10/05/2017

Le porte-monnaie noir

J'ai le porte-monnaie noir

depuis un certain temps déjà.

Interdit de banque,

interdit de cartes de crédit,

interdit de crédit et de petit crédit,

interdit de louer un appartement

aux agences,

interdit d'à peu près tout

au risque de me retrouver en prison.

 

J'ai le porte-monnaie noir.

Et pourtant.

Un jour, j'ai porté le porte-monnaie blanc

pour porter secours

à deux otages.

Hop!

Quelques petits cadeaux un peu luxe,

un club de plage,

un directeur de chaîne d'hôtels

appartenant au signor Khadafi

et me voilà au défi

de rencontrer

le grand méchant ogre

pour la libération des deux Suisses.

 

Complètement fou

l'homme au porte-monnaie noir!

Oui, complètement fou.

Mais le monde n'est-il pas fou?

Kadhafi n'était-il pas devenu fou,

fantasque, mégalomaniaque,

lui l'homme du peuple

transformé en tyran sanguinaire?

 

J'ai attendu une semaine

pour la réponse.

C'était entre Noël et Nouvel-An,

les gens étaient heureux,

le club d'animation magique,

et j'attendais là

sur mon transat

en écoutant de l'électro-house

la réponse du directeur.

 

Le jour du Réveillon,

le sous-directeur me donna

bien évidemment une réponse négative

à cette demande extravagante.

Les cadeaux furent pour

la réceptionniste,

la femme de chambre,

et les deux directeurs...

 

Pour le signor Kadhafi

je n'avais bien sûr

jamais porté le porte-monnaie blanc.

Il le savait.

 

Je suis resté sur la plage

avec ma folie avortée.

Le club d'animation

avait mis en vente aux enchères

un beau costume blanc

qui devait habiter l'homme le plus offrant

pour la soirée de Saint-Sylvestre.

Comme j'avais prévu la moindre

pour atteindre les terres libyennes au cas où...

je m'étais prêté au jeu de l'enchère

et je me suis retrouvé

comme par magie

tout de blanc vêtu

pour la grande soirée.

 

Tous les regards portés sur moi,

tous ces gens qui croyaient

que je devais avoir le porte-monnaie blanc,

toutes ces filles si belles

qui soudain allumaient leurs yeux

pour ce prince d'un soir.

 

Le lendemain matin,

1er janvier de la première année

de l'homme nouveau,

Imen était à 9 heures au bar de la plage.

Et, miracle d'Allah, elle devint mon épouse

le temps qu'elle découvre

peu à peu le désastre de ma situation.

 

Et pourtant, je l'avais bien mis au courant

de ma pauvreté quasi totale.

Mais je crois pourtant que les filles

aiment rêver jusqu'au bout

à leur prince charmant.

 

J'ai le porte-monnaie noir.

Ne l'oubliez pas, braves gens.

Mais je sais devenir le porte-monnaie blanc

pour les personnes qui le méritent vraiment

où que j'aime inconditionnellement.

Et tant pis, si je finis en prison.

 

Un Noir aura toujours sa fierté et sa dignité

comme Rosa Parks qui un jour

refusa de céder sa place

dans un bus réservé aux Blancs.

 

Insoumis, insoumises,

nous allons gagner cette guerre

faite au porte-monnaie blanc.

 

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