05/04/2017

5 ans qui ont fourni les nécessités d'une révolution française

D'aucun s'étonne. D'autres se disent que les anars sont volages et passent d'un candidat à l'autre, d'un parti à l'autre (voir Renaud, par exemple).

Mais les anars ne font pas la révolution tous les jours. Surtout quand ils vivent dans un pays aussi tranquille que la Suisse où déclencher une révolution, une vraie, serait considérée comme une hérésie totale vu que malgré les familles pauvres et les gens qui ne disent pas leur situation catastrophique, l'immense majorité des gens vivent en se disant qu'ils sont bien gouvernés par des gens responsables et compétents, malgré les frondes des partis de gauche et les populistes de l'UDC.

Un anarchiste vote-t-il automatiquement à l'extrême-gauche? Non. D'abord un anarchiste, très souvent, ne vote pas. Un anar est libre de sa pensée et ne se laisse pas embrigader dans les dogmes idéologiques. Il aime sa liberté donc il a une âme libérale et sociale bien accrochée en lui. Un anarchiste est de gauche et avec la Gauche quand les libéraux dérivent trop vers un néolibéralisme qui conduit à la catastrophe et la chute des démocraties. Un anarchiste est libéral quand un régime marxiste-léniniste impose une ligne scandaleuse avec des oligarques au pouvoir qui enverraient au goulag des millions de personnes considérées comme déviantes (dont des anarchistes telles que le groupe des Pussy Riot bien que le régime Poutine ne soit pas marxiste-léniniste) et en condamneraient d'autres à mort sans aucun état d'âme pour ces personnes et ces intellectuels tels les dissidents du régime soviétique de jadis.

Cela dit. Venons-en à cette fameuse révolution citoyenne des insoumis et insoumises. Comment cela a pu devenir ce magnifique mouvement qui prend le vent et s'envole vers une possible victoire alors que tout le monde, ou presque, pensait impossible la victoire de Mélenchon il y a encore quinze jours à peine?

Cinq ans. Il a fallu cinq ans pour que personnellement je vois les nécessités d'une révolution, une vraie.

2011-2012, les débuts de la catastrophe syrienne

Nous étions alors sur la lancée de la Révolution de Jasmin en Tunisie. En Occident, nous étions nombreux à voir dans cette révolution les prémices d'une démocratie arabe pour tous les pays sous des régimes dictatoriaux. Nous pensions que nos démocraties allaient aider, pour le bonheur des peuples concernés, à ce printemps démocratique. L'extrême-gauche était très très sceptique et pensait déjà à une stratégie de domination des Etats-Unis avec la notion des révolutions colorées (Orange en Ukraine, par exemple). Il y a eu ensuite l'Egypte et puis la Libye. Nous y étions. Je voulais bien croire Sarko et les Américains quand à la nécessité d'une intervention contre le régime Kadhafi. Mais la naïveté à des limites. Sarko a montré son vrai visage qui n'est pas celui d'un démocrate mais plutôt d'un monarque qui manigance et magouille en permanence.

Dans le même temps, l'atrocité de la situation syrienne se mettait en place. Encore là, nous y étions. Bachar était le roi des salauds, un Hitler des temps modernes, et les révolutionnaires voulaient libérer le pays au nom de la démocratie... Là aussi, nous avons vu. Les rois du pétroles ont déliés leur bourse énorme et fait venir leurs terroristes djihadistes pour imposer la charia la plus cruelle et déviante qui soit. Vive la démocratie! Rois du pétrole dont un, au final, recevra la Légion d'honneur des mains de Hollande. Pouah! La Syrie dit merci à François Hollande et aux Américains tandis que Bachar dit merci à Poutine, le "démocrate" russe.

C'est à partir de cette horreur géopolitique que j'ai commencé à comprendre que l'extrême-gauche détenait les bons paramètres politiques et que la vérité médiatique était plus véridique dans la bouche de la Gauche que dans tous ces politiciens voués au néolibéralisme et ses canons draculesques du pouvoir d'achat, de la Bourse, et de la main invisible du marché. Les guerres de Syrie et de Libye m'ont définitivement fait pencher dans le sens d'une nouvelle pensée révolutionnaire.

Quinquennat d'Hollande sous les gaz lacrymo et les grenades de désencerclement

En France, François Hollande à gouverner contre le peuple malgré ses belle promesse et ses "Moi Président". Il a même agi en mettant en danger une population révoltée qui refusait la loi El Khomri, une population qui descendait dans la rue avec ses Nuits debout et son printemps 2016 qui respirait sous les fumées des gaz lacrymogènes. En participant à l'une ou l'autres des manifs, j'ai compris à quel point cette jeunesse revendiquait avec justesse ses droits. Sa révolte était saine et vitale pour la démocratie. Et son désir du "Dégageons-les tous" s'est exprimé sous le signe des Nuits debout, magnifiques rassemblements spontanés d'une jeunesse qui avait tant de choses à se dire et à exprimer devant le peuple, Place de la République, et sur les autres places de France.

Crise migratoire, abandon d'êtres humains, et scandales au plus haut niveau

La crise migratoire de ces dernières années a permis de constater que nos politiciens hauts perchés, bourrés d'affaires et de scandales en tous genres, travaillaient d'abord pour une petite élite et qu'en fait d'humanité, elle s'arrêtait là où commençait le malheur de masse de tous les autres. Des politiques de refoulement aux frontières à la chasse aux soutiens des migrants et migrantes et leur enfermement pour avoir agi contre la loi, j'ai compris définitivement que nos politiques néolibérales étaient encore plus folles que je ne me l'imaginais. Prêtes à détruire des populations entières en exil, nous n'étions plus très loin des camps de concentration, voir des massacres de masse au nom de la paix et de la liberté chez nous... Hitler lui-même n'aurait pas renié.

Donald Trump élu président des Etats-Unis

S'il y a un événement qui devrait faire réfléchir celles et ceux qui ne sont pas prêts à faire une révolution démocratique avec le mouvement de la France insoumise, c'est bien la chute d'Hillary Clinton devant Donald Trump, une Hillary Clinton et son parti qui sont allés jusqu'à frauder pour empêcher Bernie Sanders d'être le candidat des démocrates. C'est le signal ultime qui annonce la fin de la démocratie si nous ne faisons pas une révolution citoyenne. Le Pen n'est plus très loin de faire de même en France avec son Front national qui rassemble un quart des Français et Françaises. Alors nous aurons des autocrates de plus en plus milliardaires partout et des démocrates plus nulle part...sauf chez les résistants et les anarchistes...

Voilà. Il m'était nécessaire d'éclaire le fil de ma pensée aux amis et amies de la France insoumise qui peuvent s'étonner qu'un type qui aurait voté Bayrou en 2012, puis Sarkozy à l'insu de son plein gré pour faire barrage à un Hollande insupportable et respirant la trahison, puisse être aussi agissant en faveur de la France insoumise et de Mélenchon.

Je ne m'appelle pas Renaud Séchan et je sens peut-être mieux que lui la société d'aujourd'hui. J'ai toujours vécu en quasi marginal de la société. Et je suis anarchiste dans l'âme depuis mon enfance. Mais diriger un pays, ce n'est pas faire régner l'anarchie et le chaos au sein de la société. Diriger un pays demande des personnalités qui ont un cadre bien précis, un programme établi, des structures souples et solides à la fois, qu'un anarchiste n'aura jamais parce qu'il tient à rester libre jusqu'au bout et hors parti.

 

 

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