10/01/2017

Syrie: reprendre langue avec la dictature victorieuse

D'ennemi juré de la France (qui l'a tout de même accueilli à Paris sous Sarkozy et dont son épouse était la coqueluche des people occidentaux); d'infréquentable Caligula des temps modernes (Caligula fit de son retour de Syrie un quasi triomphe à Rome et devint plus tard empereur après assassinat en bonne et due forme du petit-fils de Tibère qui devait régner conjointement avec Caius, alias Caligula, à cause de son trop jeune âge); de boucher de son peuple  (expression de François Fabius), génocidaire à la puissante intelligence hitlérienne (ça c'est plutôt moi qui l'ai écrit au début de la guerre et même avec insistance pour dire que nous étions au commencement du troisième conflit mondial...) le revoilà sauveur de la paix en Syrie, un quasi Gandhi qui n'a jamais rien fait de mal si ce n'est que de sauver la Syrie du dépeçage voulu par l'Occident et les pays du Golfe voulant la fin de son règne et sa mort, qui pour le pétrole et le contrôle des ressources gazières, qui pour imposer la charia et le wahhabisme en lieu et place de cette religion blasphématoire qu'est l'islam alaouite laïc de Assad (parce qu'entre Arabes on se fait toujours plein de guerres de religions pour savoir qui détient le vrai islam d'origine (aller savoir pourquoi ils s'entre-tuent et s'entre-dévorent toujours pour Allah) ou plutôt pour le pouvoir et l'ivresse de l'argent et l'attribution des harems remplis de femmes soumises mais choyées comme des princesses aussi longtemps qu'elles obéissent à leur maître et seigneur parce que sinon..., toute-puissance de potentats qui trouvent de jeunes recrues prêtes au sacrifice de leurs vies bâclées, sans futur, et prêtes à semer la mort chez nous aussi pour gagner le paradis et posséder quelques jeunes vierges prépubères très belles sur la base d'intérêts supérieurs qui seraient l'imposition de la Loi divine d'Allah ou la destruction des démocraties occidentales considérées athées, corrompues, et sans religion d'après les fous d'Allah en pleine prophétie apocalyptique; d'infréquentable mais de vainqueur grâce à Vladimir Poutine, l'orthodoxe chrétien de toutes les Russies et aux chiites d'Iran, cousins religieux généalogiques puissants de la branche alaouite et parrains des Assad dans la région, voilà l'homme remis d'aplomb par la France et sa délégation diplomatique composée de membres éminents de l'Assemblée nationale française...

L'humiliation démocratique en devient fangeuse et la victoire de la dictature totale. 

Voilà, par cette longue tirade pleine d'enseignements et de saignements des peuples, le portrait du vainqueur et de notre époque de Terreur où la démocratie se couche devant la raison et la nécessité de faire la paix pour enrayer la destruction de tout un pays et l'exil de millions de réfugiés, terroristes présumés se mêlant à la foule d'innocents compris comme tous potentiellement terroristes par l'extrême droite, qui viennent "pourrir" l'ambiance dans nos palais dorés et donner du souffle au mouvements populistes et fascistes...

La paix, oui, peut-être, pas encore acquise, qui sera, c'est une certitude, entachée de mille attentats aux camions piégés faisant autant de mort que la guerre et laissera la population en proie à la Terreur. Car Assad ne peut pas être la solution à sa propre terreur. Il doit partir. Mais quand donc partira-t-il lui que 300.000 morts et 9 millions d'exilés n'ont pas réussi à le dissuader de son indispensable présence au sommet de l'Etat syrien. Est-ce que nous sommes capables de projection mentales, nous autres en Occident et en France en particulier? Pourrions-nous, nous le peuple, accepter, à part les collabos de Assad bien en place et dans de bonnes situations bourgeoises, d'être encore gouvernés par un despote qui aurait été à l'origine de la destruction de la France?

Nous dirions "non". Tant que lui règne, pas de paix possible, pas de retour à la normal, pas de justice possible... Un peu comme si la France aurait du rejeter de Gaulle et les résistants pour préférer à jamais le Maréchal Pétain soumis aux ordres d'Hitler pour toujours. Et pourtant, nous nous apprêtons à exiger du peuple syrien qu'ils s'accommodent encore de son tyran préférable à l'Etat islamique qui n'est bien sûr pas dirigé par un De Gaulle mais par une mouvance terroriste fasciste de grande ampleur. Voilà l'immense drame syrien qui succède au drame de la guerre totale. 

Il n'y aura pas de paix en Syrie. Il y aura une situation d'état d'urgence dirigé par le même dictateur au pouvoir, un peuple vivant sous le règne de la terreur d'une dictature à jamais aux abois dont la vie de la famille Assad ne tient qu'à l'immense protection armée qu'elle s'arroge. Assad vivant encore 40 ans dans l'hypothèse la plus grande, ce sera 40 ans de règne sous l'emprise des attentats contre les collabos d'Assad et contre les citoyens et citoyennes innocent(e)s. Voilà ce qui attend la Syrie avec Assad au pouvoir.

