30/06/2016

Comment Just Fontaine gagnait sa vie comme footballeur

C'était le plus grand joueur de football français des années 50. Il était presque l'égal du roi Pelé au niveau talent et génie footballistique. Il marquait quantité de but pour son pays et son club de foot. Il s'appelait Just Fontaine et il est resté dans toutes les mémoires françaises et au-delà des frontières de ce pays.

Le mec, soyons respectueux avec Coluche, il courrait comme un lapin de garenne et se donnait mille peines pour faire triompher son équipe. Le mec, il ne jouait pas sa diva. Il marquait. Autrement plus que les stars d'aujourd'hui. 8 buts au stade de l'Euro actuel, soit avant les quart de final. Et le mec, il prenait son sport pour ce qu'il est: un jeu doublé d'une envie débordante de gagner pour le fun et la gloire d'être célébré dans son pays. L'argent? Ah oui! Parlons-en de l'argent. Le mec, il se faisait un salaire de cadre moyen dans une banque, soit 3'000 euros par mois, ce qui donnerait environ 20'000 euros aujourd'hui. Et c'était un des joueurs de foot les mieux payés au monde...

On se met maintenant à philosopher sur la nature (in)humaine du néolibéralisme...parce que notre monde ne tourne plus rond...

1) Le ballon et l'équipement sportif. Qui les fabriquaient à cette époque? Nous supposons des fabriques européennes dont les ouvriers et ouvrières gagnaient approximativement 10 fois mois que Just. Et aujourd'hui? Le joueur Ronaldo a un contrat de sponsoring avec Nike à hauteur de 25 millions d'euros annuel. Ce n'est pas encore son salaire qui se chiffre lui aussi en dizaines de millions annuel. C'est juste son contrat de sponsoring. L'ouvrier vietnamien qui l'habille gagne 174 euros par mois, somme très inférieure au minimum vital pour ce pays. Et cela pour un célibataire sans enfant! Vous saurez tout ici: http://danactu-resistance.over-blog.com/2016/06/euro-2016-nike-et-adidas-des-salaires-toujours-plus-bas.html. On ne dit pas ici combien d'heures de travail par jour l'ouvrier est tenu d'effectuer. Probablement 12 heures et plus (au début des années 2000, des enfants fabriquaient encore les ballons en travaillant 15 heures par jour!).

2) Le rôle du football dans le monde a-t-il changé? Non. Le rôle du football est resté le même. Jeu d'intégration et de cohésion sociale, appelé aussi à être l'opium du peuple et divertissement mondial au moment où nos écrans nous offrent des matchs internationaux. Si ni le rôle ni le travail des footballeurs professionnels n'ont changé, qu'est qui justifie qu'un footballeur des années 50 valait mille fois moins qu'un footballeur d'aujourd'hui? La seule justification c'est le système qui s'est cosntruit autour des élites du monde dans tous les domaines, artistiques, économiques, politiques, et sportifs. Cette élite qui représente donc le 1% de toute la population mondiale. Le football international sert exclusivement cette élite et ne sert plus les peuples mais les étouffe.

3) Pourquoi l'ouvrier et l'ouvrière n'ont jamais réussi à gagner mille fois plus qu'un footballeur des années 50? Tout simplement parce que le système ne l'a pas permis. Notre système a choisi le mode de rémunération grâce à un grand patronat qui a décidé de tout en créant une bulle spéculative artificielle géante et globale où seule les élites culturelles, sportives, politiques,  et industrielles sont admises. C'est ainsi qu'un footballeur de talent ne met plus son talent au service du peuple qui l'admire mais à son service exclusif et au service de celles et ceux qui l'ont arraché au peuple pour en faire une marionnette du système (je ne vois rien, je ne dis rien, j'entends rien étant la clause secrète de son arrangement avec le système).

C'est exactement contre ce monde des privilèges que désormais la jeunesse française et européenne révoltée combat, que des aînés reprennent le goût à la résistance en voyant cette saine jeunesse dire non à ce système dans l'espoir de revenir à une vision plus juste de l'économie, du sport, des arts, et de l'entreprise.

