13/06/2017

5 ans dans la vie d'un laisser-pour-compte

"Patience Monsieur! Nous passerons en tête dans 5 ans et la politique changera alors du tout au tout."

L'homme attendait depuis 50 ans. De cette utopie née dans les années 60 il ne restait désormais que la course à la consommation outrancière.

Tel un cheval fou, le peuple n'a plus jamais pris date avec les luttes non-violentes contre la guerre américano-française exportée au Vietnam; le peuple n'a plus jamais pris en compte les mouvements communistes soutenus par certains poètes et écrivains, artistes de tous horizons qui voulaient voir dans la révolution du flower power les débuts d'un nouveau monde. Moscou et Brejnev, Pékin et Mao, et tous les autres régimes dictatoriaux se réclamant du communisme discréditaient les intellectuels occidentaux les plus avant-gardistes. La propagande médiatique des libéraux fit le reste du boulot pour anéantir le rêve d'une justice sociale plus évidente, plus conforme aux aspirations des peuples du monde.

L'homme qui attend depuis un demi-siècle a vu grandir ses enfants. Il les a nourri, habillé, éduqué un peu à la diable entre une occupation professionnelle harassante et son temps de réflexion, de lecture et d'écriture. Cela ne laissait pas beaucoup de temps à l'homme pour s'occuper de ces chers enfants. L'homme a du jongler avec les dettes en même temps qu'il jongla quelques temps dans la noirceur pornographique avec son épouse pour tenter de faire mieux bouillir la marmite familiale, l'absence de l'aide sociale contribuant amplement à commettre de grosses erreurs de parcours et la plongée dans les abysses d'un monde que certaines femmes abandonnées et misérables connaissent tout autour de la planète Terre. Cela fait une éternité que cette situation dure y compris, et même amplifiée au centuple, dans les sociétés dites modernes et que le métier a la réputation d'être le plus vieux métier du monde. Alors mon bon insoumis, je veux bien croire que dans cinq ans, le vieux qui attend depuis 50 ans verra le nouvel horizon triomphé et que nous gagnerons la guerre des sexes et du pouvoir. Un monde sans prostitution en tous genres, quelle utopie!

5 ans. Cela a l'air de rien dans la vie d'un homme. Mais dans la vie d'une famille qui s'épuise et se noie, cela est énorme. 5 ans d'attente supplémentaire pour faire la révolution c'est trop long. Surtout quand les néolibéraux font le forcing pour appliquer l'état d'urgence dans la loi ordinaire d'un pays; surtout quand le Code du Travail va se faire assassiner abolissant et salissant du coup tous les combats de nos illustres et ancêtres anonymes qui se sont battus comme des chiens pour obtenir un minimum de dignité et de droits à l'existence plutôt qu'à être condamnés comme des meurtriers au bagne du labeur par des capitalistes les faisant trimer 15 heures par jour sept jours sur sept pour un salaire de misère. 5 ans à enrichir encore les plus riches. C'est beaucoup trop long.

5 ans. Le peuple dort encore devant sa télévision. Il suit docilement le journal de 20 heures et ira voter Macron dans cinq jours avant de se plonger dans une série où de riches familles se disputent le pouvoir. Il rêvera toujours de belles villas, de piscines, de jacuzzis, de yachts, de filles et de garçons de rêve, d'argent, et de vacances paradisiaques dans des palaces somptueux. Le libéralisme a su vendre ce rêve et le peuple n'en décroche plus. Le libéralisme a su montrer un idéal que très peu pourront s'offrir, parce que le dinosaurisme tue toute vie sur Terre, mais, comme à l'euromillion, le père et la mère qui se débattent dans de monstres difficultés quotidiennes caresseront l'espoir qu'un jour peut-être le bonheur leur sourira. C'est la force ignoble de l'illusion libérale. Bats-toi chaque jour et tu obtiendras le paradis, la félicité et le vie facile. Ne compte que sur toi et n'attends pas de l'Etat qu'il t'aide car tu as le pouvoir en toi de réussir et d'offrir tout ce rêve que tu vois là sur l'écran TV à portée de pupilles de tes enfants... Joli mirage...

