05/02/2017

Les mérites de Pénélope

Nos médias et leurs journalistes compatissent aux malheurs de Pénélope. 

François Fillon est l'accusé principal et lui seul semble coupable de s'être servi de façon très peu élégante dans la caisse de l'Etat. Dissimulations et emplois fictifs...

Et là nos chères journalistes féministes se dressent sur la pointe des pieds et offrent une danse d'honneur à Pénélope cette mère digne, cette femme courage qui a toujours été aux côtés de son mari et qui a donné une bonne éducation à ses enfants. Mais pensez donc? Femme au foyer, Pénélope mérite tellement son salaire qu'on ne va pas chipoter pour si peu, non? Et il faudrait même se demander, d'après nos chères féministes médiatiques, si François n'est pas coupable d'avoir spolié son épouse en encaissant directement l'argent du salaire dans le dos de Madame. Cela s'appelle vulgairement se faire entuber par son mari dans le langage populaire. Mais nous sommes entre gens de bonne compagnie. On ne parle jamais comme ça. On dit juste que François a peut-être commis une grosse indélicatesse envers son épouse...

Ce n'est pas mon sujet ici. Mon sujet c'est de savoir pourquoi nos chers médias compatissent autant aux malheurs de Pénélope. Parce qu'elle est des rangs de l'élite? Parce que il faut me dire quand est-ce que nos journalistes se battent et défendent toutes les mères au foyer qui devraient être les premières à toucher un revenu inconditionnel tant que les enfants sont en éducation par leurs parents (disons l'âge de 16 ans pour faire simple parce qu'après ce sont déjà de jeunes adultes en formation). Hors de ça, de ces familles qui auraient vraiment besoin d'un coup de main de l'Etat, pas d'articles qui paraissent sous la plume de nos féministes suite au Pénélopegate. Et pourtant, l'occasion est belle car il me semble qu'avant d'accorder de la thune de façon indifférenciée à toute la population dès la naissance, il y a ces mères au foyer sans emploi qui s'occupent de leurs gosses et ne reçoivent rien en échange. Et celles qui travaillent qui ne reçoivent rien pour payer la crèche ou la baby sitter de leurs enfants.

Ce qu'il y a de vraiment inquiétant c'est que des Pénélope en danger de faire des bêtises, des maris prêts à accepter l'indéfendable devant ses enfants et son épouse, existent belle et bien. Au nom du libéralisme, bien entendu. Car nous le savons tous. Aide-toi tout seul et le ciel t'aidera est la maxime préférée du libéralisme. Ne compte pas sur l'Etat si tu tombes dans la dèche. Compte sur tes ressources personnelles pour te relever et nourrir ta famille, offrir des vacances à tes gosses et des week-ends à la montagne ou à la mer.

Tout soudain, on ne trouve plus de médias compatissants et qui se révoltent, entreprennent une campagne de solidarité humaine avec une femme qui va tourner un porno ou qui finit dans un salon de massage érotique pour faire bouillir la marmite. Ah mais oui, suis-je bête, elle peut travailler honnêtement comme tout le monde. Sauf que... Toutes les épouses n'ont pas un diplôme bac+3 ou 4 ou davantage en poche et que, payées au smic, impôts déduits, crèche ou baby sitter payée, c'est du pareil au même que de s'occuper directement de ses enfants.

Il y a donc un petit média comme celui-ci qui soulève le lièvre. Pourquoi donc ce média? Juste parce que c'est peut-être, sans doute, du vécu maison il y a plus de 20 ans déjà et que cela vaut parfois la peine de vivre des choses très difficiles pour transmettre ensuite le message aux autres pour palier au boulot normal que devrait faire normalement un média qui respecte aussi les working poors et pas seulement les Pénélope de salon.

Ce billet est écrit en même temps que Jean-Luc Mélenchon se dédouble entre Paris et Lyon. Un déboulé en plein meeting pour chambouler enfin un paysage politique et médiatique qui décidément place ses priorités clairement chez les riches et les people et laissent les pauvres se démerder tout seuls dans un libéralisme débridé et immoral malgré l'alerte faite à la presse...

C'était il y a plus de 20 ans mais pour ma vie c'est comme si c'était hier.

 

Le pauvre est toujours responsable

de ses déviances et de ses erreurs.

Le riche est toujours victime

de la vindicte populaire.

La riche courtisane de Cour

est une femme libérée et moderne.

La courtisane de la rue

est une femme corrompue et louche

qui ne mérite guère que les sarcasmes,

la réprobation, et la clandestinité sociale.

Le discours des médias traditionnels

se fait en fonction de la notoriété des personnes,

pas en fonction des actes eux-mêmes

et de la situation sociale des gens.

 

 

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