14/11/2017

Abdennour Bidar dénonce nos élites occidentales et il a raison

Voilà une nouvelle tribune dans Le Monde qui fait du bien.

Et sans réelle surprise elle vient d'un des grands philosophes musulmans qui est déjà intervenu à quelques reprises sur les plateaux TV sans que pour cela on lui offre autant d'importance face au "système réactionnaire Ramadan"  censé être le courant dominant sous couvert d'islam moderne qu'il aurait représenté durant ces 30 à 40 dernières années.

Trois ou quatre décennies c'est très long pour offrir autant de plateaux télé et d'importance à un idéologue ultra-conservateur dans la réalité et moderne dans la fiction qu'on a bien voulu créer, nous en Occident, autour du personnage et de son frère Hani qui lui aussi a souvent connu les honneurs des plateaux de télévision.

Bidar fait référence aux grandes pointures intellectuelles, romanesques, et poétiques de l'islam d'aujourd'hui dont personne ne connaît jusqu'aux noms et bien entendu encore moins l'oeuvre dans nos contrées occidentales. Et il dit combien l'Occident a bien voulu regarder le musulman dans une sorte de préjugé permanent et très suffisant qui naviguait entre deux pôles aussi méprisant l'un que l'autre envers un monde musulman existant ouvert sur le monde des idées et des élans spirituels se développant aujourd'hui:

"Depuis quinze ans, j’ai eu plus que le temps de vérifier l’incapacité quasi systématique de nos médias, de notre classe politique, de la plupart de nos « grands » intellectuels à comprendre en profondeur les questions posées par l’islam. Cette intelligentsia se signale à peu près unanimement par son inculture sur le sujet, et, tandis qu’elle est si intelligente par ailleurs, voilà qu’ici elle n’arrive qu’à se partager benoîtement entre ceux qui considèrent le musulman comme le nouveau damné de la terre et, à l’autre extrême, ceux qui mélangent allègrement islam et islamisme sans s’en apercevoir… alors même, parfois, qu’ils croient être en train de distinguer les deux !"

Abdennour Bidar


En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/14/tirons-les...

 

 

Voltaire 2 Ramadan 1 mais l'arbitre est un homme...

Le Temps revient aujourd'hui sur la censure de la pièce de théâtre "Le fanatisme ou Mahomet, le Prophète" prévue à Genève en 2005 causée par l'intervention de Tariq Ramadan qui voulait que le silence règne autour de cette pièce de Voltaire dans la prétendue volonté d'une paix civile entre communautés...

https://www.letemps.ch/opinions/2017/11/13/voltaire-tartu...

Hors, pour que la paix règne entre les peuples, leurs religions, et leurs cultures il faut savoir se dire franchement ce qui dérange dans la culture de l'autre et ce qui plaît, ce qui semble traditions du passé et dépassée, d'un autre âge qui ne nous appartient plus déjà (est-ce que Cromagnon a encore des choses à nous dire en dehors de son histoire à lui que les scientifiques et les spécialistes peuvent nous en dire? Est-ce que les dieux égyptiens ou maya ont encore une vie bien actuelle dans notre Civilisation moderne? Et qu'on donc encore à nous dire les monothéismes juif, chrétien, et musulmans, eux qui sont à l'origine de nos sociétés modernes mais qui s'affrontent aujourd'hui au lieu de se réconcilier).

En imposant une sorte de chape de plomb sur le philosophe des Lumières, Tariq Ramadan a remporté un point et fait match nul en remettant l'importance politique de la religion en perspective. Si on éteint la lumière, dans l'obscurité des dogmes on y voit goutte mais nous avons l'illusion que Dieu redevient tout-puissant et nous impose sa lecture unique du monde. Si le dieu de Mahomet est le dieu unique des musulmans, si le dieu de Jésus est le dieu unique des chrétiens, et si le dieu de Moïse est le dieu unique des juifs, nous sommes foutus. L'intolérance, la haine et la guerre peuvent à nouveau soufflées leurs braises de terreur sur le monde.

Il faut rappeler ici que Voltaire n'était pas athée mais théiste. Il nous parle d'un dieu sous la lumière du siècle des Lumières, un dieu libéré et non plus enchaîné à des dogmes poussiéreux et qui imposent le dieu tyran comme modèle au monde, un dieu presque anarchiste lui fait face et s'oppose au dieu tyran qui se destitue lui-même de son socle et de son trône pour rendre à l'être humains sa liberté et sa responsabilité.

La pièce de Voltaire lutte donc contre toutes les hypocrisies et les vendeurs de religion, les gourous auto-proclamés qui savent la Vérité et qui la diffuse à grands coups de contre-vérités, de menaces physiques et intellectuelles, de propagande fasciste prétendant à la pureté de la religion, donc de la race qui appartient à ce dieu unique.

C'est pourquoi Tariq Ramadan ne voulait pas de cette pièce qui dérange ses plans et ceux de la communauté des Frères musulmans et autres salafistes usant d'intimidation et enfermant la religion dans un carcan de dévotion absolue au Livre des Livres Le Saint Coran.

Il est temps d'ouvrir la perspective de débats basés sur l'ouverture du Coran, ses contradictions, sa parole qui est celle d'un homme du désert qui avaient des illuminations, sans doute des hallucinations divines, et des visions qui lui ont permis de créer une communauté autour de sa personne, communauté comptant aujourd'hui plus d'un milliards de croyants qui, pour une petite minorité d'entre eux, sont très ouverts, se tenant à l'écart des mosquées, et capables de faire la distinction entre la part d'inspiration divine géniale qui habite Mahomet, et la part de magie, d'affabulations, de manipulation des masses pour rassembler autour de sa personne de nombreux compagnons de route souvent en guerre contre d'autres communautés ne croyant pas du tout au dieu de Mahomet...

Si nous serions sur un terrain de football, je dirais que l'arbitre est un homme qui accorde le second but de la victoire à Voltaire. Mais je suppose que les croyants très purs et très sectaires diront que l'arbitre c'est toujours Allah et non un homme et que, forcément, c'est Tariq Ramadan qui continue à renverser le match, fait gagner le passé révolu sur le siècle des Lumières...

Il suffirait donc que l'arbitre se fasse assassiner par une rasade de poison divin créée sur une passe d'inspiration ramadanique pour qu'Allah puisse reprendre la main de Dieu en disant que cet arbitre abjecte boursouflé d'ego et de haine a subi le châtiment qu'il méritait mais que de toute façon le terroriste qui a assassiné l'arbitre n'est pas un musulman mais un homme hors la religion... Quand on est hypocrite, on l'est jusqu'au bout et on le reste.

La corrida d'Allah a-t-elle la volonté d'arrêter de faire couler le sang ou bien tout ce carnaval va-t-il continuer autour du Coran, seul livre de l'Humanité écrit de la main directe de Dieu?

L'arbitre accorde un penalty à Tariq Ramadan. Mais dans les buts, il y a peut-être la main de dieu qui lui répondra...

A lire aussi:

http://fr.le360.ma/monde/tariq-ramadan-la-chute-dune-star...