Just Fontaine est vieux aujourd'hui. Il a, au passage, réussi sa transition dans le monde du commerce. Donc il est archi faux de prétendre que la carrière d'un footballeur est très courte ce qui justifierait ses gains astronomiques. La carrière d'un ouvrier, d'une ouvrière peut aussi être très courte. Combien de métiers la plupart des employé(e)s d'aujourd'hui doivent savoir pratiquer au fur et à mesure de l'évolution technologique? Et aucun ouvrier ou ouvrière ne bénéficie de l'aura d'un champion pour entreprendre et réussir sa reconversion professionnelle si cela est nécessaire. Aucun ouvrier ou ouvrière n'a jamais du être aussi flexible et précaire qu'aujourd'hui pour survivre et garder sa place de travail. Et pourtant aucun patron ne joue le jeu en payant grassement les horaires du soir, les stand-by souvent gratuits (dans la restauration, par exemple, ou un cuisinier en congé ne peut même plus s'offrir trois ou quatre jours à l'étranger parce qu'il doit rester de piquet au cas où un accident ou une maladie survient pour un collègue de travail. Cela sans salaire prévu comme dans l'aviation, par exemple, où les employés touchent 1/4 de leur salaire s'ils sont en position de stand-by). L'ouvrier est indispensable au bon fonctionnement de l'entreprise mais il ne participe jamais au bénéfice de l'entreprise.  L'ouvrier et l'ouvrière se sacrifient et sacrifient la vie de leur famille et au détriment de leur santé physique et psychique. Mais personne ne le reconnaît et ils triment en silence pour sauver la barque et donner un métier à leurs enfants.

Voilà la réalité actuelle. Et voilà pourquoi il y a des jeunes dans la rue, sur les places républicaines de France. Et voilà pourquoi je me tiens à 100% au côté de cette jeunesse en puisant ma philosophie dans l'esprit des années 50 et 60. Nous ne sommes pas du tout has been. Nous sommes le futur de l'humanité si celle-ci veut survivre, donner un avenir à nos enfants de toute la Terre, et non disparaître dans des guerres atroces provoquées par des politiques fascistes mondialisées organisées par nos gouvernements et nos élites.

 

 

28/06/2016

Nuit Debout: pour ta peine, Sébastien

Ils sont des milliers de CRS dans Paris

à nous priver de nos libertés,

à nous prier de nous taire,

à nous condamner,

à nous embastiller.

 

Un manifestant pour trois CRS

armés et protégés par la loi.

Un manifestant à mains nues

qui casse parfois quelques vitrines,

qui insulte le pouvoir et proclame sa haine

de ce néolibéralisme qui exclut

des centaines de millions de personnes

sur la planète Terre.

 

Qu'est-ce que quelques vitres brisées

face à des millions de vies brisées,

à ces naufragés qui se noient,

à ces enfants qui disparaissent

dans les profondeurs de la mer

à jamais gardant leur silence anonyme

en criant une dernière fois dans la nuit?

 

Qu'est que quelques vitres brisées

pour avoir droit au titre de casseur

et casseuses, de terroristes daechiens,

de chienlit qui sème le chaos?

 

Des chiens nous sommes

mais pas daechiens.

Notre combat n'est pas pour Allah et son paradis.

Notre combat s'appelle humanité pour tous.

Et si Allah existe, alors il sait

et il ne peut pas nous donner tort

sauf à être leur Grand Dictateur.

le Grand Inquisiteur,

le Grand Tortionnaire,

le Grand Génocidaire,

qu'aucun révolté ne peut accepter

puisque nous refusons toute dictature,

tout usurpation de la liberté,

toute contrainte physique et spirituelle,

tout interdit décrété par un gourou.

 

Et si Allah n'existe pas

alors nous savons nous

que les révolutionnaires de 1789

se sont battus pour casser les privilèges

des nobles, cette caste de parasites

vivant à la Cour avec la sueur des paysans

et des multitudes populaires,

ces privilèges reçus de droit divin par les rois.

 

Nous voulons

faire cesser le saccage des peuples,

le droit de cuissage sur les filles,

l'usure et l'impôt d'airain

assassinant les petites gens.

 

1789 c'est aujourd'hui.

Et sans le bris de verre,

saurions-nous nous faire entendre?

 

Dédicacé à Sébastien qui se bat en faveur des SDF

dans une commission Nuit Debout

et qui a reçu un sale coup de matraque sur le crâne

lors d'une manif sauvage du 23 juin 2016.

 

http://gazettedebout.fr/2016/06/28/letat-durgence-un-moyen-repressif-et-policier-dempecher-la-liberte-dexprimer-les-coleres-citoyennes/

 

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GOIN, TAGUE LEUR UN PAVÉ!

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Loi Travail Loi Matraque

Une oeuvre murale datant du 24 juin de l'artiste Goin dans le cadre du Street Art Festival de Grenoble est d'ores et déjà censurée de l'Etat français qui la trouve abjecte et complètement déplacée dans la situation actuelle où la police vient juste de perdre deux de ses fonctionnaires après un attentat terroriste.

Cette oeuvre représente une Marianne à terre.

