23/12/2016

Cabaña, le mot tabou de la révolution cubaine

Quand tu fais la révolution, ton destin est-il forcément de devenir un idéaliste à tête froide qui assassine ses adversaires politiques pour faire triompher la révolution?

Cette question est au goût du jour. Peut-on faire une authentique révolution et bouleverser tout un pays sans obligatoirement passer par les armes les ennemis farouches de cette révolution?

Médiapart nous donne à voir une vidéo assez hilarante et sur le mode réseau social des candidats présidentiels 2017 à la "révolution" française:

 

 

Une fois consommé le grand moment d'hilarité générale, il convient d'être sérieux avec les choses sérieuses qui s'annoncent pour nous tous. Désolé, je ne fais pas que du divertissement et de l'humour sur ce blog.

Parce que la révolution est une affaire sérieuse et non un video-game. Nous en avons eu un exemple à Cuba à la fin des années 50. Et on connaît la suite et la légende du Che. Oui, parce que, dans le sens premier du terme, Che Guevara est une légende inventée par la révolution elle-même vis-à-vis des vertus humanistes qu'on lui reconnaît. Vertus humanistes qu'il a eu et qu'il a perdu au contact du vice militaire qui veut que l'on passe par les armes l'ennemi ou le supposé traître à la révolution. 

Aujourd'hui, admettons un scénario identique à la révolution cubaine avec prise de pouvoir par les armes, le futur héros national de la France aurait alors les mains tachées de sang français et exécuterait même un CRS innocent parce qu'il a servi l'ancien pouvoir en portant l'uniforme...

A lire ici:

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/la-face-cachee-du-che_475196.html

"En ce début d'année 1959, à la Cabaña, où s'entassent 900 détenus, on fusille tous les jours, généralement le soir. Pour partie, les condamnés à la peine capitale sont des membres de la dictature déchue, coupables de crimes avérés. Mais dans le couloir de la mort se trouvent aussi de simples opposants politiques et nombre d'innocents. C'est le cas de l'agent de police Rafael Garcia, 26 ans, de la Section radio-motorisée de La Havane. Accusé, à tort, d'avoir participé à l'assassinat d'un membre du Mouvement du 26 juillet, le parti de Castro, ce simple flic est condamné à mort, le 13 mars, à l'issue d'un simulacre de procès vite expédié. Son exécution est programmée pour le 18. Mais sa famille remue ciel et terre, réunit les preuves de son innocence et produit des témoignages à décharge. Le tribunal, en appel, n'en tient aucun compte. Sergio Garcia, frère du condamné, obtient un rendez-vous avec Che Guevara. «Je lui ai dit: "Regardez le dossier, il y a erreur, vous verrez par vous-même." Alors Guevara m'a regardé et, l'air narquois, il a lâché: "Votre frère est peut-être innocent, mais il portait l'uniforme bleu. Alors il doit mourir." Puis il m'a congédié.» Quarante-huit ans plus tard, dans son appartement du quartier de Little Havana, à Miami, Sergio Garcia tient à lire, à voix haute, la dernière lettre que son frère adressa à sa jeune épouse. La voix est blanche, ses mains tremblantes, ses yeux soudain humides: «Mon amour adoré, ceci est la dernière lettre de ma vie. Nos quatre mois de mariage furent les plus beaux du monde. Je suis fier de ma famille. Je vous aime à la folie. La seule chose qui me peine est que je meurs innocent. Je dois te laisser, mon amour, car je crois qu'ils viennent me chercher. Rendez-vous dans l'autre vie où nous nous retrouverons, ma chérie. Rafael.» "

Le Che s'enfonce dans le combat idéologique qu'il mène et ne regarde plus l'humanité de ses adversaires, ses ennemis ceux qui combattent la Révolution à dire vrai. Obnubilé par l'efficacité et la réussite du combat qu'il mène, il se fait terroriste, inhumain et oblige même femmes et enfants à assister aux exécution de leur mari et papa. Il n'ira pas jusqu'à commettre l'irréparable sur les femmes et les enfants. En cela, il reste le héros romantique auquel la légende l'assigne.

Mais pour la France d'aujourd'hui, ce serait quoi une révolution qui réussit sans le crime et le sang versé? L'aventure Mélenchon et la France insoumise au pouvoir? Pas de compromission avec l'ennemi ultra-libéral ni avec une Europe calquée sur le modèle néo-libéral? Pas de compromission avec les dictatures syriennes, iraniennes, du Golfe, et même avec la Russie de Poutine? Plus d'Otan mais une alliance de pays non-alignés mais alors lesquels et avec quel style de démocratie réelle?

Oui. La révolution est possible en démocratie sans mettre les têtes des adversaires politiques sur des pics. Il suffit de faire passer l'ultra-libéralisme par les urnes, et non par les armes, sans état d'âme car lui n'en a pas, et faire tomber les têtes pensantes converties à l'ultra-libéralisme qui nous dirigent actuellement. Il faut voter pour une nouvelle politique radicalement autre non seulement au service des Français et des Françaises mais aussi au service des peuples du monde. Alors nous aurons été meilleurs et plus proche de l'idéal révolutionnaire démocratique cher au Che Guevara. Alors le Che (qui n'avait pas vraiment le choix face à la dictature de Batista et l'impérialisme américain qui plaçait, par la violence et les putsch militaires, ses marionnettes dans les pays d'Amérique latine pour servir ses propres intérêts...) pourrait redire de là-haut ou de sa tombe inerte à jamais "Viva la Revolución francesa!"

http://www.mondialisation.ca/50-verites-sur-la-dictature-de-fulgencio-batista-a-cuba/5357735

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/la-face-cachee-du-che_475196.html

http://www.madaniya.info/2015/12/20/non-alignes-tricontinentale-60-eme-anniversaire-1-2/

 

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