08/04/2017

Luc Ferry se croit dépositaire du prolétariat!

Les philosophes sont ainsi. Quand ils ont quitté la rue, je pourrais même écrire le trottoir, pour préférer les salons littéraires, ils deviennent un peu con et prétentieux.

Luc Ferry est un beau philosophe de notre temps. Il croit détenir une sorte d'autorité qui lui permet de parler au nom du peuple. Hors il parle au nom de la classe sociale la plus aisée à qui le peuple devrait toutes les politesses. Pardon Luc. C'est pas mon patron qui me nourrit le plus. C'est mon travail, et celui de mes collègues, qui lui permet d'engranger le plus de millions dans la vie et donc de le nourrir pour qu'il devienne un patron, un vrai, avec ses millions. Donc si l'humour est la politesse du désespoir, alors le prolétaire a le droit d'être vulgaire et même d'envoyer un "Va te faire voir" que Poutou n'a pas osé dire à Fillon en réponse à sa menace de procès parce qu'il l'attaquait sur les revenus fictifs de son épouse et de ses enfants.

Et pourtant, il aurait pu répliquer comme cela, Philippe Poutou, l'homme en chemise sans cravate, l'homme qui ne pose pas sur la photo de famille parce que ses potes ne sont pas les candidats de la présidentielle.

Je suis prolétaire. Et permets-moi, je te tutoie juste parce que ça fait vulgaire en la situation, de te dire Luc que si je ne mange pas avec les cochons de bourgeois, c'est parce que j'en suis aussi un mais que je cuisine au bagne pour la table des bourgeois mais qu'on m'y invite jamais...

Mon signe astrologique chinois c'est le sanglier, celui qui fonce et ne se retourne pas dans le salon des bourgeois. Si je casse la vaisselle, je la casse et je ne m'en préoccupe pas parce que le reste du temps, je suis très très poli avec la petite dame qui promène son caniche et mon patron qui m'exploite encore un peu plus parce qu'il sait que je suis dans la merde totale et que j'ai les poursuites aux fesses. Tu vois, quand le poisson saigne, les requins bouffent encore mieux et plus franchement dans le lard du gars qui a tout perdu, ou presque, sauf sa dignité de prolétaire et son amour de la vie.

Je suis d'une gentillesse affable avec les gens. Mais la politique, ce n'est pas l'art de la gentillesse. C'est l'art du combat. Et Philippe Poutou a très bien combattu l'autre soir. Pas de politesse de salon quand on fait oeuvre de politique et que l'on veut le poste à responsabilité le plus élevé de la nation. Oui, bien sûr. Il est possible de rester poli dans ses attaques. Mais si la politesse devient inaudible et que le pire est admis au nom du "c'est comme ça notre monde réel" parce que l'on a la délicatesse de saluer Monsieur Fillon et son programme d'austérité sans oser lui dire les quatre vérités sur son exploitation éhonté du système alors, oublie, on ne peut pas être candidat à la présidence mais candidat à la déchéance politique.

Si t'es pas content, viens dans la rue et explique-moi ta philosophie. Je saurai peut-être te tenir un discours de prolo qui a vécu toutes sortes de galères plus insensées les unes que les autres quand on était un "bon" père de famille qui tenait à ses enfants et son épouse. Peut-être alors comprendras-tu le ton familier de celui qu'on a tellement humilié, séparé du bon grain, jeté sans explication aucune, nié dans son humanité. Comprendras-tu combien il faut être armé de valeurs humaines et de révolte pour écrire plus de 20 ans dans l'ignorance totale de presque tous et de toutes et de laisser traîner des dizaines de milliers de pages sur l'internet et dans les rédactions de journaux. Comprendras-tu que le révolutionnaire ne s'embarrasse pas de toutes les politesses requises pour crier sa douleur à la face du monde et de défendre les plus faibles, les exclus, les rejetés du système parce que lui-même y a été exclu un jour ou l'autre.

Auto-exclusion? Tu peux penser ce que tu veux. En tous les cas, c'est comme dans un mariage, les deux partis portent leur part de responsabilité dans l'affaire. Et je ne suis pas juge et parti pour dire si je suis plus coupable que les médias ou que les politiques ou que les services sociaux ou que mes patrons successifs ou que mes escrocs qui m'ont roulé dans la farine ou que le fisc ou que les poursuites dans cette situation qui m'empêche comme beaucoup d'autres de vivre sans dettes et avec des moyens disons de bourgeois moyen après tant d'années de dur labeur.

Je suis anarchiste. C'est donc la faute à mon anarchie, mon besoin de vivre avec le coeur humide plutôt que sec, ma liberté absolue de n'en faire qu'à ma tête et de rejeter l'hypocrisie de cette société. Alors peut-être as-tu raison. Si je n'ai pas une masse critique de lecteurs et de lectrices qui me permet de jouer dans la cour des grands avec toi dans les salons du livre je m'en fous royalement. Mon écriture c'est la vraie vie, du vécu, du cul, sans les écus.

Au plaisir de te lire encore. Mais s'il te plaît. N'ai pas la prétention de dire qui est le représentant du prolétariat et qui ne l'est pas. Poutou a électrisé Fillon l'autre soir. Perso, je trouve qu'il a eu bien raison. La télé c'est pas fait pour dormir et mentir. C'est fait pour se dire la vérité en face même si elle fait très mal, parfois, et qu'elle nous pousse à nous remettre en question en profondeur si cette vérité vraie a été bien délivrée et bien ressentie quitte à se faire sodomiser en public. Ouais, je sais, c'est hyper vulgaire la politique et ça cogne comme sur un ring de boxe.

Pour finir, une bonne nouvelle. Chez les geek, Jean-Luc Mélenchon serait élu Président presque au premier tour déjà avec 40% de soutiens. Chez les petits génies de l'informatique, il écrase tout le monde notre Mohammed Ali de la politique française.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/07/luc-ferry-ne-se-r...

 

 

Les commentaires sont fermés.