23/11/2016

Les valeurs, quelle guerre!

François Fillon ne s'excusera pas d'avoir des valeurs. Logique, fièrement logique. Je défends aussi mes valeurs et j'en suis fier. Parce que qui d'autre que soi peut affirmer mieux ses propres valeurs?

Donc oui. Chacun et chacune portent ses propres valeurs et les défend avec ses propres arguments ou des arguments pertinents empruntés à d'autres qui ont sensiblement les mêmes valeurs.

Ce n'est donc pas l'absence de valeurs qui forge le discours politique mais bien leur omniprésence dans le débat. Et dans une démocratie, c'est celui ou celle qui arrive à convaincre le mieux du bien fondé de ses arguments qui l'emporte finalement. Simple calcul arithmétique. François Fillon sera le candidat de la Droite si tel est le résultat des urnes.

Faut-il pour autant arrêter la guerre avant la fin de la bataille comme certains l'ont pensé en déniant le droit d'un second tour à Alain Juppé? Ce serait tronqué le résultat réel d'une adhésion à tel ou tel candidat et ce serait préjudiciable au débat et même au candidat qui sera élu. C'est avec les tripes et le combat des idées que tout homme et toute femme de conviction peut et doit l'emporter finalement. Nous voyons bien que, lors du premier tour, tout le monde pensait au vote anti-Sarko et ne s'intéressait pas trop à la réelle portée des programmes de chacun et chacune. La Droite c'est la Droite donc c'est kifkif au final à quelques détails près.

Hors non, ce n'est pas kifkif. La Droite peut, comme la Gauche sous Hollande qui s'est ramassé lui-même dans la rue, se diriger vers deux horizons bien distincts: une droite toujours aussi réactionnaire et proche des idées lepénistes ou une droite visionnaire qui ne retourne pas sur de vieilles lunes autoritaires et élitistes et qui privilégie une autorité de respect naturel et mutuel.

Ce n'est donc pas tout à fait la même chose pour une France que l'on connaît facilement gréviste et forte en gueule pour défendre les intérêts corporatistes des citoyens et citoyennes. Savoir diriger à la façon d'un De Gaulle ou d'une Thatcher me semble non seulement désuet mais absolument dangereux dans une France qui prend la rue et se révolte régulièrement contre le gouvernement et s'oppose de façon de plus en plus frontale aux CRS. Nous l'avons vu et vécu durant la fin de l'année 2015 et durant toute l'année 2016. Nous ne passons jamais très loin d'un drame même si l'ambiance dans les manifs de masse se veut au départ bon enfant (le 1er mai 2016 par exemple).

La verticalité du pouvoir n'a plus de prise sur les citoyens et citoyennes qui ont pris leur distance avec l'autorité du maître, du maire, du patron, du clergé. Nous sommes tous des citoyens et citoyennes à part égale. Et ce qui forge et fait la différence entre nous tous ce sont les compétences et les résultats. Si un Président et son équipe ont de bonnes compétences pour la France, les Français et Françaises accepteront l'autorité naturelle qui s'en dégagera. Mais si le Président va trop loin dans sa prise de décision et qu'il ne sait pas la justifier autrement que par une autorité menaçante, il retrouvera la France dans la rue. De manière frontale et sans doute brutale.

François Fillon est peut-être le plus rassurant pour une Droite crispée sur ses acquis et ne supportant pas l'indiscipline et la contestation de l'ordre moral d'une caste, les fameuses valeurs sensées être universelles mais qui ne le sont jamais vraiment puisque dans la même famille le père peut être contesté par la mère ou le fis sur ses valeurs... Donc mes valeurs commencent là où celles des autres commencent... C'est le fameux dialogue du discours démocratique.

Sans souplesse d'esprit et innovation aucun candidat ou candidate à la présidence française ne réussira de bonnes réformes. Être cassant comme De Gaulle, Thatcher ou...Marine le Pen et ce sera une nouvelle catastrophe française en pire que la catastrophe Hollande. François Fillon a-t-il les capacités de gouverner sans gant de fer mais avec un mental hyper mobile ouvert sur sa droite, sa gauche, et son centre? Un pilote de formule 1 doit avoir le regard aiguisé vers toutes les directions s'il veut ouvrir son sillon à la victoire...et ne pas manquer d'essence pour faire triompher ses arguments. Pour ma part, je suis convaincu qu'Alain Juppé a les meilleurs arguments du moment d'autant qu'il a su s'attirer NKM dans son camp que, personnellement, je trouvais être la plus apte à créer cette osmose entre un président et le peuple. Une osmose que la France a perdu avec Nicolas Sarkozy et François Hollande, voir déjà avec Jacques Chirac.

Donc pour le vote déterminant de dimanche, la Droite doit se poser une question au-delà des programmes respectifs et des personnes. Qui peut donner des gages de sécurité et d'adhésion à la fois à la Droite, au Centre, et à la Gauche durant le prochain quinquennat? François Fillon ou Alain Juppé?

C'est une question urgente et pressante car la France attend depuis au moins 10 ans une Présidence qui la rassure et l'emmène vers un futur un peu moins incertain.

 

 

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