24/12/2016

La lettre de Noël désespérée d'un faux réfugié d'Alep

Je m'appelle Hassan. J'habitais Alep avec ma femme et mes enfants. Commerçant tranquille, je faisais vivre ma famille en vendant des savons et des produits de beauté.

Ma famille n'a jamais été fanatique et en faveur de Bachar el Assad. Nous n'avions pas envie d'un dictateur mais je suis né sous le dictature de son père et je me suis toujours accommodé de ce régime tout en sachant les dérives de ce pouvoir autocratique.

Et puis est arrivé le malheur de la guerre suite à une révolte dans le pays. Les gens se sont mis à penser qu'il y avait une chance de changer la donne et de libérer le pays du clan Assad. C'était, aujourd'hui je peux le dire, un très mauvais plan soutenu par des Occidentaux qui eux avaient d'autres idées en tête que la révolution démocratique. Le pétrole des monarques du Golfe et les intrigues pour renverser le régime chiite alaouite de Bachar battaient les souterrains de la pensée humaine et perfide.

Dans un premier temps, je suis resté neutre et paralysé. Je ne voulais pas de la confrontation du peuple avec le régime. Ma famille et mon commerce étaient la chose la plus importante à mes yeux. Pas le régime de Bachar ni la révolution. Et puis j'ai vu les horreurs et les crimes. Il n'y avait plus la possibilité de rester distant des événements. J'ai pris la défense des révolutionnaires avant qu'ils ne soient neutraliser par les hordes djihadistes des envoyés du Golfe et leurs dollars.

Dans ma tête, tout se brouillait. Je ne savais plus qui soutenir et pourquoi le faire. J'ai pensé finalement que le moins pire était de tout abandonné, de tout quitter, et d'emmener ma famille loin de ce champ de ruines et de mort dans lequel le monde entier nous avait assigné à résidence, hors de ce danger mortel permanent pour ma femme et mes enfants.

Et puis je lisais aussi les pages consacrées au conflit vu de l'Occident. Et là j'ai compris à quel point je me retrouvais seul au monde avec ma famille. Opposant, à cause de la force de ses crimes, à Assad, opposant aux djihadistes, par la force de leurs tortures, de leur idéologie, et de leurs crimes, et vilipendé en Occident parce que j'allais devenir un de ces réfugiés qui fuyait le pays au lieu de faire la guerre, je me retrouvais encore le coupable ostracisé de ma propre fuite et de celle de ma famille. Mais de quelle guerre et de quelle lâcheté ces gens-là, assis dans leur salon en Occident, me parlait-il? De quel côté j'aurais du signer et m'enrôler comme militaire pour défendre mon pays en danger? Du côté d'Assad, lui qui lançait des barils d'essence enflammée sur mes voisins et amis afin de nous détruire? Pour être au final désigné comme ami de la dictature par certains en Occident? Du côté des djihadistes wahhabites qui nous colonisaient avec leur principes religieux qui remontaient au XIIème siècle? Pour être désigné terroriste par les mêmes Occidentaux si bavards et avides en y'a k? Pour ma part, je ne pouvais désormais m'engager pour personne. C'était le chaos et le néant partout. Et le perdant était l'être humain et sa dignité. Il n'y avait plus que la fuite loin de l'horreur.

Un jour, ma famille et moi sommes arrivés en Allemagne parmi le million de réfugiés que Madame Merkel avait soudainement accepté. Cela m'a fait penser à la fuite d'Egypte, l'exode juif devant les forces militaires de Pharaon. Et Madame Merkel, l'Allemagne toute entière, devenait notre nouvel terre promise, celle qui nous permettrait de survivre à l'horreur.

Et puis il y a eu ce drame sur le marché de Noël à Berlin. C'était il y a quelques jours. Ce djihadiste qui avait exporté son propre drame et voulait en faire un exemple devant le monde entier. Ce gamin de 25 ans qui avait tout raté dans la vie sauf son attentat terroriste. 

Et là j'ai finalement compris que je serais à jamais le musulman errant comme le juif errant injurié, méprisé, détesté, haï. J'étais, avant le malheur syrien, juste un bon père de famille et un bon commerçant. Me voilà devenu aujourd'hui le paria du monde, le rejeté, l'exclu de mon pays, l'exclu de l'Occident, l'exclu de partout.

J'aimerais vous souhaiter à tous bonnes fêtes de Noël. Mais je n'ai pas le coeur à ça. Je suis musulman et je suis comme le Joseph du petit Jésus. Indésirable partout. je suis Hassan le père de famille réfugié quelque part en Allemagne dont plus personne ne veut nulle part.

 

 

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