08/09/2017

Dans la caisse

 

Deux et deux font quatre

Quatre et quatre font huit

Huit et huit font seize

Et Hot et hot qu'est-ce qu'ils font?

Surtout pas trente deux

chantait Prévert.

 

Trois milles balles

pour le petit studio

pas même climatisé

quand tu crèves en été

l'après-midi à 37, 2 le matin

et que tu lui fais tout l'amour

d'un toréador passionné:

plus le permis de travail

du maître souteneur d'Etat;

plus les impôts qui font fist;

plus les assurances

qui font un brelan d'ass:

plus tout le bataclan

des annonceurs 

qui hurlent haut et fort

sur l'Internet

que tu adores le sexe et

que t'es un canon d'Espagne

venu faire la baise aux petits lapins

du pays

et que ton brûlant baratin

pour attirer le chaland

c'est pas du chiqué mais du vrai.

 

Tout cela et même davantage,

ça fait une sacrée addition de départ

avant de n'avoir rien encaissé

pour ta caisse

et qui t'oblige à pas mal

de contorsions abdominales,

de tours de passe-passe,

pour boucler tes fins de mois.

 

Et puis il faut additionner

encore les petits cadeaux

à ta grande famille,

les gentillesses aux copines

qui se trouvent dans la dèche,

les allers-retour

entre le pays et ici,

le médecin de là-bas qui doit bien

surveiller ta santé

pour t'éviter de gros problèmes

et l'assurance d'ici

qui ne sert à rien du tout

si ce n'est à gonfler

les poches du directeur

qui viendra peut-être

te faire une petite ristourne

contre une sucette autorisée

en te demandant

combien est ta prime de passe.

 

Et puis la maison au pays

qu'il faut bien payer

si tu veux la garder

et que demain

tu puisses être assurée

d'avoir un toit.

Et puis le petit appart privé

pour ta tranquillité

pour ne pas avoir

pleins de petits bonhommes ivres

qui tapent sur les portes

au milieu de la nuit givrée

et qui jouent à Mère-Grand

tout en voulant obtenir

du Petit Chaperon Rouge

 un câlin au rab sur la queue.

 

L'addition devient salée

comme une potion amer

quand tu dois bien gagner

ta vie pour t'éviter

de vivre de ce métier

toute ta vie.

 

Et passe donc notre danse romantique,

et passe notre passe érotique.

A notre tour de s'aimer

dans la clandestinité

de ton studio

mais pour de vrai.

 

Le petit gars tape

sur les touches

des deux calculatrices.

Il a pensé à nous

avec son humour décalé

que j'adore.

Le petit gars joue à Despacito

pour que je continue

à me lever tôt

et à me coucher tard

pour t'écrire

des petits poèmes

de mes doigts

qui tapent tapent tapent

comme un joyeux tapin

sur tes somptueuses fesses

de petit lapin

qui aime ce chaud lapin.

 

Tous nos désirs clandestins;

tous nos fantasmes libertins;

tous les bonheurs

d'un couple pas comme les autres

qui s'aiment malgré

la petite machine à sous

qui doit calculer les risques du métier

pour ne pas te faire enculer

par des profiteurs de toutes professions;

toute la passion

d'un couple qui se construit

dans l'endroit le plus mal famé

pour créer leur grand amour romantique.

 

Jusqu'à ce jour, ça tient

comme l'amour qui nous tient.

Et demain, quand le destin

nous donnera la chance,

alors nous demanderons

au petit gars

aux calculatrices

d'ouvrir le bal de notre union,

le bal où je t'attends

avec des préservatifs comme ballons

de fête nuptiale.

 

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