06/10/2017

L'Amérique sans ses flingues c'est une Amérique castrée

Les puissants ont une arme infaillible: le flingue, arme de dernier recours qui coupe court à toute discussion, à toute négociation, et met fin aux palabres inutiles.

Tirer sur un être humain, pour un Américain ou une Américaine, devient aussi naturel que de tirer sur une gazelle ou un chamois. Des centaines de millions d'armes circulent au pays de la...démocratie. J'ai une ou plusieurs armes à domicile donc je suis. Je n'ai pas d'arme...alors je n'existe pas, je suis castré, incapable de me défendre, incapable d'imposer ma propre loi quand celle-ci devient nécessaire.

Parler de l'Amérique et de sa constitution comme d'un pays non-violent, féru de culture et d'art, conscient de son rôle civilisateur dans le monde entier devient alors une pure supercherie. Celui qui s'impose par l'arme, ne vit qu'à travers la possibilité de tuer l'intrus, l'étranger, le perturbateur, le provocateur, le parasite, l'ennemi à éliminer pour que je reste en vie, détenteur de mon territoire, propriétaire de mes biens, n'est pas apôtre de la non-violence mais adepte de l'intimidation et de la dureté dans les rapports humains. Il ne fait pas confiance à l'Humanité qu'il considère comme une chose et non un sujet, une chose capable des pires saletés, des pires crimes, dont il faut se débarrasser. L'Empire du Mal c'est les Autres, pas le bon Américain moyen. Paddock était un bon Américain moyen jusqu'au massacre. Depuis, il ne fait plus partie de la famille d'Amérique. Il est devenu un paria, un corps étranger à l'Amérique, un ennemi du Bien... Pourtant, sans arme, "castré", il n'aurait pas pu échafauder un tel plan, une telle horreur, un tel massacre. La démocratie, en Europe, exige du citoyen et du citoyenne un comportement d'individu responsable et bienveillant. Pas un comportement de justicier se promenant dans les parcs et les bars avec un flingue à la ceinture.

Si je sais qu'une majorité de personnes portent un flingue dans la ville, je jetterai automatiquement un regard de suspicion sur l'Autre avec cette pensée permanente et angoissante: qui est le dérangé mental qui risque un jour de me tirer dessus parmi cette foule qui évolue et qui change sans cesse au gré de mes propres déplacements? Dois-je porter moi aussi une arme pour protéger ma femme, mes enfants, et moi-même? Au final, la seule réponse logique est: oui, je dois porter une arme parce que je ne peux pas faire 100% confiance à 100% d'individus qui portent une arme tous les jours dans la rue et qui, comme Paddock, un jour ou l'autre, pour x ou y raison vont péter un câble et se servir de l'arsenal qu'ils ont accumulé avec amour et ferveur durant des années.

Et quand, en plus, ce pays a mis au pouvoir un type qui a dit un jour, avant son arrivée à la Maison-Blanche, que si on fabrique l'arme atomique c'est quand même bien pour s'en servir un jour sinon c'est inutile et de l'argent jeté par la fenêtre, alors nous atteignons le sommet de l'hystérie et la fin d'une Civilisation ultra-violente qui s'est prétendue démocratique et bienfaisante...

Paddock n'a pas jeté son argent et ses armes par la fenêtre du 32ème étage du Mandalay Bay. Il a fini par trouver une utilité à l'arsenal militaire qu'il s'était constitué afin de mettre fin à ses jours en emportant avec lui un maximum de personnes au coeur de la cité du jeu.

Etait-ce, dans la tête du tireur, un acte de purification métaphysique, à la manière des fous d'Allah qui croient agir en Bien, pour rétablir l'Axe du Bien et chasser ses propres démons du jeu?

A la place de l'amour du flingue, pourrait-on conseiller aux Américains un nouveau chemin de l'Axe du Bien qui leur est si cher, une sorte de philosophie de vie plus axée sur la contemplation, la méditation, et la non-violence? 

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