17/11/2016

Le droit international, s'asseoir dessus, tirer la chasse d'eau

Les souverainistes purs et durs qui appellent à un retour aux frontières classiques telles que nous l'avons vécu savent-ils vraiment ce qu'ils font?

Parler de frontières a toujours été source de discussion inépuisable...et de guerre en géopolitique internationale. C'est la frontière qui définit là d'où je suis et où je peux circuler sans autorisation spéciale et l'au-delà où je n'ai pas le droit d'aller sauf à certaines conditions dictées par le territoire voisin. 

L'utopie européenne et américaine était d'abattre les frontières au nom d'une certaine modernité qui voulait que le monde ne fasse qu'un non pas en termes d'abolition des cultures et des traditions mais au nom d'une égalité en droits de chaque être humain vivant sur la planète Terre. Il est clair que cette ambition était gigantesque du type à créer des conflits potentiellement immenses avec des pays n'ayant pas pour priorité l'égalité entre tous et préférant l'état de type vertical avec empereur ou tyran régnant sur les tributs du pays.

Le droit international (issu de l'Occident) heurte et gêne des nations aussi fortes et puissantes que la Chine et la Russie mais, par exemple et paradoxalement, ne gêne pas le Japon démocratique, qui vit toujours avec la dynastie vénérées des empereurs, voir le Royaume-Uni ou d'autres états européens, qui ont encore une reine ou un roi symbolique dans leur constitution.

L'état suzerain a-t-il encore un avenir et peut-il ressusciter et provoquer une situation géopolitique plus stable qu'actuelle dans le monde?

Le monde féodal a vécu par la guerre et pour la guerre. Il faut s'en rappeler. La Chine a construit sa Grande Muraille contre les invasions de peuplades venant du Nord. La Chine se définissait alors par un terme bien précis, chaogong tizhi ou système du tribut.

Pour en venir à notre époque et l'élection de Donald Trump, il faut se rappeler ces deux mots essentiels dans la bouche du futur président: "first America". Puis: "Nous commercerons avec le monde entier de façon équitable. Mais l'Amérique en premier". Cette façon de voir n'est pas sans rappeler l'état suzerain de l'Empire de Chine. Donald Trump semble vouloir dire de façon subliminale "le droit international, c'est nous d'abord, ensuite celui de nos états vassaux dans le monde". Et sa construction du mur au Sud pour séparer l'Amérique du Nord des "invasions barbares" rappellent étrangement le rapport que la Chine féodale entretenait avec le reste du monde, reste du monde qui d'ailleurs était considéré sous la domination de l'Empereur de Chine maître du monde à l'autorité suprême. Cette conception du monde a été rompue en particulier par la vision européenne de souveraineté vue sous l'angle du droit international et dans la volonté d'entretenir des liens entre Etats souverains et égaux.

Que veulent en fait les souverainistes d'aujourd'hui à travers leur haine du "mondialisme"? Tuer le droit international et refonder des dynasties impériales et royales sur chaque continent? L'Histoire nous a démontré que ce n'est pas ainsi que nous mettions fin à la barbarie, aux inégalités, aux atrocités des conflits entre royaumes et...à l'aristocratie de droit divin. L'Histoire nous a montré, par contre, que la démocratie était le moins mauvais des systèmes pour régler nos conflits et vivre en paix et en harmonie plus ou moins stable sur le long terme. Mais cette Histoire est-elle revisitée aujourd'hui au nom d'un retour aux frontières, au nom d'une culture d'origine qui n'a d'ailleurs jamais cessé d'évoluer (c'était quoi la Suisse primitive si ce n'est remplie de tributs plus ou moins ennemies les unes des autres qui se faisaient la guerre sous l'influence de suzerains étrangers?).

Personnellement, la frontière m'effraie plus qu'elle me rassure. Elle me paraît être ce monde limité, dogmatique, formaté, restreint, égoïste, bourré d'interdits et de tortures mentales comme physiques.

Alors, êtes-vous vous aussi pour le retour à l'ordre de l'ancien monde? Où voulez-vous suivre la vision plus ouverte sur le monde de la chancelière allemande Angela Merkel qui, avec ses qualités et ses défauts, a tout de même démontré que sa puissance personnelle n'est pas celle d'un Adolf Hitler, bien au contraire.

A choisir entre la vision de Donald et celle d'Angela, il n'y a pas photo. Je donne mon adhésion à Angela. L'Europe a peut-être une guide qu'il faudrait suivre pour ne pas retrouver notre Continent en pièces détachées livré corps et âmes à des tyrans et des rois qui en feront un Continent d'expérimentations guerrières. L'Europe n'a-t-elle pas assez souffert des conflits guerriers durant toute son Histoire?

 

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