05/06/2017

Bob Denard, David Moodie, deux approches radicalement différentes

Bob Denard et David Moodie étaient des aventuriers du monde.

Le premier, au service de la France avec un goût de la puissance militaire, un attrait pour l'extrême-droite, un homme de coups, un homme de folie qui avait un coeur droit pour celles et ceux qui se soumettaient à sa manière de faire et de voir le monde.

Bob Denard avait une interprétation bien à lui de la colonisation et de la domination blanche sur les populations indigènes. Il tombera amoureux des Comores et fera de cette île son coin de paradis et d'intrigues à la James Bond avec prise du pouvoir par quelques dizaines de mercenaires sous ses ordres, puis  la création d'une Garde Nationale comorienne très rodée aux missions de maintien de l'ordre formée par des mercenaires français. Une vie de rebondissements où les services secrets français seront la clef de voûte de son autorité et le régime d'apartheid sud-africain le pilier majeur qui soutiendra l'action de Denard aux Comores.

De l'excellent documentaire sur l'homme présenté par France Ô hier soir, nous ne pouvons que garder ce malaise permanent sur cette envie irrépressible des puissances occidentales et blanches de plier le monde à leur façon de voir en oubliant au passage les intérêts majoritaires des populations indigènes qui restent enfermées dans un cadre de sous-humanité et de pauvreté quand le Blanc, lui, fait sa loi avec quelques milliers d'indigènes bien nourris et bien logés au service de la domination blanche importée. Les Comoriens ont fait l'expérience douloureuse de croire à la fois en l'homme providentiel blanc, constructeurs d'hôtels sur les plages de sable blanc réservés aux touristes blancs sud-africains, américains ou européens, architecte d'une ferme "modèle" utilisant des machines mécaniques pour travailler la terre et obtenir de bien meilleurs rendements que l'agriculture traditionnelle. Bob Denard savait trouver l'argent auprès d'Etats qui en tiraient certains avantages géostratégiques. Il était l'homme qui avait construit un réseau lui permettant de revenir sans coup férir aux Comores au moment où certaines personnes demandaient son aide.

A son dernier coup d'éclat et son ultime mainmise sur l'île, la France s'est retournée contre lui et a envoyé des troupes d'élite pour mettre fin à l'aventure Denard. L'homme mourra à peu près seul et abandonné de l'Etat français quelques dizaines d'années plus tard, en exil, sans jamais revoir son île paradis. Sa ferme et ses hôtels disparaîtront comme les touristes qui ne s'y aventurent plus sur les plages de sable blanc. Une grosse nostalgie pour les Comoriens et Comoriennes qui ont obtenu des avantages par la présence et la patte commerciale de l'aventurier. Quant à la majorité de la population comorienne, elle continue son blues ordinaire avec changements et coups d'Etat quasi permanent. Elle garde les cicatrices d'une présence coloniale française où les mercenaires se sont peu à peu comportés en colons arrogants s'arrogeant tous les droits dans les lieux publics et méprisants la population indigène. Aujourd'hui, Les Comores indépendantes voient une partie de sa population tenter l'aventure de l'exil en passant par Mayotte, territoire d'outremer français. Des gens se noient dans l'aventure. D'autres arrivent à Mayotte et sont arrêtés pour être expulsés vers leur île d'origine. Rien n'est jamais donné gratuit à ces personnes. Il faut soit se soumettre aux décisions de l'homme occidental, se mettre à son service, et obtenir quelques avantages, soit jouer au rebelle et finir dans la clandestinité et la pauvreté. C'est notre modèle. Celui qui est imposé par le monde ultralibéral d'aujourd'hui où on achète l'amitié et même l'amour avec de l'argent, où les rapports de force se limitent à "celui qui possède fait la loi et basta". Un monde artificiel où les rapports humains sont faussées par l'argent qui pervertit les coeurs, les corps, et les consciences.

Bob Denard était un aventurier colonial qui avait besoin des Etats et de leur pouvoir de répression pour exister et se faire une place. Il a fini par être lâché et abandonné comme une vulgaire serviette qui n'a plus d'utilité pour le pouvoir français. L'amitié façon tu m'intéresses à condition que...

