15/03/2018

Plaisirs inanimés

Si tu t'en vas

au-delà de nous,

au-delà de nos étreintes

qui sont de vaines plaintes,

coeur éperdu pour sa belle,

au-delà de ce qu'une rebelle

peut inventer comme mensonges

pour calmer la douleur d'un songe,

poète qui s'ouvre les veines

à chaque fois que tu le fuis,

à chaque fois que tu renonces,

à chaque fois que leur tapis de ronces

vole la victoire à l'amour, à notre rose,

sinistrose,

vivant avec ton corps éreinté,

et ces étreintes vénales,

décharnées, gâchées,

overdose de douleur,

quel est ton degré vertical

quand tu te couches à l'horizontal

de nos âmes soeurs

avec tous ces hommes sans coeur?

Quel est ton désir virginal

de faire triompher notre amour

pour oublier la souffrance?

Où puiser ta force, ton pouvoir

pour offrir l'amour à ce voltigeur

d'altitudes inatteignables?

 

Décadence.

 

Les poètes sont fous.

Ils aiment trop haut,

sur les nuages d'un temps révolu,

dans l'atmosphère absolue

d'un moment de bonheur

transformant la seconde en éternité.

 

Les poètes sont maudits.

Ils aiment ailleurs,

sur des soleils couchant

qui se lèvent aux aurores

avec ce goût d'avoir atteint le Graal

en s'abandonnant à la femme idéale.

 

As-tu la force de t'arracher

à tes tours de passe-passe, mon amour?

As-tu la force d'aimer

un poète maudit, mon amour?

As-tu ce grain de folie

qui nous enverra au paradis

ou alors me laisseras-tu

choir et déchoir en enfer

sur notre pente ascensionnel

pour retourner seule

à ta lutte obsessionnelle,

à ta quête d'argent

et tous ces moments sans grâce

avec des hommes sans amour

autre que, banal et bancal, celui du vice,

vide et livide,

conquête glaciale

de ton corps réservé aux chacals,

femme offerte à l'étale

au plus offrant,

de ces enveloppes charnelles

qui se donnent froides

comme de la viande morte,

se donnent dans ce dédale

aux scandales,

temple du Minotaure,

labyrinthe aux étreintes mourantes,

oubliant leur vie et leur âme

jusqu'à la mort.

 

Je t'attends.

Mais jusqu'à quand?

Je t'attends.

Mais si ce temps

n'est pas notre temps

alors va

et n'attends plus rien de l'amour

que je voulais te donner

au sommet de notre bonheur.

 

Serai-je alors Icare ou Dédale

s'arrachant avec leurs ailes de cire

à ce triste labyrinthe aux étreintes

pour rejoindre le Soleil

en y laissant plumes et sang?

 

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