03/05/2017

Maman

Tu jouais du piano

Beethoven et Chopin,

les Nocturnes de ta terrible maladie,

tes silences d'amour déçu,

les symphonies de ton coeur,

Maman.

 

Ton père était né au Val d'Aoste,

Italien naturalisé Suisse,

fou amoureux de notre pays

au point de faire la Mob

du côté de Schaffhouse

pour défendre la Suisse du nazisme

et de se faire dépouiller un peu

par ses ouvriers italiens

qui ramonaient les cheminées

mais aussi la monnaie du patron

tandis que lui risquait sa vie

pour la liberté.

 

Ta mère, Valaisanne de Sion,

une tête dure et bigote,

un peu plus que toi encore,

toi qui ne jurais que par Paul VI

et le Général De Gaulle,

était tombée amoureuse

de ce beau garçon élancé

qui aimait la vie dans les bistrots.

 

Maman,

tu es partie un 2 mai

au tout début des années 2000.

Tu n'as pas vu le 11 septembre

ni le divorce et la solitude de ton fils.

 

Heureusement.

 

Maman,

j'ai du gravir peu à peu

les pentes de mon propre séisme,

de ma propre catastrophe

pour reconquérir mon ciel plombé,

moi l'incompris et le poète,

le petit fils du ramoneur

qui voulait redonner la joie

et l'amour à ce monde qui déchante,

qui crapahute sur des pentes fascistes

avec l'inconscience de sa bonne conscience.

 

Mais oui, maman.

Ce sont les mêmes qui nous critiquent

et qui ont donné peu à peu et ce soir

au lit du fascisme

sa nauséeuse puissance,

ce deuxième tour indigeste

entre celui qui privilégie

la caste des riches, des bien-portants

et celle qui ment honteusement

et propose l'enfer au lieu du ciel

à nos démocraties en grand danger.

 

Maman, ce soir c'est

toi qui joueras Moonlight sonnate

durant le débat

et je sais que tu n'aimerais

pas tous ces sons électroniques

saturés provenant d'instruments diaboliques

et que cela te ferait boucher les oreilles

en vouant au diable

cette folle musique moderne

qui rejoue tous tes classiques

en bafouant ta pureté de son.

 

Ah le chant Grégorien!

Ah ben tiens!

Avant d'arriver au sommet

de mon Cervin, Dimanche,

avec toute la France insoumise,

je te donne à voir du Ciel

le son du silence

en Grégorien et

en compagnie d'une danseuse magnifique.

 

Pour toi,

Pour ta mère et ton père,

qui l'une au Nord,

l'autre au Sud,

ce sont un jour rejoint

sur le sommet

de leur Cervin amoureux

pour te donner naissance,

à toi maman,

un certain 30 juillet 1927.

 

Ce soir, en les écoutant les deux,

je serai de retour vers toi,

maman.

 

Ton fils, plus insoumis que jamais.

 

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