18/01/2017

Le loup dans la bergerie valaisanne

Cela n'a l'air de rien. Et pourtant.

C'est une histoire suisse, très suisse. Chez nous, dans le pays du propre en ordre, nous aimons la politique du consensus. 4 Partis se partagent le pouvoir confédéral et tout semble aller dans le meilleur des mondes.

Il faut pourtant remonter à 1992 et la victoire de Christoph Blocher dans le non à l'EEE pour comprendre comment les Suisses ont été de plus en plus acquis à une cause qui flirte avec l'extrême-droite sans y avoir l'air. 

A l'époque, l'UDC est encore le parti des paysans et de son lobby qui défend les subsides agricole. Mais quelques citoyens très riches de la région zürichoise, dont Blocher, ont décidé de jeter leur dévolu sur le parti UDC, le préférant au parti libéral. Peu à peu, Blocher gagne en influence pour finir par exercer une véritable OPA sur le parti. Les paysans restent attachés au parti mais tout une autre population vient se greffer, les déçus de l'ultra-libéralisme qui croient au rêve nostalgique d'une Suisse préservée de la mondialisation affiché par le milliardaire Blocher qui pourtant négocie des contrats d'affaires avec le monde entier; les travailleurs et travailleuses qui trouvent leur compte en frustrations économiques à cause du projet néolibéral européen; et les intellos du genre Zemour qui préfèrent le suprématisme Blanc et chrétien à "l'invasion barbare" des étrangers, musulmans en tête, venus d'autres horizons du globe.

Peu à peu, le parti au gouvernement gagne en force et obtient même un deuxième conseiller fédéral. Désormais, il gouverne au même niveau de représentation que le parti socialiste et et le parti radical-libéral. Les socialistes sont d'ailleurs largement minoritaire au sein de la Berne fédérale. Le rapport de force penche de plus en plus en faveur de la droite dure... Mais le parti socialiste, rendu aux thèses néolibérale, pratique de plus en plus la politique voulue des partis de droite. Et ce sont les syndicats qui sauvent finalement la face et le prolétariat grâce à des accords économiques de branches avec le patronat et non des accords entre syndicats d'entreprises et le patronats vivant ensemble sous le même toit industriel...avec le couteau bien évidemment tenu par le manche toujours du côté patronal.

Bref. La Suisse s'en sort pas trop mal et même plutôt bien dans le contexte international tendu. Et les Suisses n'ont donc pas la fibre révolutionnaire. Ils sont encore en majorité du bon côté de la balance économique. Un Mélenchon en Suisse c'est de loin pas encore fait. Quoique. Dans le canton de Vauds un Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat et ex-syndicaliste, fait son bout de chemin...même s'il fait du bon boulot de compromis avec la droite libérale...

Arrive l'aventure valaisanne de ce printemps. Ce canton, ancré à droite depuis toujours grâce au PDC, qui est pourtant un parti du centre politique, va devoir voter au mois de mars entre une ligne politique PDC classique acquise au libéralisme et une ligne UDC pure dissidence du PDC avec un Oskar Freysinger qui a fait son OPA grâce à un dissident influent du PDC et décidé à gouverner avec les coudées franches sur sa ligne politique bien à lui, soit celle qui défend in fine des thèses d'extrême-droite avec, comme dernière péripétie, ce fameux conseiller personnel de Freysinger, survivaliste aux thèses fascistes engagées, puis licencié très vite sous la pression du conseil d'Etat valaisan et la Gauche du canton. Freysinger tente des coups. S'il échoue, il fait profil bas. Mais s'il obtient tout le pouvoir, fera-t-il encore profil bas si telle ou telle thèse scandaleuse est appliquée par son gouvernement?

C'est ainsi que le fameux consensus helvétique fini peu à peu à donner un visage monstrueux à la politique. On intègre tellement bien les idées d'extrême-droite que finalement elles obtiennent même la chance de prendre tout le pouvoir un jour ou l'autre.

Imaginons, un seul instant Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen dans le même gouvernement... Impossible, tant la France tient encore à une démocratie qui défend des valeurs républicaines, mixtes, et sociales. Sur les cendres de l'ultra-libéralisme naît donc le fascisme ordinaire. En Suisse, cela semble possible. Et c'est assez monstrueux pour en faire un billet de blog.

Espérons qu'en France, Fillon ou Macron ne finissent pas doublé par Le Pen. Mais la meilleure assurance pour que cela n'arrive pas, c'est de décider de bouter le feu à l'ultra-libéralisme et de rejoindre la France insoumise. C'est pourquoi j'ai adopté la cause révolutionnaire de Mélenchon et des insoumis et insoumises.

C'est comme cela que la révolution citoyenne peut se réaliser alors que le consensus mou finit par créer des consciences molles prêtes à s'accommoder des pensées fascistes.

 Du grain à moudre et à philosopher pour nous autres Helvètes tellement attaché à la paix jusqu'à se compromettre finalement avec des idées brunes qui dominent le débat public et contaminent même nos grands médias. Au nom de la liberté de penser, certes. Mais alors est-ce que toutes les libertés de penser sont aussi honorables les unes que les autres?

C'est aux citoyens et citoyennes de mon pays, la Suisse, que je pose cette grave question dans le contexte international lourd que nous connaissons.

 

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