23/01/2017

Cher(ère)s Journalistes,

Vous voilà donc trop chers pour la maison Ringier. L'Hebdo disparaît donc du paysage romand.

Mais malgré cette annonce pas très sympa pour la liberté d'information, j'ai un peu de peine à verser une larme pour vous tous. Cela fait des années que les journalistes se plient de plus en plus au tout capitalisme en laissant un boulevard ouvert aux néolibéraux seconder par l'extrême-droite qui feint d'être contre le grand capital international et le libre-échangisme mais qui en profite un maximum...Cristoph Blocher en tête de gondole.

Mais je ne vais pas non plus me gondoler et me réjouir à la fermeture de l'Hebdo. J'y ai passé quelques heures de lecture et j'y ai trouvé du plaisir à vous lire...parfois. Mix et Remix en tête de mes pages favorites...

Il est temps, peut-être, de réaliser que la Suisse ce n'est pas seulement les grandes personnalités qui font et défont le pays mais aussi toutes sortes de personnalités moins connues dont le journalisme devrait ouvrir les yeux dessus. Question popularité, cela pourrait peut-être donner l'idée à quelques lecteurs et lectrices de s'abonner à un journal qui ne parle pas seulement des beautiful people mais aussi de tous les autres.

Oui, Je sais. Cela ressemble à la plume d'un type de gauche qui n'a rien compris au monde moderne, aux exigences de l'argent et de la soumission aux intérêts des actionnaires et des publicitaires qui, je l'espère, s'abonnaient chez vous et vous lisaient avec passion...

Pas de bol, pourtant. On vous dit de gauche, voir d'extrême-gauche et toute la droite extrême, des Observateurs.ch en passant par tous les représentants très connus de l'UDC débouchent le champagne en apprenant votre disparition.

Pourtant, de mon avis, vous étiez surtout pas de gauche mais bien attaché au patronat, aux grands patrons qui prenaient une belle place dans votre hebdo ainsi que les people gaies, reconnus, et fortunés. Pour un hebdo de gauche, faudra refaire le business-plan et le casting parce que là, cette droite nationaliste qui vous détestait est en train de rire à la disparition d'un titre où les journalistes s'alignaient bien sur les thèses néolibérales et surtout pas marxistes. Je me demande comment toutes ces personnes d'extrême-droites pouvaient vous montrer du doigt en gauchiste. Et si alors vous étiez quand même la Gauche romande, alors ma petite personne doit se situer quelque part à la Gauche de la Gauche de la Gauche... Et pourtant, j'ai bien quelques accents libéraux dans ma façon de voir le monde et la gestion de la société.

Alors je reste sur cette question. Est-ce que des journalistes vont cette fois créer un Hebdo de Gauche en prenant tous les risques?

Parce que dans le paysage médiatique, qui est de plus en plus à droite malgré les mensonges incroyables de l'UDC, il y aura bientôt la Weltwoche romande, dixit les partisans de Blocher. 

Et puis, un immense regret quand même. Quand on s'appelle Jacques Pilet pourquoi quitter le terrain de rédaction pour gagner les hautes sphères financières de gestion des médias? Le Nouveau Quotidien et l'Hebdo d'origine sont très très loin aujourd'hui. Et sur leurs cendres, l'extrême-droite gagne de plus en plus de terrain. Merci le journalisme.

Est-ce parce que ce sont des milliardaires qui dirigent désormais les grands groupes de presse mondiaux que les journalistes se sont pareillement alignés aux directions financières du pays? Aujourd'hui, ils tombent et perdent leur job. Celles et ceux qui continueront à servir le projet du capital outrancier trouveront encore une place dans les titres survivants. Les autres, l'heure de la révolution et de la reconquête de votre liberté à peut-être sonné.

A moins que la Gauche, cela soit vraiment totalement ringard et qu'il n'existe plus finalement qu'une façon unique et quasi fasciste de voir le futur de notre monde. Encore une fois, c'est l'extrême-droite qui se frotte les mains et pas forcément la Gauche qui pleure à votre disparition. Il y a donc une erreur journalistique programmatique, comme dirait Jean-Luc Mélenchon, pour que le peuple se soigne auprès de l'extrême-droite et ne trouve plus son intérêt de rester fidèle aux journaux qui ont jadis promu l'ouverture de la Suisse vers l'Europe en défendant des thèses assez populaires comme la solidarité, la mixité culturelle, et le partage des richesses...

Quand l'utopie ne se réalise pas ou seulement pour une minorité qu'on appelle l'élite du pays, le cynisme, bien souvent, prend l'avantage sur le bien-fondé de nos valeurs démocratiques. Et tout cela finira au désastre s'il n'y a pas de réaction salutaire de votre part, vous, chères et chers journalistes qui vous faites maintenant dévorer par le grand capital.

 

 

 

Commentaires

Pour info: l'HEbdo était défficitaire depuis 5ans, rien n'a été fait pour combler ce fait. Une proposition avait été lançée pour replacer ce tritre plus au centre et regagner des lectrices et lecteurs, mais a été refusée. Le grtanf Capital n'a rien à voir dans fin mais plutôt une attitude de l'autruche de la rédaction.

Écrit par : Steeve | 23/01/2017

Le groupe Ringier a réalisé un chiffre d'affaire de 1 milliard de franc en 2014*. Comment pensez-vous diriger un Hebdo prétendument de gauche en imaginant des journalistes travaillant avec une telle puissance financière au-dessus d'eux complètement indépendants de produire une vraie critique de notre société actuelle, critique dite de gauche par l'extrême-droite!? L'UDC se plaint de journalistes qui ne sont pas encore assez dans leur ligne de conduite en les accusant d'être de gauche afin de faire croire aux lecteurs et lectrices qu'ils lisent une presse bobo trop sociale et pas assez nationaliste. Hors l'Hebdo est, était, bien devenu un hebdomadaire à la ligne néolibérale affirmée.

*source : http://www.ringier.ch/fr/propos-de-ringier

Écrit par : pachakmac | 23/01/2017

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