18/05/2017

Fabrice A. metteur en scène de l'horreur

Le second procès de Fabrice A. est encore presque plus accablant pour lui que le premier.

S'il veut éviter l'internement à vie, il n'y a pas 36 chemins à suivre. Il doit être sevré de toute possibilité de visionner des films d'horreur comme on le ferait à un gosse. Le mal qu'il porte en lui se propage au fur et à mesure qu'il regarde des scènes de viol ou de meurtre, un peu à la façon de l'essence qui alimente encore davantage un foyer déjà bien réel et destructeur.

Le premier pas de la guérison pour cet homme c'est le sevrage imposé de l'écran d'ordinateur ou de télévision ainsi que de la lecture de romans gore. Cet homme a besoin de se recréer un autre univers, plus onirique, plus porté vers une imagination qui le ramène à des sentiments humains qui portent vers l'universalisme des valeurs humaines. 

Cet homme est une sorte d'auto-djihadiste de son propre dieu qui s'appellerait Hannibal Lecter, jouisseur construisant des scénarios d'horreur en faisant participer à son film les proches de ses futures victimes. Cet homme ne guérira jamais si on ne le coupe pas de la matière qui alimente la fiction de ses propres scénarios, donc toute la matière qui peut être propice au réveil de ses fantasmes et de ses jouissances perverses.

Fabrice A. veut se montrer le maître du Mal, l'homme le plus intelligent et le plus capable d'entraîner dans son jeu infernal qui le gardien de prison, qui le ou la thérapeute, qui le psychiatre ou le juge sur son propre terrain ou l'homme, doué d'une manipulation hors-norme, fera preuve d'un savoir faire exquis: celui de la duperie raffinée en profitant d'un relâchement de sa proie potentielle pour l'hypnotiser et lui faire subir l'endormissement fatal qui lui coûtera sa perte de vigilance et l'issue fatale pour lui ou un proche dès que l'occasion se présentera.

Deux choses démontrent cela avec évidence. La première c'est sa façon de dire cyniquement durant le second procès "l'occasion a fait le larron" et de donner la faute à la victime qui n'a pas su l'arrêter parce qu'elle n'a rien vu du stratagème qu'il met en place pour la duper. Façon de dire aussi avec cette supériorité narcissique d'un joueur d'échec qui a plusieurs coups d'avance sur la chute du roi "Tant pis pour toi. T'es moins intelligent(e) que moi donc tu vas mériter ton sort ou celui réservé à un(e) de tes proches". Soit la jouissance sadique dans toute son ampleur diabolique doublé d'un plaisir narcissique extrême d'être le maître suprême du scénario d'horreur qu'il construit sur les aléas et les hasards des autorisations de sortie que l'établissement pénitencier lui accorde.

Deuxièmement, et cela confirme de façon évidente ce qui est développé ci-dessus, c'est le moment où Fabrice A. fait visionner une scène du film "Seven" au compagnon d'Adeline, qui travaille aussi sur le lieu d'incarcération de Fabrice A., scène dans laquelle le tueur porte la tête de l'épouse sur un plateau au mari. Cela se passe peu avant le drame qui se déroulera dans la réalité. Et cela ne provoque pourtant aucune alerte chez le compagnon d'Adeline qu'il sait pertinemment en contact rapproché avec son futur bourreau. 

Quand nous lisons cela, et si ce n'était qu'un film d'horreur en face de nous, nous serions tous à nous dire, à ce moment précis du film, comme spectateurs et spectatrices rempli d'effroi: "Mon dieu mais quel con! Il ne voit donc pas qu'Hannibal est en train de jouir à fond de son manque de discernement, de sa naïveté qui va condamner son propre amour dans peu de temps! Réveille-toi, mec! Réveille-toi! Tire la sonnette d'alarme. Dénonce le cas à la direction et empêche désormais Adeline d'être à son contact. Sinon ta compagne est foutue."

Il me semble que nous en savons désormais assez sur Fabrice A. pour écrire, sans être un psychiatre ou un thérapeute, qu'il est d'une dangerosité extrême pour l'entourage chargé de son incarcération et qu'il ne doit pas sortir de prison aussi longtemps que son univers mental jouira du viol et du crime sans aucune limite à cela. L'ultime chance de l'aider c'est d'abord de l'empêcher, pendant de très longues années, d'accéder à des films d'horreur et, travail de thérapie longue durée, de le faire basculer peu à peu dans un monde où il redeviendra un être humain ordinaire et pas cet héros imaginaire du crime réel qu'il s'efforce d'être, égorgeur et violeur de femme, profanateur suprême des valeurs humaines, incapable d'amour et essentiellement mû par les démons excitants de la toute-puissance et de la domination sur les femmes et sur les hommes.

C'est peut-être là l'unique façon de sauver cet homme de ses démons, un homme qui n'a laissé aucune chance à Adeline, un homme toujours aussi supérieur dans son comportement, un homme qui refuse de voir l'évidence en lui: il est devenu un monstre et il serait temps qu'il tente un retour des enfers en direction de la Terre vers ses soeurs et ses frères en humanité. Est-ce encore possible? Nul ne le sait. Ce sont les années et le temps qui passent qui diront si cet homme peut être sauvé et arraché aux fantasmes sadiques les plus puissants.

 

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