17/05/2017

Médiapart "oublie" de faire la révolution avec ses lectrices et lecteurs

Le site Médiapart d'Edwy Plenel est en difficulté.

Nombre de ses lectrices et lecteurs se désabonnent à la suite de l'élection présidentielle. La ligne éditoriale, peu favorable à la France insoumise sans y être totalement opposée, et plutôt favorable à Emmanuel Macron a rompu la confiance entre une partie des abonné(e)s et les journalistes qui font Médiapart.

Nous vivons dans un temps de basculement. La défaite au premier tour de Jean-Luc Mélenchon pour la présidence a amplifié la défiance des abonnés envers Médiapart. Tout le monde sait qu'Edwy Plenel a toujours été plutôt favorable aux caciques du PS, Christiane Taubira notamment qui a su partir du gouvernement Hollande au bon moment. Le problème est que Taubira et autres notables, dont le plus détesté Manuel Valls et Hollande lui-même, s'en sont allés donner la main à Emmanuel Macron et non à Jean-Luc Mélenchon. Le schisme était donc inévitable entre la rédaction de Médiapart et une partie de son lectorat. 

Il y a une vraie rupture politique de type révolutionnaire entre la France insoumise et la classe politique française dominante aujourd'hui. Cela met en réelle difficulté le site Médiapart qui ne vit que par ses abonné(e)s puisque toute publicité et revenu découlant de cette source y sont bannis. L'indépendance journalistique n'est pas remise en cause par les lecteurs et lectrices fâchés qui se désabonnent où se posent la question de leur départ. Ce qui est remis en cause par une partie du lectorat, c'est la prise de risque ou plutôt l'absence de risque, la volonté de Médiapart de rester dans sa zone de confort, de ne point prendre décision et de trancher entre ses envies de "faire révolution" avec les insoumis et insoumises en risquant de se couper de la classe politique dominante et ses envies de jouer les "sages" se maintenant dans une sorte de neutralité avec une ligne éditoriale frileuse en ménageant la chèvre insoumise et le choux Macron. Pour un journal de combat social, ça la fout mal, Macron étant automatiquement rejeté, par la majorité de l'ancien lectorat de Médiapart, du côté libéral de la Force, Dark Vador s'en allant semer ses graines du démantèlement de la Loi Travail, des avantages fiscaux aux plus riches, des aides d'Etat mirifiques aux entreprises du CAC40, etc. 

Edwy Plenel et son équipe seront condamnés à faire un choix douloureux dans les prochains mois si la France insoumise ne perd pas sa dynamique révolutionnaire après les législatives. La rédaction a peut-être oublié que la France insoumise ne se réduit pas aux rebelles des Nuits Debout, le mouvement anarchiste qui a fait les jours et les nuits de la politique française au printemps 2016 dans les volutes et les odeurs des bombes lacrymogènes. La France insoumise aujourd'hui c'est un demi-millions d'activistes sur le terrain, 7 millions de citoyens et citoyennes qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon dans un mouvement d'adhésion, près de 20% des votants au premier tour...à 3 petits points d'un Macron qui lui a reçu au moins un 5% à 7% de votes qui étaient des votes utiles pour éviter un deuxième tour Le Pen-Fillon ou Le Pen-Mélenchon.

La France insoumise avait sans doute, avant le premier tour déjà, réalisé l'essentiel de son combat de persuasion auprès ces citoyens et citoyennes et sur les autres prétendants à l'investiture présidentielle: rallier la plus grande petite partie des Français et des Françaises à son programme à presque égalité avec...le Front National...qui lui ne pouvait pas espérer au-delà des 30% à 35% d'électeurs et d'électrices au second tour au contraire de Jean-Luc Mélenchon qui aurait sans doute dépassé les 40% en sa faveur au second tour face à Macron, voir qui l'aurait battu tant le leader de la France insoumise aurait déstabilisé le candidat ultra-libéral de...gauche lors du grand débat présidentiel.

Ne pas intégrer le vague inarrêtable de la révolution insoumise dans le logiciel médiapartien est peut-être la faute majeure d'Edwy Plenel qui, apparemment, n'arrive pas à sortir de la vieille logique des partis...

Pour ma part, je garde mon soutien à ce média qui crée d'excellents débats sur son site et dont le travail très professionnel ne peut pas être remis en question d'un coup de gueule révolutionnaire. Mais ce billet fait acte de bienveillance envers un journal en ligne qui est pour moi devenu essentiel dans le paysage politique français.

Prendre le vent avec la révolution et le goût de la  VIème République est ce petit quelque chose qui manque actuellement à Médiapart pour retrouver moins de défiance de la part de son lectorat.

Ces petits rien qui font de nous ces Terriens prêts pour une révolution des consciences.

 

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