Grenoble : une fresque de street art jugée anti-flic provoque un tollé
L'oeuvre "L'Etat matraquant la liberté" créée par l'artiste Goin, dans le cadre du festival de street art subventionné par la ville de Grenoble. (Capture d'écran/ France 3 Alpes)

L'oeuvre représentant deux policiers matraquant la République a été créée dans le cadre d'un festival subventionné par la mairie de Grenoble.

Que répondre au Ministre de l'Intérieur qui est scandalisé? Que l'art fait ce qu'il veut et que les spectateurs le prennent comme ils le veulent. Soit pavé dans la gueule, soit indifférence, soit admiration?

Pour la police, c'est clair. C'est un pavé dans la gueule, une dégradation de leur honneur en image symbolique de Tonton Macoute de la République haïtienne Duvalier, pardon de la République haïe Hollande.

Pour ma part, je trouve cette oeuvre éclairante sur notre époque propre au mensonge médiatique. Les CRS sont les représentants de l'Ordre. Si l'Ordre est inique, menteur, manipulateur, et au service d'une élite qui s'enrichit de plus en plus au détriment du peuple, les CRS ne sont alors plus les gardiens du temple démocratique mais les gardiens qui défendent cet ordre injuste comparable à une République bananière.

Je remercie Goin pour sa vision. Et je m'empare de son oeuvre pour reprendre un propos de Mailly de Force Ouvrière: la loi travail c'est une loi TGV, Travailler plus, Gagner moins, Virer plus vite ou Ta Gueule Valls, on n'en veut pas de ta loi el Khomri.

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DANS MES LUNETTES SOLAIRES DE L'ETE 2016...

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LA LOI TGV

https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/280616/l-etat-matraquant-la-liberte

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20160627.OBS3421/grenoble-une-fresque-de-street-art-jugee-anti-flic-provoque-un-tolle.html

http://rmc.bfmtv.com/emission/loi-travail-mailly-denonce-une-loi-tgv-travailler-plus-gagner-moins-etre-vire-plus-vite-959114.html

 

 

27/06/2016

Moi Breel E., shooteur et prostitué

En marge de l'Eurofoot 2016

Mon histoire c'est celle d'un petit Camerounais devenu Suisse par la grâce d'un changement d'identité.

Né à Yaoundé, j'ai quitté mon pays pour rejoindre la Suisse où je m'engage dans un club de football de la région bâloise. Tout le monde dit déjà de moi que je suis un diamant brut et que j'ai un talent fou. Peu à peu, j'attire les convoitises. Le Cameroun veut me récupérer pour jouer dans son équipe nationale mais finalement je préfère jouer avec la Suisse, mon pays d'adoption, le pays qui m'a tout appris du football.

A 17 ans, j'obtiens mon premier contrat professionnel. Et c'est à ce moment là que je change de statut, que je passe de l'amoureux transi du football au prostitué efficace. Il faut dire que ça n'a pas été facile au départ même si je savais que cela allait me rapporter un fric fou. En plus, je suis né un 14 février. Alors passer du statut d'amoureux transi romantique de la balle à la pute calculatrice et cynique, cela n'a pas été sans dilemme. 

Mais en y réfléchissant bien, j'ai choisi l'option qui allait me permettre de devenir une vraie star mondiale, pleine aux as, en espérant que mon football demeure léger et chatoyant et qu'il plaise à mes futurs clients potentiels.

J'ai donc connu très jeunes mes premiers rabatteurs, mes agents de transfert si vous préférez. Ceux-là, il faut s'en méfier comme la peste parce que dans ce milieu il y a de sacrées morues. Ils m'ont peu à peu dirigé et j'ai perdu le contrôle de ma liberté. Il faut dire que nos macs potentiels sont toujours des présidents de club bourrés aux as et qui décideront de tout pour les clauses de mon contrat. Seul le chiffre de mon salaire est négociable et encore, la proposition est si indécente vers le haut que je n'ai pas le choix autre que de m'offrir au plus offrant et au club qui me conviendra le mieux pour la suite de ma carrière. Pour le reste, je suis pris en charge de A à Z. Je dois garder le silence sur toutes les affaires internes au club, je n'ai plus le droit de m'exprimer sur mes pensées politiques ou philosophiques en public même si je trouve qu'à 19 ans me faire acheter par Schalke 27,5 millions me donne un sacré vertige existentiel. Je pense à mes anciens camarades de club restés amateurs qui eux n'auront jamais rien d'autre que de s'exprimer en amoureux transi sur un terrain de football avec les mêmes risques de casse du tibia ou de ligaments déchirés, avec la même sueur au front et la rage de vaincre, avec le sentiment de jouer sa vie sur un terrain de football parce que la passion est la plus grande sur tout le reste. Comme en amour, le vrai.

