11/03/2018

Tomber à l'amour

Tomber à l'amour...

ça fait mal,

ça fait très mal,

ça fait très très mal.

Tomber à l'amour...

C'est comme tomber d'une falaise

après notre dernière partie de baise.

C'est moche,

c'est très moche,

c'est très très moche...

Il y a du sang partout

et des lambeaux de chair,

un coeur brisé en mille morceaux

bouffés par les crabes et les requins

qui feront recette  et festin sur la dépouille;

un cerveau bousillé

qui n'a plus rien à dire ni à écrire

et des journalistes qui se précipitent

alors que toi t'es tombé

dans le précipice et que ta dépouille

est comme un épouvantail

à moineaux démembrés,

sans plus aucune vie,

sans plus d'amour,

sans plus d'amitié

à partager.

 

Je vous ai attendu mes amis.

Je vous ai attendu mes amours.

Je t'ai attendue mon ange

comme le Graal et le fruit défendu

qui donne accès à la connaissance

du véritable Amour.

 

Je vous ai attendu vous tous.

Jour après jour,

nuit après nuit,

rêvant de révolution romantique,

d'espoirs partagés,

de bonheur retrouvé,

de vie qui ne bouffe plus

de vache enragée

et de sexe frelaté

au goût de fric et de pouvoir

alors qu'on est un pauvre mendiant

assoiffé d'amour.

 

J'ai le désespoir léger

de celui qui s'en va

 avec grâce et en danseuse

quand l'amour l'abandonne,

quand l'amitié n'arrive jamais,

quand tout est bousillé

dans nos vies

par la faute à ce monde

qui pense d'abord performance,

réussite individuelle,

égoïsme bien compris,

intérêts calculés,

jalousie bien entretenue

pour montrer qu'on est le meilleur

qu'on est le plus fort,

le plus apte à remporter

la palme du succès,

les honneurs,

et les filles qui couchent avec le succès

mais jamais pour cet amour fabuleux

qui monte sur la vague

afin de produire une histoire romantique

égalant Roméo et Juliette.

 

Je suis presque tombé de la falaise.

Pas tout-à-fait encore.

Un peu de patience,

mes soeur et mes frères.

Je suis presque mort.

Mais pas tout-à-fait encore.

Un peu de décence,

mes soeurs et mes frères.

Je vais l'appeler.

On va se voir.

Et puis on verra après.

Mon ange me sauvera peut-être

d'une fin stupide,

d'une fin salement romantique

comme une sale histoire

d'amour frelaté,

de mauvais alcool

qui avait l'apparence

du bon alcool,

de l'enivrement intégral,

de l'amour au parfum idéal.

 

Bad

c'était ton parfum offert

pour mes 58 balais.

Bad

c'était peut-être finalement ça

notre amour au bordel.

Bad Love

quand je voyais aubade

et voyage au pays de Merlin

avec toi Viviane

dans le le rôle de ma fée

et de notre futur

plein de poésie romantique

et de ballades heureuses.

Plan héroïque

plutôt que plan cul.

 

J'ai de l'humour

plein le coeur

en ces jours de peine.

Je ne vois pas la mort

comme quelque chose de triste.

Je vois la mort

comme quelque chose de comique.

Disruption comme ils disent

pour faire moderne.

Perturbation sur la ligne de train.

Accident de personne

ou autre connerie du genre.

 

Tomber à l'amour

comme tomber à la guerre.

Tomber au champ d'honneur romantique.

Tomber de la falaise.

Et tous ces gens,

ces pompiers,

ces ambulanciers,

ces photographes,

ces croque-morts,

ces petits branleurs

venus se faire un trip

sur la peau d'une dépouille.

Petit voyage nécrophile

en Une des médias;

tristesse convenue ou feinte

mais trop rarement réelle.

 

Le poète est mort.

Il est remplaçable.

Le poète n'écrira plus.

D'autres écriront à sa place,

mieux ou pire encore;

plus fou et plus génial encore

ou plus débile et scandaleux encore.

Plus hardcore et impudique

avec cette pudeur silencieuse

qui recouvre tout,

la pornographie comme les sentiments;

cette pudeur qui protège de tout

et surtout des questions indiscrètes

par des journalistes niais

qui ne font pas exprès;

cet humour ravageur,

ce sourire qui fait croire

que rien ne touche le poète

dans sa vie quotidienne

et surtout pas

ce qui lui arrive comme malheur

dans sa vie de tous les jours.

 

L'amour est tombé

comme un arbre abattu.

L'amour tombé du ciel

dans mon coeur

risque de tomber de mon coeur

et finir sa course

dans la folie démentiel.

Rejoindre alors les étoiles

comme dernière vision existentielle

pour ne pas finir dans la décadence

de l'amour idéal perdu.

 

Peut-on se relever à l'amour

après avoir rencontré l'ange de sa vie?

Peut-on retrouver une histoire vraie

et y croire tellement fort

après s'être dopé si sincèrement

à la femme de sa vie?

 

Je ne sais pas.

Je veux encore y croire.

Mais je ne sais pas.

 

Je vous laisse avec Jean-Jacques

histoire de ne pas plomber l'ambiance

de danse macabre

autour d'un crépuscule

et de rire malgré tout,

malgré nous,

malgré l'amour qui tombe

de sa branche

et referme le rideau pour toujours.

 

 Paris-Bastille, 11 mars 2018

10.25H.

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