17/07/2016

Sur le pont d'Avignon on y danse tous en cons

Le roi Hollande et sa cour étaient donc à Avignon au moment du drame. L'endroit où il faut être quand on a le chic bobo et le porte-feuille à l'aise.

 

Le roi dînait puis devait se rendre aux Damnés, la pièce unanimement saluée par toute la critique, à part Christine Angot qui, dans une tribune de ce jour dans "Le Journal du Dimanche" assène quelques vérités essentielles. Hé oh la gauche "ne venez pas pleurer quand les balles deviennent réelles et que l'humiliation le devient aussi" terminant ainsi de façon glaciale son point de vue sur ce spectacle obscène où une famille nazie se décompose et finit en cendres alors qu'elle "souffre" et que le public devrait presque comprendre sa douleur et sa dérive nazie et qu'à la fin ce même public se fait tirer dessus par un jet puissant de balles à blanc.

Le fascisme, c'est l'absence de la prise en compte du point de vue de l'autre et l'éradication de son existence au nom de la pensée purifiée. Qu'il soit de type islamiste ou nazi, c'est la même chose au final.

Seulement voilà. Qui sont les nazis? Ont-ils vraiment disparus où sont-ils plus que jamais présents dans notre monde en train de construire une digue gigantesque entre eux, qui ont tout, qui passent partout dans les médias, qui possèdent les armées dirigent les armes contres les damnés de la terre qui à leur tour développent une pensée fasciste, une pureté idéologique afin de se défendre contre cet ennemi tout-puissant qui tient à sa petite Cour élitiste, et nous, les défenseurs d'une démocratie réelle qui se construit à partir d'une horizontalité citoyenne et démocratique, pris en sandwich entre le feu islamiste et le feu néolibéral?

Il y a comme des symboles incroyables en ce monde. C'est à l'heure où le roi Hollande et sa Cour de suiveurs et suiveuses s'apprêtent à sortir de table et à assister aux Damnés que l'histoire d'un mec dépressif commence ses basses oeuvres à Nice et touche la date symbolique de la démocratie française de façon inimaginable. Lui et son camion vont réussir à secouer la France et semer la mort sur la plage à la fin du spectacle pyrotechnique proposé par la ville de Nice. 

Comme à la fin des Damnés, l'acteur du réel, très anonyme, sans reconnaissance bobo, sème l'effroi et tire sur les spectateurs qui n'ont d'yeux que pour la fête, la joie, le bonheur, le droit de jouir en paix alors que l'obscénité du monde est là devant leurs yeux mais qu'ils et elles refusent de voir ce réel effroyable de notre situation à tous.

Ils sont ce matin entre 400 cent et 500 cents, les migrants et migrantes de Jaurès, dont une bonne dizaines d'enfants en bas âges et des dizaines de mineurs sans famille, sont là à deux pas de mon hôtel budget. Ils vivent dans les odeurs d'urine, les gaz d'échappement, le bruit du métro et des autos. Les petits enfants déambulent à quelques centimètres des voitures. Ils risquent à tout moment d'être fauchés par un véhicule. C'est le théâtre du réel mais les bobos sont à Avignon en plein spectacle artistique qui ne les feront jamais réfléchir plus que ça.

Nous sommes sur le pont d'Avignon, nous buvons et fêtons à la gloire de la célébrité boboesque, et nous y dansons tous en cons sur une scène macabre et grotesque. Nice pleure ses 84 morts et ses mutilés à vie mais le show must go on.

A lire la remarquable intervention de Christine Angot dans "Le Journal du Dimanche". Quelques artistes sauvent la face du monde du spectacle.

 

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