21/01/2017

Le métier tabou de la politique de Gauche

"Que fait une péripatéticienne dans la vie?", demande un jeune homme curieux à son futur président de père?

Le père en devenir de la nation lui répond:

"Mon fils, cette femme-là n'exerce pas un métier. Elle pratiquera une activité illicite dans la République que je mettrai en place." 

"Et une esthéticienne, papa?"

"Ah ben ça, mon ballot, elle rend le corps plus élégant et esthétique. Elle pratique un vrai métier qui mérite un salaire. Je peux pas t'expliquer pourquoi elle fait un vrai métier et pas l'autre qui s'occupe aussi des corps à sa manière. Une vend une heure de son travail. L'autre loue son corps pour une heure cynique d'échanges corporels. Une passe ses mains sur les parties intimes d'un corps dans les parties autorisées par la loi. L'autre outre-passe ces limites et offre la partie de son corps non-autorisée par la loi."

"T'es Dieu, dit papa?"

"Non. Je suis un homme qui fait de la philosophie et qui n'accepte pas qu'une femme ou un homme loue son corps pour des rapports sexuels. La marchandisation de l'être humain s'arrête là où commencent ses parties génitales. Un mannequin, une actrice peut très bien vendre son image mais son corps, c'est non. Comme elle ne peut pas non plus louer son ventre dans le cadre de la gestation d'un foetus pour autrui."

"Si une femme tombe dans la clandestinité parce qu'elle le fait quand même, tu vas la punir?"

"J'essayerai d'abord le programme de réinsertion sociale. Et si elle persiste et signe, oui, alors elle sera punie selon la législation que je mettrai en application avec les règles de la Constituante."

"Tu sais que c'est le plus vieux métier du monde et que ton initiative me paraît pas très heureuse pour les femmes qui pratiquent. Elles vont être encore plus stigmatisées, plus à la merci des maquereaux, plus honteuses quand elles devront déclarer leur activité devant des juges ou devant un médecin, plus marginalisées face à société. Comme au temps de l'Eglise et de son pouvoir absolu sur la société."

"Oui. Mais nous serons alors dans une société qui veut révolutionner les consciences. Il faut passer par là, je dis pas des goulags et de la rééducation pour ses femmes et leurs clients, pour éradiquer cette plaie qu'est la prostitution."

"Tu me convaincs qu'à moitié, papa. Puisque tu aimes te référer à la Grèce, à la philosophie, et à la première démocratie du monde, je te lis un passage selon la philosophie de Solon:

« Toi, Solon, tu as fait là une loi d’utilité publique, car c’est toi qui, le premier, dit-on, compris la nécessité de cette institution démocratique et bienfaitrice, Zeus m'en est témoin ! Il est important que je dise cela. Notre ville fourmillait de pauvres garçons que la nature contraignait durement, si bien qu’ils s’égaraient sur des chemins néfastes : pour eux, tu as acheté, puis installé en divers endroits des femmes fort bien équipées et prêtes à l’emploi. […] Prix : une obole ; laisse-toi faire ! Pas de chichis ! Tu en auras pour ton argent, comme tu veux et de la manière que tu veux. Tu sors. Dis-lui d'aller se faire voir ailleurs : elle n'est rien pour toi. » Mieux encore, les Athéniens ne considéraient-ils pas eux-mêmes la prostitution comme une composante de la démocratie?"

(passage repris d'une page wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Prostitution_dans_la_Gr%C3%A8ce_antique)

"Tu me choques, fiston. Tu serais donc pour l'esclavage sexuel des femmes prises comme purs objets de plaisir au service de ces messieurs? C'est répugnant. Je te reconnais plus!"

"Non, père. Ce n'est pas ça. Nous sommes au XXIème siècle. La femme doit être libre de son corps et choisir sa vie. Tu sais très bien que le sexe est aujourd'hui, dans nos sociétés, d'abord et surtout une affaire de plaisir avant une affaire de procréation. Pleins de relations sexuelles se déroulent uniquement sous l'aspect du pur plaisir et de l'échange de sexe sans que tu n'aies apparemment rien à redire. C'est ce qui s'appelle profiter du corps de son partenaire sans engagement de part et d'autre. Tu trouves que c'est tellement plus sain et différent que de donner du plaisir à un partenaire sexuel contre argent ou petit cadeau? Perso, je ne trouve pas. Si la femme et l'homme s'y retrouvent sur la base d'un consentement mutuel et se respectent, pour moi, sur un plan philosophique, c'est kifkif."

"Bon, fils. Nous ne sommes pas d'accord. Parce que moi j'aspire à une société où chacun et chacune donne de la valeur à la personnalité de l'autre et pas simplement s'autorise à disposer du corps d'autrui contre argent. Parce qu'alors nous resterons toujours dans le rapport de domination-soumission."

"Oui, mais tu ne vas pas réussir à abolir et le patronat et les élus politiques et les attitudes dominantes des uns sur les autres juste parce que tu interdis la prostitution. Et les seules qui vont payer dans cette affaire, ce sont les prostituées rejetées dans la clandestinité. En fait de progrès et de liberté émancipatrice, je trouve que tu recules d'un pas."

"C'est ton opinion. Pas la mienne. Encore une fois, il faudra peut-être ouvrir un vaste débat sur le sujet et faire voter le peuple à la fin et pas seulement des parlementaires. Parce qu'effectivement, je ne peux pas décider tout seul sur un sujet brûlant qui concerne une vision de société globale."

*Entretien fictif imaginé entre Jean-Luc Mélenchon et un fils imaginaire qui philosophe dans un coin de pays hors de France...

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Dame Helvétie en 1850 (baiser de Zeus?)

Pièce de 1 franc suisse 1850 très usée par le temps et la circulation,

frappée à Paris. La Suisse vient de créer sa République en 1848

mais aligne sa monnaie sur le franc français et non le mark allemand...)

 

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