29/11/2016

Pas d'hagiographie pour les révolutionnaires

Il n'y a ni homme ni femme parfaite en ce monde. Il n'y a que des êtres humains faits de sang et de chair qui honorent, ou pas, l'humanité par leurs comportements, leurs pensées, leur générosité, leur ouverture d'esprit, leur sens du combat juste, leur refus de toute haine envers l'ennemi.

Il ne faut pas imaginer, au moment ou meurt Fidel Castro le dictateur (qui s'est d'ailleurs reconnu dans ce rôle face à un journaliste suisse), que Che Guevara fut un saint mû par une force surnaturelle qui l'épargna de comportements humains...inhumains.

Che Guevara était un homme avec tous ses espoirs et toute sa rage, sa fureur d'en découdre avec le système capitaliste. Il ne pouvait aller contre sa nature romantique. Cela aurait fait de lui un personnage contre-nature, faux, incertain. Che Guevara était un être complexe et poétique. Surtout pas un idéologue, même s'il connaissait par coeur la littérature marxiste et ses dogmes restreints. Che, c'était d'abord un gitan de la clandestinité fuyant le confort d'une vie bourgeoise que celle qu'il aimait de tout son coeur aurait voulu lui faire adopter.  Comme médecin d'abord, il ne pouvait pas se défaire de l'idée qu'il fallait soigner le monde de sa lèpre la plus brutale, de laver dans un grand fleuve d'humanité et de bonté les saloperies des pires capitalistes qui ne percevaient l'être humain qu'à travers un capital financier, un matérialisme absolu réduisant jusqu'au vagin de la femme en simple outil et instrument de jouissance au service du pouvoir, oubliant que c'est l'amour qui donne naissance à l'être humain et que c'est la femme qui donne naissance à cet amour. Le sacré perverti par la chasse au sexe.

Mais Che a été coupable de crimes et de tortures envers ses ennemis. Il n'avait pas le choix. Pour faire vivre la révolution il devait se résigner à tuer ses ennemis qui refusaient obstinément de changer leur conception du monde. Pour Che, le coeur du monstre vivait et se développait dans mon pays, la Suisse. Il l'avait dit à Jean Ziegler qu'il avait rencontré à Paris, sauf erreur de ma part. "Bats-toi en Suisse car c'est là que tu feras le meilleur travail pour la révolution" avait prophétisé Che. Et Jean Ziegler a suivi son conseil. Il est resté le bourgeois bon chic bon genre tout en luttant pour la révolution permanente à travers ses écrits et ses cris de révolte.

Che a fait mourir des gens. Et il en est mort. Che sauvait, à mains nues, des lépreux sur l'autre rive du fleuve au détriment de sa peur d'attraper la lèpre. Mais il a attrapé la laideur de la lèpre en tuant d'autres hommes, pas en soignant des lépreux. Che avait soif d'amour et il donnait la mort. Che avait soif d'amour et il donnait la vie. Les femmes révolutionnaires aimaient toutes Che. Un Christ dans une allure de force surnaturelle de la nature. Il marchait comme un dératé dans le maquis bolivien avec ses compagnons d'infortune comme s'il était devenu un naufragé sur le radeau de la Méduse largué par un monde trop injuste pour lui. Sur sa coquille de noix destinée à la noyade, il a pourtant réussi un miracle. Il voulait changer l'Afrique. Et l'Afrique a changé un peu. Un peu grâce à lui. Il voulait changer l'Amérique du Sud. L'Amérique du Sud a changé un peu. Un peu grâce à lui. Il voulait changer la Suisse et la France. Elles ont changé trop peu malgré lui. Mais son image et son visage reste.

La révolution n'est pas morte avec Che Guevara. Elle est morte dans le coeur des gens qui se réfugient dans leur confort et leur petite bourgeoisie, leur compte en banque et leurs arrangements avec les milliardaires qui étouffent de plus en plus la liberté, la solidarité, la fraternité, l'égalité entre les peuples et les personnes. Des murs et des barbelés remplacent la révolution. Des régimes fascistes et des menaces de déportation, de camps de concentration comme prisons, des génocides de masse qui ne disent pas leur nom (combien encore de vies défaites et disparues en Méditerranée et sur les terres de l'exil). Des foules arrogantes et exigeantes, harassées par leurs conditions parfois précaires, de plus en plus obsédées par leurs droits et leurs acquis mais désertant leur devoir d'assistance aux personnes en danger de mort déversent dans les urnes des flots de haine et leur désir d'un pouvoir fasciste qui, pensent-t-elles à tort, changera leur existence misérable de petits bourgeois. C'est cela les peuples aujourd'hui. Mordus par la rage capitaliste, ils se transforment en vampires qui ne veulent pas mourir mais dominer un monde qui les soumet à la vilenie quitte à écraser et faire disparaître des peuples entiers venus d'autres horizons s'échouer sur leurs terres parce que chez eux il n'y a que guerres, famines, absence de perspectives professionnelles, désolation immense, crimes immondes, viols sur les filles, les garçons, et les femmes en séries, crapulerie en tous genres, exploitation de l'homme par l'homme et escroqueries raffinées. C'est aussi cela la lèpre du capitalisme qui a transformé l'humain en bête ignoble, en zombie qui ne pense qu'à son nombril quitte à commettre les crimes les plus obscènes et vils (cela touche même des personnages importants du monde politique "démocratique" français, donc c'est effectivement la faute au capitalisme). Et la faute du communisme, c'est d'avoir rêvé à autre chose qui ne s'est jamais réalisé, un rêve sans cesse avorté et rattrapé par l'avidité du pouvoir, la captation des biens et des gens. Parce que l'être humain est tout simplement fait de chair et de sang et que son être spirituel doit affronter sans cesse l'être charnel, ses désirs, sa tyrannie.

Peut-on encore rêver de révolution après cela? Peut-on encore suivre le Che jusqu'à un certain point? Refuser la sauvagerie de son crime pour s'épargner de devenir criminel à son tour? Se laver dans un fleurve sans tâche de sang? S'attacher aux règles démocratiques quand bien même elles sont faussées par l'argent et l'instrumentalisation des médias soumis à des patrons milliardaires?

Je n'ai pas de réponse définitive à ce sujet. Je ne me suis jamais vu comme un être capable de meurtre. J'ai toujours refusé la violence et même une petite claque sur la joue d'une de mes filles enfant me fait honte encore aujourd'hui même si ma fille m'a maintes fois dit que cette gifle elle l'a amplement mérité. J'ai toujours refusé la violence envers les femmes même si une de mes femmes m'a parfois mis à bout au point de commettre une chose dont je ne pensais pas être capable de faire sur elle. Donc, il est toujours possible qu'un homme s'ensauvage quand une situation le pousse à ses extrêmes. Mes limites, je pense les connaître, mais elles peuvent me surprendre encore.

Donc pas d'hagiographie pour les révolutionnaires. Ils sont des femmes et des hommes comme les autres. Ce qui les distinguent ce sont leurs idéaux d'égalité entre les êtres humains et leurs refus définitifs des privilèges accordées sur des bases d'autorité et de pouvoir.

Plus qu'à Fidel Castro rattrapé par son être de chair et de sang et la dictature du pouvoir, c'est à Che Guevara que je pense aujourd'hui.

 

 

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