Tout autre fut l'aventure du Fri, un yacht qui s'est opposé aux essais nucléaires français dans les années 70. Les femmes et les hommes qui composaient l'équipage étaient tous des idéalistes, des aventuriers prêts à mourir pour la bonne cause, celle de libérer Tahiti de la menace toujours plus persistantes des radiations atomiques provoquant des maladies cardio-vasculaires, des cancers, des leucémies sur les populations locales. L'excellent reportage sur ce bateau hippie qui fut un pionnier dans la lutte écologique et humaniste a précédé le reportage sur Bob Denard. Le contraste est saisissant. Là où un homme se sert de l'Etat français pour asseoir un certain pouvoir sur une île à l'autre bout du monde, un autre met à disposition son yacht pour une aventure où l'argent ne compte que de manière marginale pour réussir l'expédition et où seul compte la détermination humaine d'une petite équipe prête à en découdre avec la puissance militaire et atomique française. Le pot de fer contre le pot de terre. David Moodie et son équipage de pirates n'ont jamais réussi à stopper définitivement les essais nucléaires mais ils se sont opposés de façon exemplaire à la bombe atomique inculquant ainsi une conscience de survie aux populations locales maintenues jusqu'alors dans l'ignorance du danger extrême des radiations et des chocs sismiques provoqués sur le sous-sol par les bombes et qui, dans un premier temps, furent très satisfaites de toucher la manne céleste sous forme de gros investissements français sur les îles de Tahiti... L'argent rend aveugle celui et celle qui ne veulent pas découvrir quel crime se trame derrière l'argent.

Durant les années atomiques, la France a fait sauter l'équivalant de 800 bombes d'Hiroshima sur l'atoll de Mururoa. Aujourd'hui, la menace est grande d'un tsunami gigantesque en cas d'effondrement du sous-sol. Quant à la radioactivité, elle reste présente mais invisible et elle peut se démultiplier en cas d'accident marin avec effondrement des zones très radioactives où les sarcophages ne serviront plus à rien. Et cela durant des milliers d'années... Quelle honte! Quel gâchis! Et tout cela au nom de la puissance militaire française, une France traumatisée qui était bien décidée à ne plus jamais vivre le traumatisme de 1940 et à montrer que désormais elle pouvait imposer sa propre terreur au reste du monde... La paix par la Terreur. Nous vivons sous ce régime-là depuis 70 ans. La dissuasion nucléaire a fonctionné jusqu'à aujourd'hui. Mais il suffirait d'un seul fou qui lâche une seule bombe pour que la réaction des dominos s'enclenchent. Et alors, nous ne donnons pas cher de la survie de l'Humanité.

En attendant, pour s'arroger ce pouvoir du feu nucléaire, la France a condamné et exposé aux radiations une partie de sa population aux autres extrémités de la Terre. Elle l'a fait sous De Gaulle, Pompidou, Mitterrand (pourtant opposé quand il était dans l'opposition...), Chirac. Et il a fallu quelques marginaux, quelques êtres humains désintéressés mais idéalistes pour donner aux populations locales les clefs de leur combat permanent d'aujourd'hui. Sans conscience, nous vivons dans un monde de conte de fée où les méchants font les beaux et les gentils pour amadouer des populations aveuglées par le désir et le rêve de richesse. C'est notre humanité, c'est nous, dans nos contradictions et nos besoins d'être reconnus et respectés des Autres quitte à faire notre propre malheur.

Les jours heureux, le droit au bonheur sans artifice c'est maintenant. Et c'est avec la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon n'est pas la France insoumise à lui tout seul. Il est un être humain parmi des millions d'êtres humains qui ne veulent plus de ce pouvoir vertical qui fait les pluies radioactives et les soleils du pouvoir artificiel sous les flashs photo des médias et des magazines people.

"L'expédition du FRI était une considérable aventure. Je ne peux qu'admirer l'esprit qui a conduit David Moodie et son équipage à faire ces milliers de milles nautiques à travers l'Océan Pacifique jusqu'à Mururoa pour s'opposer aux essais nucléaires".

Sir Edmund HILLARY - Vainqueur de l'Everest

 

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Continent Femme

"C'est parce que nous étions vulnérables, que nous sommes restés dans cette vulnérabilité, que nous avons réussi à donner à notre expédition cette force de réussir et de ne jamais abandonner notre mission."

David Moodie

(déclaration approximative du Capitaine Moodie à la fin du documentaire présentée sur France Ô.)

 

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