L'homme se bat depuis 50 ans sans compter sur l'Etat pour offrir la félicité promise à sa famille. L'Etat ne compte maintenant plus sur lui pour renflouer ses caisses sauf à travers ses poursuites. Aujourd'hui, l'homme est seul, endetté, ignoré, sans doute détesté voir haï. C'est le droit à la récompense promise des libéraux. L'homme a du très mal se battre et très mal travailler dans sa vie. Où alors le système a des vices bien cachés que les ultra-libéraux glissent avec une main de fer sous le tapis.

Le premier de ces vices est sans doute que le système a été prévu d'abord et exclusivement pour une petite élite de l'Humanité. De l'ordre de grandeur du 1% sur la planète Terre, soit de l'ordre de la population de la France. Celles-là et ceux-là peuvent remercier le système. Il leur offre le paradis sur Terre pour peu que l'on considère que le paradis se mesure en millions ou milliards de dollars en fortune personnelle.

Le second de ces vices c'est que seuls les surdoués, ou les plus malins, ou les plus manipulateurs, ou les plus criminels, arriveront dans la zone du 1%. Cela n'a rien à voir avec sa capacité au travail, sa volonté, son désir de réussir par soi-même sans compter sur l'Etat. Tu prends le 300ème joueur mondial de tennis. Dis-moi combien d'heures il a passé sur un court pour atteindre ce niveau, combien d'argent il a dépensé (ses parents parce que lui n'y arrive pas tout seul, pauvre tennisman!). combien de volonté et d'efforts il a fallu pour élever son niveau de jeu, et quel résultat au final si ce n'est l'anonymat et l'abandon après quelques années de carrière infructueuses. La question brûlante est celle-ci: en a-t-il pas assez fait pour gagner décemment sa vie durant ces années-là? Est-il si loin de Roger Federer, au niveau efforts personnels, pour que lui doive compter sur ses parents pour continuer à jouer alors que le roi accumule chaque années les dizaines de millions de dollars et une vie de rêve pour sa famille? Et pourtant, il faut aussi un 300ème mondial pour que la planète tennis existe et continue à progresser. Le sport nous montre à quel point le système dans lequel on vit est aujourd'hui de plus en plus pervers.

Le troisième ce ces vices c'est que le libéralisme ne rend pas généreux mais égoïste et cynique et que chaque geste en apparence altruiste est calculé au gré de ce que ce geste peut rapporter en terme de notoriété, de sympathie, et même d'argent sur le long terme. Un chanteur à la mode qui donne ostensiblement de l'argent pour une cause ou participe à un concert de solidarité envers les victimes d'un tsunami ou d'un attentat sait parfaitement que c'est un moyen parmi d'autres de se faire encore plus aduler de ses fans et de les garder captifs comme acheteurs potentiels de tickets de concert, d'achats de t-shirt et autres babioles à son effigie, etc. Plus personne ne peut faire de geste gratuit et spontané une fois qu'il atteint les sommets de la célébrité parce que la célébrité enferme la personne dans le monde des apparences des beautiful people.

5 ans dans la vie d'un laisser-pour-compte c'est toujours 5 ans de trop. Pour certains, ce sera beaucoup trop et ils se suicideront. Pour d'autres, ce sera le recours à la haine et à la violence et des innocents viendront gonfler les statistiques macabres de victimes d'attentats terroristes. 5 ans c'est très long mon ami insoumis. D'autant que rien ne dit aujourd'hui que dans 5 ans, le peuple, dans sa majorité, sortira de son sommeil, aura compris, et rêvera autrement qu'en Macronerie et princesses au bois dormant.

Ma grosse connerie à moi c'est de croire encore à la Révolution sociale et solidaire. Et que pour ce rêve-là j'en paie un prix exorbitant. 

 

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