07/12/2017

S'en aller une nuit de décembre

Il fait un froid à givrer les arbres et les coeurs. Mais dans le bistrot, il fait une chaleur torride et une ambiance de fête.

L'heure est tardive et l'amende des keufs risque d'être salée et ce sera encore le tôlier qui trinquera et perdra pas mal d'argent juste parce qu'il a laissé les gens faire la fête dans le bistrot au-delà du permis, au-delà des heures helvétiques bien rodées comme un coucou qui annonce que la fête doit s'achever pour respecter le sommeil des braves qui se lèvent tôt pour aller travailler.

Ici, au Soleil, on n'arrête pas souvent de faire la fête à l'heure. Et tout-à-l'heure, le tôlier et sa tôlière seront encore morts de fatigue à se lever pour servir cafés et croissants chauds à la clientèle du matin.

Le boucher du village, Bertrand, s'est saisi du balai dans la cuisine et il revient dans la salle en grattant sa guitare de poussière pour honorer son idole, la star du rock. La chanson est rauque, rude, viril, et annonce au monde que jamais les rebelles ne meurent, que jamais les travailleuses et travailleurs ne perdront leur dignité sur l'autel des profits capitalistes, que jamais l'amour ne peut se mettre à genoux et se laisser bafouer par des administrations qui font respecter l'ordre mais ne respectent pas les gens à la rue, les gens qui ont tout perdu, les gens qui se battent pour surnager et espérer encore que la vie n'est pas foutu pour eux.

Bertrand tire sur sa clope comme un charbonnier, boit bière sur bière et est heureux. Autour de la table ronde, c'est une bande de jeunes et de moins jeunes qui chantent et gueulent à l'amour. Johnny n'est pas tout seul sur la platine. Mais quand il revient, alors Bertrand s'enflamme et fait de la nuit froide de décembre une nuit de braises, de loups, et de louves qui ont soif de liberté et d'amour.

C'était aussi ça Johnny, dans la vie du tôlier. S'en aller une nuit de décembre laisse comme un goût de cendre sur les ruines de mon passé révolté.

Merci Johnny. Tu n'étais pas mon artiste préféré mais toi tu savais fédérer comme personne au monde. Donc, tu étais l'amour vivant et la liberté sauvée pour nous tous. A toi de jouer pour nous sur la platine. L'amour ne meurt jamais.

 

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