Mais vu d'ici, une grande partie des politiciens s'en contre-fichent. La politique ne défend pas la morale, elle défend des intérêts bien compris, des intérêts d'abord d'ordre économique, ensuite de stabilité relative régionale, stabilité relative qui, dans le cas de la Syrie, ne se résumera pas à "seulement" quelques dizaines de morts dans divers attentats commis par année comme en France d'aujourd'hui, statistique affreuse par ailleurs, mais à des milliers de morts annuels sans doute.

Comment imaginer encore un Syrie en retour de stabilité si Assad reste au pouvoir et ne s'exile pas avec sa famille dans un pays refuge? C'est une question prioritaire pour réussir la paix en Syrie...et encore, rien ne sera fait si Assad quitte le pays. Tout restera encore à faire et à construire.

Pour terminer ce billet, posons-nous la question de savoir si nous préférons la dictature à la démocratie quand tout va de mal en pis. Les Allemands ont préféré pour un temps la dictature imaginant que leur führer providentiel allait redonner du travail et la fierté du peuple allemand. Mais Hitler n'était pas arrivé au pouvoir en homme de paix mais en chef de guerre. Dès le début, il savait qu'il allait régner par la terreur et l'élimination politique et physique de ses adversaires les plus coriaces, les dits "dégénérés", les artistes dévalisés de leurs oeuvres par les nazis, les rouges communistes et anarchistes cloués au pilori, les intellectuelles de gauche considérés comme traître à la nation allemande, les juifs qui détenaient pour certains de gros pouvoirs économiques et dont il fallait dépouiller  de leurs biens et même faire disparaître de la Terre comme une race à part qui souillait l'idéologie nazie...

La dictature est toujours d'une laideur totale quel que soit le dictateur. Le peuple démocratique chilien eut préféré mille Pablo Neruda au pouvoir que cette junte militaire dirigée par le Général Videla puis, plus tard, Augusto Pinochet, assassin d'Allende et de quantité de résistants et résistantes à la dictature.

 

La canción desesperada

Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy.
El río anuda al mar su lamento obstinado.

Abandonado como los muelles en el alba.
Es la hora de partir, oh abandonado!

Sobre mi corazón llueven frías corolas.
Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos!

En ti se acumularon las guerras y los vuelos.
De ti alzaron las alas los pájaros del canto.

Todo te lo tragaste, como la lejanía.
Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue naufragio!

Era la alegre hora del asalto y el beso.
La hora del estupor que ardía como un faro.

Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego,
turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio!

En la infancia de niebla mi alma alada y herida.
Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!

Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo.
Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio!

Hice retroceder la muralla de sombra,
anduve más allá del deseo y del acto.

Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí,
a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto.

Como un vaso albergaste la infinita ternura,
y el infinito olvido te trizó como a un vaso.

Era la negra, negra soledad de las islas,
y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos.

Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta.
Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro.

Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme
en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos!

Mi deseo de ti fue el más terrible y corto,
el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido.

Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas,
aún los racimos arden picoteados de pájaros.

Oh la boca mordida, oh los besados miembros,
oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados.

Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo
en que nos anudamos y nos desesperamos.

Y la ternura, leve como el agua y la harina.
Y la palabra apenas comenzada en los labios.

Ese fue mi destino y en él viajó mi anhelo,
y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio!

Oh, sentina de escombros, en ti todo caía,
qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron!

De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste.
De pie como un marino en la proa de un barco.

Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes.
Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo.

Pálido buzo ciego, desventurado hondero,
descubridor perdido, todo en ti fue naufragio!

Es la hora de partir, la dura y fría hora
que la noche sujeta a todo horario.

El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa.
Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros.

Abandonado como los muelles en el alba.
Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos.

Ah más allá de todo. Ah más allá de todo.
Es la hora de partir. Oh abandonado!

***

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

Abandonné comme les quais dans le matin.
C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné!

Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.
Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé!

En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage!

De l’assaut, du baiser c’était l’heure joyeuse.
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d’amour, tout en toi fut naufrage!

Mon âme ailée, blessée, dans l’enfance de brume.
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage!

Mais j’ai fait reculer la muraille de l’ombre,
j’ai marché au-delà du désir et de l’acte.

Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,
je t’évoque et je fais de toi un chant à l’heure humide.

Tu reçus l’infinie tendresse comme un vase,
et l’oubli infini te brisa comme un vase.

Dans la noire, la noire solitude des îles,
c’est là, femme d’amour, que tes bras m’accueillirent.

C’était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C’était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.

Femme, femme, comment as-tu pu m’enfermer
dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
le plus désordonné, ivre, tendu, avide.

Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,
et becquetée d’oiseaux la grappe brûle encore.

Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.

Furieux accouplement de l’espoir et l’effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.

La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!

Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l’as dite et toute la douleur t’étouffe.

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d’un navire.

Et tu as fleuri dans des chants, tu t’es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l’amertume.

Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.

Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.

Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.

C’est l’heure de partir. Ô toi l’abandonné

Pablo Neruda, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée.

http://unesolitude.unblog.fr/2007/07/15/une-chanson-desesperee-de-pablo-neruda/

 

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