Mais moi voilà. J'ai passé dans la nasse de l'élite ou l'amour se joue avec des billets de mille francs entre les mains, où l'on me tripote, me jauge, me critique sous toutes les coutures. On analyse mes jeux de jambes et mes bicyclettes comme un amateur de porno joue du ralenti sur les scènes hard. D'ailleurs la télévision suisse romande a installé un système où durant l'Euro mes clients peuvent visionner l'action sous plusieurs angles différents. C'est ça le progrès aujourd'hui. Mes clients se sont donc les spectateurs qui attendent de pouvoir jouir au moment où je jouerai une action décisive et splendide avec un amorti du plat du ventre puis une reprise de volée en pleine lucarne qui donnera un multi-orgasme à celles et ceux qui me visionneront en direct dans le stade ou devant l'écran géant. A la façon de mon pote Shaqui qui a ébloui la planète Terre de sa reprise aérienne l'autre jour. Quand je te dis que je participe d'une grande partouze mondialisée sur écran géant, tu dois me croire. C'est exactement cela. Je suis payé pour cela et tant pis si mon rôle c'est de jouer à fond la pute soumise au système que les milliardaires désirent ardemment.

Parfois j'ai le blues, surtout à mon anniversaire que je fête le jour de la Saint-Valentin. Là, dans un moment de lucidité soudaine, je me dis que j'ai vendu mon âme africaine, ce côté de moi qui dit non à ce système, ce côté de moi enfantin qui se rappelle de mes matchs de foot sur le terrain cabossé et boueux avec mes petits copains Camerounais. J'avais alors moins de six ans mais je m'en rappelle comme si c'était hier.

Et puis, la logique du marché revient. Je gagne des millions qui permettent à ma famille de profiter un maximum de mon talent. Les filles ont les yeux rivés sur moi et les filles ça compte pour beaucoup dans ma vie. Parfois je pense à ces situations grotesques où les putes multi-millionnaires vont s'amuser avec les putes de quartier dans des bordels. Je sais bien que chacune de mes passes lors d'un match me rapporte plusieurs milliers de francs alors qu'elles, les putes de salon, ne demandent parfois que 100 balles pour leur passe. Si j'y allais incognito, elles ne me demanderaient que ce prix-là. Comme je n'y vais pas, même si j'y allais je ne vous le dirais pas, je ne peux pas savoir combien une fille me demanderait si elle savait que je suis Breel E. le diamant de la Nati. J'imagine qu'elle saurait négocier à fond le prix si j'avais vraiment envie d'elle. Mais n'allons pas plus loin. Ce n'est que pure spéculation. Entre putes, il y a une seule loi. C'est celle du fric roi. Demandez à Zahia, elle sait.

Parfois, j'ai beau être qu'un shooteur de ballon, je réfléchis à la condition d'autres putes qui s'exhibent et qui n'ont pas le même rayonnement que moi. J'ai lu un bête d'article concernant les écrivains. Et j'ai appris que même lorsqu'ils tiennent salon promotionnel, ils ne touchent pas un radis de leur prestation. Et je sais aussi qu'ils ne vendent presque rien à part deux ou trois stars mondiales qui font de véritables cartons. Comme nous les professionnels du foot. C'est quoi leur problème à ces gens? Ils jouent avec les mots alors que nous on joue avec un ballon. Ils donnent aussi de la jouissance à leur public et se foutent à poil dans leur moment d'égarement. Ils émeuvent ou énervent; on les siffle souvent; on leur lance des noms d'oiseaux sur Internet; y'en a même qui se font soudainement emprisonnés ou assassinés. Mais ils ne gagnent toujours rien et bossent à côté de leur passion pour survivre. Et là je me dis que le ballon est abstrait et consensuel alors que leur plume est un sacré poignard allumeur de passion, que le ballon est une sphère qui garde son âme secrète et qui n'exprime aucune opinion mais que tout footballeur veut posséder pour lui pour marquer un but. La possession du ballon ce n'est pas rien pour remporter un match... Alors que l'écrivain veut juste éclairer de sa plume scandaleuse le chemin des peuples quitte à mourir pour ses idées.

Moi, Breel E, shooteur et prostitué, je pense parfois que mes millions sont largement immérités d'autant que le ballon qui est notre raison de vivre est fabriqué par des gamins qui triment quinze heures par jour pour presque rien afin que je puisse taper dedans. Et je pense en même temps que les écrivains sont parfois de vrais héros romantiques qui mériteraient un peu plus de considération même s'ils sont aussi de sacrés putes au grand coeur qui sont des êtres humains comme moi.

