09/06/2018

Pourquoi il faut brûler "Le Matin"

"Le Matin"

c'était un objet unique

tenu par des centaines

de milliers de mains,

tiré à des centaines

de milliers d'exemplaires.

 

"Le Matin"

étalait sa came

sur les zincs

de tous les bistrots

de Suisse romande.

 

"Le Matin"

était de la brigade des stups

en même temps que le dealer

et le produit stupéfiant.

 

"Le Matin"

était tout à la fois,

les escort girls en sus

étalant leurs charmes

dans les pages scandales

celles que le quidam tournait

prestement sans un regard

quand il était entouré de public

où alors celles que

des bandes jeunes se moquaient

avec des grivoiseries glauques

à l'heure de l'apéro;

les people y faisaient

leur baratin en long et en large

faisant grandir l'idée

auprès du peuple

qu'il faut toujours cette touche

d'artifice glamour

pour devenir quelqu'un

qui s'impose en ce monde

et ne point garder son naturel

en contrôlant son image

devant les médias

pour rester le plus lisse possible

et le plus normal possible.

 

"Le Matin"

participait du bistrot

et de la Stammtisch.

Il faisait pleuvoir

les invectives et les propos

du peuple, du popu,

de celles et ceux

qui préfèrent le noir et le blanc

à la zone grise dérangeante

et la complexité des situations,

des humanités comme on dit

quand on est un peu cultivé.

 

"Le Matin"

rejoindra "La Nuit"

mais avant

il faudra brûler

sa toute dernière édition

pour montrer

aux néocons prêcheurs

qu'un torchon peut brûler

de passion et de vie

devant la guillotine

alors qu'une presse

sans papier

déposée sur support électronique

n'est que glace et solitude,

désespoir et silence,

chacun sur son écran,

plus personne qui ne le cherche

du regard,

s'impatiente,

aborde la sommelière

avec un sourire ou un reproche

parce que "Son Matin"

n'est pas à sa place ce matin

et qu'un lecteur

prend un peu trop de temps

à le lire

en s'endormant dessus

ou en pianotant

sur son I Phone

au lieu de tourner les pages.

 

Un bistrot sans "Le Matin"

c'est comme si

le peuple avait définitivement

perdu la partie

devant l'outrageante domination

de l'individualisme et de l'égoïsme

qui agitent nos vies quotidiennes.

 

Brûlez "Le Matin"

à sa dernière édition.

Faites des feux de joie

pour pallier à la folie

et à l'inconséquence

de directions comptables

qui détruisent les liens sociaux

en inventant des conneries,

ce "20 Minutes"

qui a tué "Le Matin",

ce "20 Minutes" sans âme

qui n'a jamais fait sa place

dans les bistrots

et qui gaspille du papier

alors que "Le Matin"

était une institution vénérable

lu en premier

avant même le journal local

avant même,

crise intellectuelle de lèse-majesté oblige,

"Le Temps"

par les intellos de boulevard.

 

Les conneries des néocons

sont à pleurer.

 

Ne laissez pas couler

"Le Matin"

sans y avoir mis

le feu de votre désespoir

devant des décideurs

stupides et obsédés

par la performance financière.

 

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