16/06/2018

Aquarius: la pluralité humaine en grand danger

L'Humanité est-elle au bord de s'auto-détruire à force de superficialité, de distractions et de grands shows mondialisés?

Est atteint du mal celui et celle qui use d'artifice et de superficialité dans ses rapports humains pour élaborer un système économique qui lui est exclusivement profitable. Le mal n'est pas radical. Il est extrême disait Hannah Arendt. Le mal n'est pas démoniaque. Il touche au banal, à ce que l'homme et la femme agissent en fonction de ce que la société leur tend comme miroir et comme volonté d'agir: aujourd'hui, le matérialisme et l'individualisme outrancier qui exige de la femme et de l'homme à être performant, à se faire une place hiérarchique et ordonnée dans la société, à user de tous les charmes et artifices pour réaliser et prendre cette place dans cette société au détriment de celles et ceux que l'on va exclure de notre champ de vision embarrassés par leur présence dérangeante et/ou coûteuses en argent, soit les chômeurs, les cassos, les vieux, les moches, les gros, les exclus du système, les minorités sexuelles, les "étrangetés de la nature humaines", trans, lesbiennes, homos, les noirs, les jaunes, les rouges, les migrants, les étrangers, les "celles et ceux qui ne sont pas comme nous", les rêveurs, les poètes, les créateurs d'utopie amoureuse qui dérangent, les prostituées, les marginaux, les chiens d'humains, les chiennes de femmes, les mal pensants, les mal baiseurs, les contestataires, les révolutionnaires.

Les gens passent et trépassent et l'idéologie néolibérale demeure le centre de l'attention de notre monde avec ses ravages, ses malédictions sous couvert de bienfaits matériels d'abord et surtout pour ce fameux 1% de personnes, l'élite, les "SS de notre temps", qui ont un idéal élevé: celui de devenir très très riches et faire partie du top 100 des plus grandes fortunes du monde.

Certes, les SS de notre temps n'envoient pas les dérangeants en camps de concentration ni dans des chambres à gaz pour les éliminer définitivement de leur champ de vision parce que justement ils dérangent inutilement leur petit confort intellectuel et matériel. Ils se contentent simplement de pourrir et d'entraver la vie de celles et ceux qui n'ont déjà presque rien, plaçant les dérangeants en camps de rétention, en prison, à l'asile psychiatrique, et finalement à l'expulsion finale en des terres d'abandon qui verront les dérangeants mourir en accéléré supérieur en se faisant torturer psychiquement et physiquement, violer, exploiter comme esclave de mafias locales, ces autres porno stars du système capitalistes qui utilisent des méthodes plus radicales et super rapides pour se payer villas luxueuses, yachts, et vie de pacha.

Nous naissons actuellement dans un monde de superficialités extrêmes et nos enfants grandissent et s'abreuvent à ce monde de superficialités extrêmes où seuls sont reconnus la performance, l'efficacité, l'accomplissement de soi à travers des rites d'atomisation extrême de l'individu au service de pouvoirs néolibéraux qui dirigent le monde à la Catastrophe.

Car oui, cette idéologie, sous couvert de grande réussite sous prise pharmacologique d'euphorisants, de calmants, de dopes, de rapports amoureux vus sous l'angle d'un bien-être sexuel à travers la commercialisation des corps, crée le mal sans le savoir, sans avoir la capacité de réagir à l'horreur qu'elle est train de créer, cette horreur qui est une reproduction parallèle à l'idéalisme hitlérien, soit la suprématie des corps beaux, athlétiques, intellectuels, créant une culture élitiste de la discrimination, du rejet, de la haine de l'autre, du faible, du révolté, du différent, du venu d'ailleurs, du sans argent, du sans dent, de celui qui ne veut pas se soumettre à cette volonté tragique du tout commercial sous couvert d'une mondialisation dont le récit angélique nous raconte qu'elle serait ouverte à tous et à toute, multiculturelle, prospère, propre sur elle-même, hygiéniste à l'extrême, et surtout invincible comme Hitler et les nazis ont voulu être en leur temps afin d'imposer leur vision décadente de l'être humain...alors même que pour ces nazis l'art dégénéré et le mal se tenaient dans le camp des artistes humanistes...

Hannah Arendt: 

"Si la pensée nous prémunit contre le mal, c'est à la condition d'être conçue non pas comme une faculté solitaire de la rationalisation de l'expérience - cela, Eichmann n'en était absolument pas dépourvu - mais comme l'expérience d'un dialogue avec soi-même au travers duquel chacun se sent mis en demeure de lui-même devant un autre, actualisant dans sa psyché la pluralité, qui est la condition première de l'humanité."

Que nous raconte cette indifférence effroyable de la plupart des gens face aux drames des migrants, à ce navire marchand qu'est l'Aquarius transbahuté des côtes italiennes, corses, françaises, pour aboutir en Espagne alors que la Coupe du Monde de football enfièvre désormais la planète entière et que tous les yeux de la planète Terre sont rivés sur les performances athlétiques de nos meilleurs acrobates du ballon rond?

Elle nous raconte que cette indifférence monstrueuse est absolument banal, banalisé dans notre quotidien et dans notre rapport au monde. Les gens, au mieux, s'en foutent royalement que d'autres gens venus d'ailleurs se noient ou sont finalement rejetés de partout; au pire, vouent une haine profonde pour ces "voleurs de territoire", cette fameuse théorie brune de l'invasion et du grand remplacement de la population continentale chrétienne européenne blanche par une population noire, à majorité musulmane.

Le mal n'est alors pas vu comme un mal mais comme un bien suprême qui protégerait nos enfants des mauvaises fréquentations, des contaminations humaines venues de l'extérieur qui vont détruire un mode de vie, un mode de pensée, une culture de souche. Et plus la population se persuade de ça et s'imprègne de cette peur, de cette angoisse métaphysique, plus elle donne raison au fascisme et à l'horreur qui est en marche et va en s'accélérant.

Pendant ce temps, les gens vaquent à leurs occupations, se rendent dans les fan zones pour assister au grand spectacle fraternel du foot mondial qui encaisse des milliards et fait vivre grassement quelques initiés du cercle d'or, dirigeants, entraîneurs, footballeurs, agents, publicitaires, mafias locales organisatrices du spectacle, Gazprom, gloire à la Russie de Vladimir Poutine et de ses chiens de garde.

Ainsi va la mondialisation pendant que l'Aquarius tente de sauver quelques âmes humaines en perdition dans l'indifférence générale de notre société.