Mais qui suis-je au fait? Moi, Breel E., shooteur et prostitué ou l'écrivain qui se fait passer pour moi?

Je est un Autre, Arthur Rimbaud:

Charleville, 13 mai 1871.
     Cher Monsieur !

     Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m'avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. − Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d'anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. − Stat mater dolorosa, dum pendet filius.  − Je me dois à la Société, c'est juste, − et j'ai raison. − Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd'hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, − pardon! − le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n'a rien fait, n'ayant voulu rien faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j'espère, − bien d'autres espèrent la même chose, − je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez ! − Je serai un travailleur : c'est l'idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris − où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grève.
     Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. − Pardon du jeu de mots. −
                                                                                              Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait !
     Vous n'êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C'est de la fantaisie, toujours.− Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni − trop − de la pensée :

Le Cœur supplicié.

Mon triste cœur bave à la poupe ...
Mon cœur est plein de caporal!
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe...
Sous les quolibets de la troupe
Qui lance un rire général,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur est plein de caporal!

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l'ont dépravé;
À la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé!
Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs insultes l'ont dépravé.

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques!
J'aurai des sursauts stomachiques
Si mon cœur triste est ravalé!
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé?

 

La popularité de l'UE vue de Suisse

Si le modèle européen actuel devait enfin faire son auto-critique, il pourrait jeter un oeil perspicace sur les citoyens et citoyennes d'un pays qui ont refusé de rentrer dans cette Europe-là.

Pro-européen convaincu, j'ai toujours été contre le populisme d'un certain Christoph Blocher. Sans lui donner raison aujourd'hui, il faut quand même constater que les Suisses se sont peu à peu éloignés de la cause européenne et de son projet continental au cours de ces vingt dernières années. La dégringolade en faveur d'un vote positif est même spectaculaire sur ce laps de temps.

Nous sommes passés d'un non à 50, 3% pour une entrée dans l'EEE en 1992, dont au moins 35% d'Helvètes étaient même convaincus de rentrer dans l'Union Européenne (les Romands étaient encore plus près du 45%), à un refus de ce même espace économique à 68% sur l'ensemble de la Suisse.

Et le chiffre qui tue aujourd'hui l'idée d'une Union Européenne qui serait un bon plan pour l'avenir du peuple suisse. Seulement 12% des Suisses voteraient pour cette Europe actuelle.

© Matthias Rihs dans http://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/sondage-br%C3%BBlons-des-cierges-pour-sauver-les-bilat%C3%A9rales

http://www.tdg.ch/suisse/L-adhesion-a-lUE-au-plus-bas-dans-les-sondages/story/11949704

Le chiffre de 12% en faveur de l'Europe date de 2014, confirmant le sondage de 2012 de 11,5%. Nous n'avons pas de chiffre après le Brexit. Mais assurément, il ne peut être que plus mauvais encore.

Donc voilà. Hollande, Merkel et consort feraient bien de s'intéresser à ce désamour d'un petit pays au centre de l'Europe dont les institutions fonctionnent bien, dont les travailleurs et travailleuses font rarement la grève, dont les révoltés se retrouvent à la marge de la marge (j'en fait partie et je peux bien écrire que les Suisses dorment sur leurs lauriers). Le modèle européen ne fonctionne pas et la corruption domine de plus en plus. Les peuples perdent la main, leurs emplois, leur sécurité sociale, et on leur demande en plus de faire de plus en plus de sacrifices. Les Etats deviennent, à l'image de la France, de plus en plus policiers; les élites se barricadent dans leurs certitudes d'avoir raison. François Hollande envoie ses troupes de CRS sur le peuple mais persiste à croire que sa politique néolibérale est adaptée et positive pour le peuple.

L'Europe ne peut pas continuer à faire souffrir les peuples et à gratifier les élites de tous les avantages du monde. L'Europe doit devenir une force de proposition démocratique en faveur des peuples et non un continent qui s'adapte aux dictatures du monde, à l'exploitation éhontée des peuples par des mafias économiques mondiales.

Si l'Europe ne le fait pas malgré les beaux principes qu'elle agite sans cesse et dont elle ne respecte ni les principes ni les idéaux, elle s'écroulera sur elle-même, offrira le champ libre aux fascismes, finira sa décomposition entre guerres civiles et guerres internationales.

Le tableau est sombre. Il est temps de sortir du néolibéralisme et d'accorder aux peuples leurs droits essentiels qui reflètent bien les idéaux démocratiques jadis élevés de nos prédécesseurs. 

Paris se révolte. Et nos jeunes ne sont pas de la chair à canon pour les CRS.