05/07/2017

Des filles de rien; des garçons de rien

"Dans une gare,vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien"

Emmanuel Macron, roi de la Cour de France

Thème philo de la rentrée d'automne proposé par le Président de toutes les Françaises et de tous les Français (sic!)

Dans une gare, je croise l'Humanité. J'y vois des enfants criant, riant, ou pleurnichant accrochés aux pas rapides de leurs parents, des petits bouts de choux qui ne sont rien et qui n'ont encore rien fait si ce n'est égayer la vie de leur famille et apprendre à l'école. J'y vois aussi des couples de vieilles et de vieux, certains marchant avec une canne, d'autres encore alertes, qui cherchent leur train en discutant tout doucement. Ils ne sont déjà plus rien, ils vivent de leur pension de retraite et de leurs économies. Ils étaient un jour quelqu'un dans l'entreprise, dans le club, dans la société de tous les jours. Et pourtant, comme les enfants, ce sont des gens qui ont droit au respect, à toute notre attention si celle-ci est demandée de leur part.

Dans une gare, je croise l'Humanité. Des clochards, des femmes et des hommes qui tendent la main à la recherche d'un sou. Ils n'ont plus rien et même de faire la manche ne leur fait plus honte. Ils ont besoin de survivre. Alors mieux vaut exister par l'assistance que disparaître à tout jamais de la planète parce qu'ils et elles sont quelqu'un malgré tout. Parfois, je croise aussi de belles femmes que la bonne société réprouve. Ce sont des filles de rien que les hommes de toutes conditions sociales visitent dans des bouges clandestins ou des appartements privés où ils viennent pratiquer quelques fantaisies sexuelles dans le dos de leur épouse, parfois même de leur petite amie de fraîche date. Ce sont des hommes de rien qui s'accrochent à la bagatelle comme à la prunelle de leurs yeux mais qui exercent parfois d'importantes fonctions ministérielles ou présidentielles. Les filles de rien, ça peut même servir de paillasson rouge aux gens qui réussissent.

Dans une gare, je croise l'Humanité. Je serais président, je dirais que je croise le peuple de mon pays et aussi le peuple de la terre entière. Je ne dirais surtout pas que je croise celles et ceux qui ont réussi leur vie et celles et ceux qui ne se sont rien. Je ne sais pas ce que cela veut dire "réussir sa vie" dans ce monde. Un poète réussi-t-il sa vie ou la rate-t-il? Baudelaire, un raté ou un génie littéraire qui a réussi sa vie? Et Van Gogh? Et tous les autres?

Non, Président Macron. Vous avez une vision bien étroite de la vie et de la réussite. Vous êtes même très petit en osant une telle saillie qui n'est pas la première à être méprisante à l'égard du petit peuple qui trime tous les jours à des fonctions mal reconnues. Comme vous vous comparez à Jupiter et que d'autres chez vous prennent le melon en se faisant passer pour Hermès, j'ai envie de vous rebaptiser d'un titre très romain: Macron le Petit, empereur de France. Vous avez pris la place de Nicolas Sarkozy pour perpétuer le régime néolibéral qui s'accommode parfaitement des rois comme des empereurs. Nous avons connu l'empereur Sarkozy le Karcher et le roi Hollande le Mignon. Et nous vivons actuellement sous le règne de Macron le Petit. Décidément, la France est incorrigible et la Révolution des petits Rien est encore bien loin.

Dans une gare, Président Macron, je croise l'Humanité. Des gens de votre espèce royale qui ne se prennent pas pour la queue d'une cerise. Il faut parfois que je regarde si la Madame qui promène son petit chien-chien n'a des fois pas besoin d'un petit rien pour porter sa lourde valise à la descente du train. Les gens de rien ont parfois la politesse du désespoir.

 

 

Commentaires

Vous décrivez avec brio la vie qui grouille dans une gare. Effectivement, chacun apporte sa part de vitalité.
Et ce jugement de gens de rien ne peut se porte que de là où on se place.
Effectivement, Macron n'a évolué que dans un monde restreint, lui qui n'a pas su ou pu se mettre au monde à travers un propre enfant.
Plusieurs dirigeants sont dans le même cas, comme s'ils n'étaient responsables que d'une petite portion de leur nation, tout le reste étant "rien".
Notez qu'on trouve ce genre d'attitude dans la médecine académique quand certains médecins dénient complètement les effets des autres médecines. S'ils étaient si scientifiques qu'ils le prétendent, ils ne diraient pas : "Monsieur, Madame, il n'y a pas de traitement pour votre cas" alors que la formule objective serait: "Nous ne savons pas soigner votre maladie mais peut-être que d'autres thérapeutes pourront vous aider."

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/07/2017

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