brésilien d'il y a deux ans où cette Suisse a eu le panache de presque sortir l'Argentine en quart après un départ cata contre la France.

Et puis voilà. Déjà les Brésiliens avait commencé à réclamer des sous pour l'éducation de leurs enfants et des constructions sociales. C'était juste avant leur Coupe du Monde qui leur a coûté la peau de leurs fesses et qui a condamné le Brésil du terrain à une fessée et une humiliation sans commune mesure devant l'Allemagne. Et même si les filles continuaient à s'enduire le corps d'huile aux essences parfumées et que le sexe n'était pas mort, la société brésilienne, elle, n'avait pas connu la défaite du néolibéralisme mais belle et bien, celle, horrible et d'autant plus humiliante, de son équipe préférée.

Au contraire, deux ans plus tard tout empire encore avec les dernières révélations dans le monde du ballon rond. Plus personne ne peut croire à la probité du sport, à ses instances, à ses dirigeants qui, derrière un visage trop lisse et aux apparences honnêtes et chevaleresques face médias, cachent tant de vices et de choses cachées, inavouables, pas très belles à voir.

Alors, durant ces deux dernières années, j'ai retrouvé la fan zone "Peaux-Rouges" de ma jeunesse. J'ai manifesté et vécu un peu avec les migrants rescapés de la noyade, j'ai fait Nuit Debout même tout seul dans mon appartement parce que Paris c'est loin quand même pour y être tous les jours quand on travaille comme un forcené.

La Réserve d'Indiens, ce n'est pas mon style. C'est plutôt mon terrain de guerre, d'indépendance, et de liberté. Tant pis si à la fin, l'Indien perd et que le Visage pâle gagne encore parce que la technologie parle pour lui et que l'Indien ne saura jamais garder pour lui ses économies et les distribuera toujours autour de lui pour sa famille, une petite amie, un migrant, un marginal dans la rue au lieu d'en faire une industrie de guerre qui lui permettra de devenir un gros capitaliste usant de toutes les corruptions possibles et imaginables. L'Indien (le véridique) n'accumule jamais. Il est un gitan et partage sa vie comme ses expériences sans penser à lui-même.

Donc oui. J'ai fait un rêve. J'ai imaginé que les stars du ballon rond viendraient soudain jouer dans la zone Peaux-Rouges en lâchant leurs sponsors, leurs parrains, la FIFA, l'UEFA en décidant d'organiser entre eux une nouvelle instance du football beaucoup plus propre et tournée vers l'intérêt des peuples et avec une redistribution des bénéfices au peuple plutôt que les impôts du peuple servant à construire des stades qui, pour certains, à cause du gigantisme, ne seront plus jamais utilisés après les compétitions européennes ou mondiales. Gaspillage d'argent, dépenses et redistributions des bénéfices mafieuses et scandaleuses, drames écologiques parfois, comme lors des Jeux d'Hiver de Sotchi. La coupe de fiente est pleine. N'en rajoutez plus! Alors j'imagine le football de Messi capable de se lever Debout et dire au monde du foot ses quatre vérités...

J'ai rêvé de stars du ballon rond qui soutiendraient un autre monde et qui rejoindraient la zone des Peaux-Rouges. Je sais que cela n'arrivera pas tout simplement parce que personne n'aime tout perdre quand il n'est pas encore assez fort (même Messi, mais si, mais si...): sa place dans le football, ses avantages, sa position sociale. Pourtant, un jour, dans une vie antérieure, une star, pas toujours très sympa avec ses adversaires de combat, a su parler vrai à la zone du "Farwest" et elle est venue jouer dans la zone "Peaux-Rouge" des Vietcongs en envoyant des uppercut à notre société si lisse et hypocrite, et si bien sous tous rapports. C'était l'exception qui a confirmé leur règne: Ali est mort! Vive Ali! Mais qui remplacera le Boxeur et le Danseur sur cette Terre pour faire changer les choses en mieux?

 

Les commentaires sont fermés.